El Alamein (© 2026 Afriquinfos)- La ville d’El Alamein (Nord de l’Egypte), a abrité du 2 au 4 octobre dernier, la première édition du Forum « Afrique-El Alamein » sur l’investissement et les affaires. Plus de 20 Chefs d’État et représentants de gouvernements, ainsi que de responsables d’institutions financières internationales et régionales et d’acteurs économiques de plusieurs secteurs ont participé à la rencontre.
Organisé conjointement par le gouvernement égyptien, la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) et l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD), ce rendez-vous a pour ambition de devenir un forum d’affaires africain permanent qui sera organisé tous les deux ans. Il vise à réunir décideurs publics et secteur privé autour des priorités de croissance et de développement du continent.
Pendant ces trois jours, les discussions ont porté sur les moyens de renforcer l’intégration économique, le commerce et l’investissement en Afrique, de mobiliser les financements nécessaires aux projets de développement et de stimuler les échanges commerciaux intra-africains, de renforcer les investissements sur le continent et de réduire la dépendance de l’Afrique aux financements extérieurs.
Les travaux ont également porté sur l’harmonisation des politiques publiques et des priorités d’investissement, au développement des partenariats et au renforcement des mécanismes de financement.
Plusieurs secteurs stratégiques étaient au centre des débats, notamment l’industrie automobile, la santé, les chaînes de valeur régionales, la transformation numérique, les technologies spatiales, l’exploitation et la valorisation des ressources minières, ainsi que la construction de villes interconnectées et résilientes face au changement climatique.
L’objectif affiché est de mieux exploiter les ressources financières et économiques de l’Afrique et de favoriser davantage de partenariats entre entreprises africaines.
À l’ouverture du forum, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a rappelé le poids du secteur privé dans l’économie africaine. Selon lui, celui-ci représente plus de 70 % du produit intérieur brut du continent. Mais une grande partie de son activité reste tournée vers l’extérieur. « Environ 85 % des transactions du secteur privé africain sont réalisées avec des entreprises situées en dehors du continent« , a souligné le Président égyptien.
Pour Le Caire, le développement du commerce intra-africain constitue donc un important levier de croissance. Le forum doit notamment permettre aux entreprises africaines d’identifier de nouvelles opportunités sur le continent et de développer des partenariats transfrontaliers.
220 milliards de dollars de commerce intra-africain
Le Président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a de son côté mis en avant les progrès réalisés ces dernières années.
En 2024, le commerce intra-africain a atteint 220 milliards de dollars, soit 14,4 % du commerce total du continent. Il a progressé de 12,4 % en un an, après une contraction de 5,9 % en 2023.
Des chiffres encourageants, mais encore loin du potentiel du continent, selon le responsable de l’Union africaine. Pour accélérer les échanges, il préconise notamment de simplifier les procédures aux frontières, harmoniser les normes et les réglementations et améliorer les infrastructures et les connexions entre les pays africains.
Les discussions du forum portent ainsi sur plusieurs secteurs stratégiques : les infrastructures, le commerce, l’agriculture, la santé, les mines, les technologies et les énergies renouvelables.
Une stratégie de ’Égypte pour renforcer son influence en Afrique ?
Les autorités égyptiennes évaluent à environ 14 milliards de dollars leurs investissements en Afrique. Parmi les principaux projets figure notamment le barrage hydroélectrique Julius Nyerere en Tanzanie, auquel l’Égypte participe à hauteur d’environ 3 milliards de dollars.
L’Egypte ambitionne entre-autre de débloquer l’économie de 3 600 milliards de dollars que représente le marché africain, à condition que les pays cessent de commercer davantage avec Londres ou Shanghai qu’avec leurs voisins.
Le Ministre égyptien de la Planification pousse une idée précise : transformer les start-up africaines en moteur de croissance transfrontalière, un pari que confirme aussi la Chambre de commerce euro-africaine, qui décrit Alamein comme le lieu où le pouvoir politique rencontre l’esprit d’entreprise.
Le sommet intervient également dans un contexte diplomatique sensible pour l’Égypte. Et selon certains analystes, au-delà des enjeux économiques, le sommet illustre aussi la volonté du pays de renforcer son influence sur le continent.
Après avoir longtemps concentré sa politique économique et diplomatique sur le Moyen-Orient et la Méditerranée, Le Caire chercherait désormais selon eux, à développer davantage ses relations avec les pays africains. Une stratégie qui intervient alors que la Chine et les puissances du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, ont considérablement développé leur présence économique et politique en Afrique.
Le Caire cherche depuis plusieurs années à obtenir davantage de soutien africain dans son différend avec l’Éthiopie concernant le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne, construit sur le Nil Bleu.
L’Égypte considère que le fonctionnement du barrage pourrait menacer sa part des ressources en eau du Nil et réclame un accord juridiquement contraignant encadrant son exploitation. L’Éthiopie estime, de son côté, que le barrage est essentiel à son développement économique. Celui-ci a été inauguré en 2025.
Comme l’Inde A New Delhi, la tenue de l’Alamein Africa Forum, témoigne ainsi de la volonté du Caire de multiplier ses partenariats avec les économies émergentes, tout en consolidant sa position en Afrique.
Pour les dirigeants réunis à El-Alamein, l’enjeu reste toutefois avant tout économique : faire davantage circuler les capitaux, les biens et les entreprises à l’intérieur du continent africain afin que la croissance de l’Afrique repose davantage sur ses propres ressources et ses propres marchés.
Le rendez-vous doit désormais devenir un événement organisé tous les deux ans sous l’égide de l’Union africaine.
V.A.



