Bamako (© 2026 Afriquinfos)- Des artistes africains sont bien nombreux à saluer la mémoire de Boncana Maïga, depuis l’annonce de son décès. Ils ont souligné l’impact durable de son héritage musical. Parmi eux, Alpha Blondy, Youssou N’Dour, Claudy Siar, Aïcha Koné, Sekouba Bambino et Gadji Celi ont salué sa longue et magnifique carrière et l’empreinte durable qu’il a laissée dans le monde de la musique africaine. Et internationale.
‘’La lumière d’un grand architecte du son vient de se fondre dans l’invisible. Mais certaines lumières ne meurent pas. Elles deviennent étoiles. Boncana Maïga Officiel n’est plus parmi nous, mais son souffle demeure dans chaque vibration, dans chaque cuivre éclatant, dans chaque arrangement qui a donné à nos chansons des ailes plus vastes que le ciel d’Afrique’’, a écrit Alpha Blondy.
»Je m’incline avec respect devant la mémoire de Boncana Maïga, frère, ami et immense artisan de l’unité africaine. Par sa musique, il a aboli les frontières, fait dialoguer les cultures et rappelé au monde que l’Afrique parle d’une seule voix quand l’art la rassemble », a pour sa part écrit l’icône de la musique sénégalaise Youssou N’Dour.
Kandia Kouyaté, Oumou Sangaré ou encore Aïcha Koné, qui reconnaît que « sans lui, [elle] ne serai[t] pas devenue ce qu'[elle est] aujourd’hui ». Cette dernière, qui s’était révélée dans les années 1970 au sein de l’orchestre de la Radio Télévision Ivoirienne alors dirigé par le « Maestro », confie aussi avoir perdu un père : « Boncana, je ne sais pas quoi dire… C’est le papa qui me donnait du réconfort. Il me tapait dans le dos, il m’a donné confiance. Il m’a engagée comme choriste pendant quatre ans de formation avant de faire connaître ma première chanson, arrangée par M. Boncana lui-même».
L’architecte de la musique afro-cubaine qui a collaboré avec les plus grands artistes africains, Boncana Maïga est décédé le samedi 28 février 2026 à l’âge de 77 ans, à la Clinique Pasteur de Bamako, des suites d’une longue maladie. Il a été inhumé ce dimanche 1er mars 2026 à Bamako.
Le Ministre malien de la Culture, Mamou Daffé, a qualifié sa disparition de «perte pour le Mali mais également pour la Culture africaine qu’il a contribué à imposer à travers les continents».
Avec lui disparaît l’un des principaux bâtisseurs du pont musical entre l’Afrique de l’Ouest et Cuba, dont l’influence s’est exercée sur plus d’un demi-siècle de production musicale africaine.
Né en 1949 à Gao, dans le nord du Mali, Boncana Issa Tandagari Maïga grandit au Niger avant de rentrer dans sa ville natale, où il fonde le Négro Band de Gao. Ce premier orchestre, avec lequel il sillonne plusieurs villes maliennes — Mopti, Ségou, Tombouctou, Kati —, lui forge une réputation de saxophoniste et de banjoïste prometteur.
En 1963, le Président malien Modibo Keïta sélectionne dix jeunes musiciens pour une formation musicale à Cuba, dans le cadre d’une coopération entre Bamako et La Havane. Boncana Maïga fait partie du groupe. Arrivés en janvier 1964, les boursiers intègrent le Conservatoire Alejandro Garcia où ils travaillent notamment avec Rafaël Lay, chef de l’Orquestra Aragon.
Ils adoptent le nom de Las Maravillas de Mali, en référence au groupe cubain Las Maravillas de Florida. Boncana Maïga y restera jusqu’en 1973, se perfectionnant à la flûte traversière — qui deviendra son instrument de prédilection — ainsi qu’au saxophone et à la composition. En 1967, le groupe enregistre son premier album éponyme, dont le titre Chez Fatimata, un cha-cha-cha montuno, devient un tube diffusé dans les discothèques de tout le continent.
Le retour en Afrique s’avère difficile. Le coup d’État militaire de 1968 au Mali, qui renverse Modibo Keïta, fragilise le groupe, associé à l’ancien régime. Las Maravillas de Mali tente de subsister à son retour en 1973, avant de se dissoudre l’année suivante sous la pression politique de la deuxième République malienne dirigée par Moussa Traoré.
Contraint de quitter le Mali, Boncana Maïga choisit la Côte d’Ivoire. « Je suis parti du Mali par la fenêtre et la Côte d’Ivoire m’a ouvert grandes ses portes », déclarait-il.
À Abidjan, il occupe successivement les postes de professeur à l’Institut National des Arts, puis de directeur adjoint du Conservatoire National de Musique. À la demande de la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI), il forme et dirige pendant quatorze ans l’orchestre maison, aux côtés du saxophoniste camerounais Manu Dibango. Cette expérience forge sa réputation d’arrangeur, et les sollicitations se multiplient. Il collabore notamment avec Aïcha Koné, Alpha Blondy, Pierrette Adams, Oumou Sangaré, Ami Koïta et Koffi Olomidé. Il est récompensé dès 1980 par le Mérite ivoirien, première distinction officielle d’une longue série.
Africando et la consécration internationale
En 1992, le producteur sénégalais Ibrahim Sylla de Syllart Productions approche Boncana Maïga pour monter un projet panafricain inédit. Africando réunit à l’origine le trio vocal sénégalais composé de Pape Seck, Médoune Diallo et Nicolas Menheim, le Cubain Ronnie Baro, et Boncana Maïga comme directeur musical et arrangeur.
Le groupe associe voix ouest-africaines et orchestrations salsa, produisant une musique afro-latine qui trouve rapidement un écho sur les scènes européennes et américaines. Au fil des albums, Africando s’élargit à des artistes du Congo, d’Haïti, du Bénin et de Côte d’Ivoire. En 1997, le Kora Award du meilleur arrangeur vient consacrer son apport à ce projet.
En 2000, Boncana Maïga crée son propre label, Maestro Sound, et réédite l’opus Las Maravillas de Mali avec des artistes maliens invités. L’année suivante, il lance sur CFI puis TV5 Monde l’émission « Stars Parade », un rendez-vous musical hebdomadaire diffusé dans 200 pays, qu’il animera pendant plus de vingt ans en mettant en avant les talents africains émergents.
En 2006, il signe la bande originale de Moolaadé, film du cinéaste sénégalais Ousmane Sembène, avant de poursuivre l’aventure Africando avec les albums Ketukuba (2006) et Viva Africando. De retour au Mali, il fonde Maestro-Sound Mali, une structure dédiée à la production et à l’accompagnement des jeunes artistes. En 2020, le documentaire Africa Mia, qui retrace l’épopée cubaine de Las Maravillas de Mali, lui offre une dernière visibilité internationale.
Officier de l’Ordre national du Mali depuis 2017, il en avait été élevé au rang de Chevalier en 2009.
V. A.



