Pourquoi le Sénat des USA a prolongé l’AGOA jusqu’en 2028 et pour quelles priorités?

Afriquinfos Editeur
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Logo de l'AGOA (DR-Zoom Eco).

Washington (© 2026 Afriquinfos)- Les échanges commerciaux entre l’Afrique et les États-Unis vont connaître une autre avancée.  Après une prolongation d’un an, en février, le Sénat américain a approuvé le vendredi 7 août 2026, la prolongation jusqu’en décembre 2028 de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), un dispositif commercial qui permet à plusieurs pays africains d’exporter certains produits vers le marché américain sans droits de douane.

Mais Washington pose ses conditions, dont, notamment, un accès préférentiel aux minerais critiques dans les pays bénéficiaires. Le signal envoyé par le Sénat américain est sans ambiguïté. Le texte a été adopté par 90 voix contre 6, ouvrant la voie à une prolongation de l’AGOA, qui devrait arriver à expiration à la fin de l’année 2026.

En janvier, la Chambre des représentants avait largement voté en faveur de sa prolongation jusqu’au 31 décembre 2028. Toutefois, les débats avaient été plus âpres au Sénat. Dans la quête d’un consensus, le Congrès avait opté pour une solution provisoire en réactivant l’AGOA jusqu’au 31 décembre 2026. Finalement, la prolongation jusqu’au 31 décembre 2028 a été votée par le Sénat. Néanmoins, les sénateurs ont apporté quelques ajustements au texte. ‘’Des amendements mineurs’’, selon la presse internationale, sans plus de précisions.

Ces amendements devraient être intégrés sans difficulté par la Chambre des Représentants lors d’un nouveau vote attendu en septembre, après la pause estivale du Congrès. L’étape finale sera sa signature par Donald Trump, qui prendra, par la même occasion, un décret pour son exécution, ou ‘’Executive Order’’.

Le dispositif concerne actuellement 32 pays d’Afrique subsaharienne et constitue depuis son adoption en 2000, l’un des principaux cadres préférentiels d’accès des produits africains au marché américain. Mais le texte n’est pas encore définitivement adopté. Il doit désormais être examiné par la Chambre des représentants, avant une éventuelle promulgation par le Président américain Donald Trump.

Quelques avantages certes, mais pas un chèque en blanc

Une prolongation de l’AGOA représenterait avant tout une perspective de stabilité pour plusieurs secteurs exportateurs africains. Parmi les économies qui en tirent le plus d’intérêt figurent notamment l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Angola, l’Éthiopie et le Kenya. Le mécanisme bénéficie également à des filières plus spécialisées.

En Afrique du Sud, l’industrie automobile constitue l’un des secteurs emblématiques concernés. À Madagascar, la vanille profite de cet accès préférentiel, tandis que les industries du textile et de l’habillement occupent une place importante au Kenya et au Lesotho.

Pour ces pays, le maintien de l’AGOA peut donc contribuer à préserver des débouchés commerciaux, soutenir les entreprises exportatrices et maintenir des emplois liés à la production destinée au marché américain.

Pour Madagascar, cette prolongation constitue une bouffée d’air. Le dispositif soutient une part importante des exportations malgaches, en particulier dans le secteur textile, principal pourvoyeur d’emplois industriels dans le pays. Le secteur de la vanille et d’autres épices en bénéficie également.

Le vote du Sénat américain peut être perçu comme un signal rassurant. Il intervient surtout quelques semaines après le cri d’alerte du Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP), qui avait interpellé l’État et le Fonds monétaire international (FMI) sur les difficultés croissantes du secteur en raison de la pression fiscale. Pour autant, la prolongation de l’AGOA n’est pas un chèque en blanc. Les autorités américaines voudraient renforcer les exigences en matière de réciprocité, dans le sillage de la politique ‘’America First’’ du Président Trump.

‘’L’Agoa du XXIe siècle doit exiger davantage de nos partenaires commerciaux et offrir un meilleur accès au marché pour nos agriculteurs et éleveurs américains (…) en garantissant des échanges plus réciproques avec nos partenaires d’Afrique subsaharienne, afin de renforcer la compétitivité mondiale des États-Unis’’, a déclaré Jamieson Greer, représentant américain au Commerce, dans des propos rapportés par les médias internationaux.

Par ailleurs, sur recommandation du Comité des voies et moyens, ou Ways and Means Committee, de nouvelles dispositions ‘’afin de prioriser et de simplifier l’accès et le traitement des minerais critiques dans les pays bénéficiaires de l’Agoa’’ auraient été introduites dans le texte voté par le Sénat. Le Comité aurait mis en avant les intérêts stratégiques américains et souligné ‘’le risque de laisser un vide que des concurrents pourraient exploiter’’. Une formulation qui indique que Washington entend mettre l’accent sur ses intérêts stratégiques.

Ces nouvelles dispositions portant sur un accès préférentiel aux minerais critiques pourraient concerner directement Madagascar. Dans l’immédiat, ce point renvoie au dossier du projet minier Vara Mada, anciennement Base Toliara. Il s’agit du plus important investissement privé américain dans le pays. Son démarrage se heurte aux contestations persistantes d’une partie de la population locale et de certaines figures politiques, dont le président de l’Assemblée nationale et un conseiller du chef de l’État.

En juin, Nick Checker, sous-secrétaire d’État adjoint chargé des affaires africaines, et Christopher Kulukundis, Haut Conseiller pour l’Afrique, se sont rendus à Madagascar pour rencontrer le Chef de l’État, le Premier Ministre et le Président de l’Assemblée nationale. Selon ce dernier, les deux hommes « ont été envoyés par le président Trump pour parler du projet Vara Mada ». Cette visite pourrait indiquer l’importance stratégique que la Maison-Blanche accorde à ce projet minier.

Un avantage à relativiser

L’impact de l’AGOA doit toutefois être apprécié avec mesure, car seulement 6 % des exportations africaines sont destinées aux États-Unis.

Le commerce avec Washington représente ainsi plusieurs dizaines de milliards de dollars, un montant significatif pour certaines économies africaines, mais relativement limité au regard du volume colossal des importations américaines, qui se chiffrent en milliers de milliards de dollars.

L’AGOA ne constitue donc pas à elle seule une solution aux difficultés commerciales du continent. Son principal intérêt réside davantage dans les avantages qu’elle procure à certaines filières et économies fortement dépendantes de l’accès au marché américain.

Le vote du Sénat constitue donc un répit bienvenu pour les exportateurs africains, mais il ne règle pas toutes les questions liées à l’avenir des relations commerciales entre l’Afrique et les États-Unis.

Si la Chambre des représentants valide à son tour le texte, l’AGOA pourrait rester en vigueur jusqu’en décembre 2028. Pour les économies africaines bénéficiaires, ces deux années supplémentaires pourraient être l’occasion de consolider leurs exportations et de mieux se positionner sur le marché américain.

Mais au-delà de cette prolongation, reste à savoir si Washington et les pays africains vont parvenir à un  véritable partenariat commercial capable d’accroître durablement la valeur des exportations africaines.

V.A.