Nouvelle Transition en treillis en Afrique de l’ouest avec sa litanie d’incertitudes

Le général N'Canha a également annoncé la suspension de "tout le processus électoral", la fermeture des frontières "terrestres, aériennes et maritimes" et l'instauration d'un "couvre-feu obligatoire".

Afriquinfos Editeur
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Une rue déserte à Bissau, le 26 novembre 2025 en Guinée-Bissau.
Une rue déserte à Bissau, le 26 novembre 2025 en Guinée-Bissau.

Des militaires en Guinée-Bissau ont annoncé ce 26 novembre avoir pris le « contrôle total du pays » et suspendre le processus électoral, alors que ce pays coutumier des troubles politiques était dans l’attente des résultats des élections présidentielle et législatives organisées le 23 novembre. Une donne qui plonge le pays dans une myriade d’incertitudes.

Une salle contenant des urnes remplies de matériel électoral, au siège de la CNE à Bissau, le 24 novembre 2025, au lendemain des élections présidentielles et législatives en Guinée-Bissau.
Une salle contenant des urnes remplies de matériel électoral, au siège de la CNE à Bissau, le 24 novembre 2025, au lendemain des élections présidentielles et législatives en Guinée-Bissau.

En début d’après-midi ce 26 novembre, le général Denis N’Canha, chef de la maison militaire de la Présidence, assis derrière une table et entouré de militaires armés, a annoncé à la presse au siège de l’état-major, qu’un « Haut commandement pour la restauration de l’ordre, composé de toutes les branches de l’armée » prenait « la direction du pays jusqu’à nouvel ordre », ont constaté des journalistes de l’AFP sur place.

Le général N’Canha a également annoncé la suspension de « tout le processus électoral », la fermeture des frontières « terrestres, aériennes et maritimes » et l’instauration d’un « couvre-feu obligatoire ». « L’exercice du pouvoir du commandement commence à partir d’aujourd’hui. Le commandement appelle la population au calme », a-t-il ajouté.

Dans les rues de la capitale Bissau, quelques rares passants étaient visibles en fin d’après-midi et un calme précaire régnait. A la mi-journée, des centaines de personnes à pied ou dans des véhicules avaient fui la zone du Palais présidentiel pour se mettre à l’abri tandis que des tirs nourris avaient retenti à plusieurs reprises. Interrogé par un journaliste de l’AFP, un officier supérieur a confirmé que des arrestations avaient eu lieu.

Le Président sortant Umaro Sissoco Embalo, qui était donné favori lors de cette élection, se trouve dans un bâtiment derrière l’état-major, « avec le chef d’état-major et le ministre de l’Intérieur », a précisé cet officier supérieur sous couvert d’anonymat. Il n’était pas possible dans l’immédiat de confirmer si le Président avait été arrêté. La CNE (Commission Nationale des Elections) a été attaquée par des hommes armés non identifiés ce 26 novembre, a indiqué à l’AFP un responsable de la communication de la Commission, Abdourahmane Djalo.

Une rue de Bissau ce 26 novembre 2025.

Ce 25 novembre, le camp de M. Embalo et celui du candidat de l’opposition Fernando Dias de Costa ont chacun revendiqué la victoire à la présidentielle, alors que les résultats provisoires officiels de ces élections n’étaient attendus que ce 27 novembre. La présidentielle, qui s’était déroulée dans le calme ce 23 novembre, avait eu lieu sans le principal parti d’opposition, le PAIGC, et son candidat, Domingoes Simoes Pereira.

Le PAIGC, parti historique ayant mené le pays à l’indépendance par les armes en 1974, a été exclu – également pour un dossier trop tardif – des législatives, visant à élire les 102 députés du Parlement. L’opposition avait qualifié de « manipulation » l’exclusion du PAIGC des scrutins présidentiel et législatifs. La proclamation des résultats électoraux a souvent donné lieu à des mouvements de contestation en Guinée-Bissau.

La précédente présidentielle, en 2019, avait débouché sur plusieurs mois de crise post-électorale, M. Embalo et son adversaire M. Pereira revendiquant tous deux la victoire. Avec près de 40% de sa population vivant sous le seuil de pauvreté, la Guinée-Bissau figure parmi les pays les plus pauvres au monde. Elle est réputée être une plaque tournante du trafic de drogue entre l’Amérique du Sud et l’Europe, à la faveur de l’instabilité politique et de la non sécurisation de sa pléthore d’îlots.

Des soldats armés patrouillent dans une rue près du Palais présidentiel à Bissau, le 26 novembre 2025 en Guinée-Bissau.
Des soldats armés patrouillent dans une rue près du Palais présidentiel à Bissau, le 26 novembre 2025 en Guinée-Bissau.

© Afriquinfos & Agence France-Presse