Nigeria: Ken Sero-Wiwa toujours vif dans les esprits en Afrique, 30 ans après son meurtre!

Afriquinfos Editeur
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Ken Sero-Wiwa (DR-BlackHistoryStudio )

Abuja  (© 2025 Afriquinfos)-30 ans après la mort de Ken Saro-Wiwa, le Nigeria continue à souffrir des activités de Shell. Le 10 novembre 1995, le militant écologiste nigérian Ken Saro-Wiwa était assassiné, au terme d’un procès inique. Aux yeux des généraux qui dirigeaient alors le pays, l’écrivain avait le tort de dénoncer les graves atteintes à l’environnement et aux droits humains causés par l’exploitation pétrolière. 20 ans plus tard, la situation est tout aussi désastreuse.

Quadrillé d’oléoducs et de plate-formes pétrolières, le delta du Niger est dans un piteux état. L’eau, les sols, l’air sont sévèrement pollués. Les populations locales sont atteintes de graves problèmes de santé, et vivent dans une misère noire. Malgré ses promesses de nettoyer les dégâts causés par ses activités, la multinationale Shell continue à engranger des profits aux dépens des hommes et de l’environnement. Ce qui lui vaut une nomination cette année au prix Pinocchio.

« Nous sommes dans l’enfer de la pauvreté. La croissance des plantes et des animaux est stoppée. Les poissons sont morts. » Ce témoignage, recueilli en avril 2008 par l’ONG Amnesty international résume le cauchemar quotidien des habitants du delta du Niger, première région productrice de pétrole en Afrique. Dans cette vaste zone humide (qui abritait autrefois une biodiversité fabuleuse) vivent plus de 30 millions de personnes, sommées de cohabiter avec les oléoducs, puits et autres installations pétrolières qui jonchent la région. « Les déversements pétroliers ont un impact dévastateur sur les champs, les forêts et la pêche, dont les habitants du delta du Niger dépendent pour se nourrir et pour vivre. Toute personne qui se rend sur ces sites peut voir et sentir par elle-même à quel point la pollution imbibe ces terres », rapporte Mark Dummett, spécialiste de la responsabilité des entreprises en matière de droits humains à Amnesty International.

Il y a quatorze-ans , en août 2011, une étude scientifique réalisée sous l’égide du programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) dans l’Ogoniland, un territoire du delta du Niger, avait souligné que la pollution y était telle que sa restauration environnementale nécessiterait l’exercice de nettoyage de pétrole le plus vaste et le plus long jamais réalisé dans le monde, pendant au moins 30 ans. Aux graves problèmes sanitaires causés par la contamination massive des sols et de l’eau dans le delta, s’ajoutent les conflits et la violence généralisée suscités par la présence de l’industrie pétrolière. L’espérance de vie des habitants plafonne à 40 ans ! Expropriées de leurs terres par les gouvernements nigérians, les populations locales n’ont jamais pu bénéficier des retombées économiques gigantesques de la manne pétrolière. 75 % de la population n’a même pas accès à l’eau potable.

Tandis que des millions de Nigérians survivent ainsi dans la misère, Shell – plus grande compagnie pétrolière internationale présente sur place – engrange les bénéfices (13 milliards d’euros de bénéfice net en 2014). Au Nigeria, l’entreprise anglo-néerlandaise gère environ 50 champs de pétrole et 5 000 kilomètres d’oléoducs, pour la plupart vieillissants et mal entretenus. Selon les chiffres du géant pétrolier, plus de 1500 fuites d’hydrocarbures ont eu lieu depuis 2007. Mais les chiffres réels sont sans doute bien plus élevés.

C’est pour avoir dénoncé ce scandale que l’écrivain Ken Saro-Wiwa a été pendu, avec huit autres militants, le 10 novembre 1995, sur ordre du régime militaire d’alors [1]. Originaire de la minorité Ogoni, très affectée par l’exploitation pétrolière, Ken Saro-Wiwa dénonçait les pollutions, terribles, qui régnaient dans le delta du Niger. Il protestait aussi contre les spoliations dont étaient victimes les populations locales, réclamant des réparations au gouvernement, mais aussi aux compagnies pétrolières, Shell en particulier, qu’il accusait d’être co-responsable du dépérissement de son peuple. Leader du mouvement pour la survie du peuple Ogoni (Mosop), il finit même par obtenir le départ de Shell et des autres multinationales pétrolières de l’Ogoniland.

V.A.