Niamba Bacome n’est pas simplement une artiste. Elle est une mémoire incarnée, une résistance vivante, une voix debout dans le silence du monde. Danseuse, comédienne, professeure et chercheuse, elle traverse les disciplines comme elle traverse la scène : avec feu, avec foi, avec finesse. En juillet 2025, elle obtient 17/20 à son mémoire de master à l’INSAAC sur le Tématé, danse sacrée du peuple Wê. Mais derrière la note, il y a un combat, une vie, un témoignage puissant de dignité et de transmission.
Son parcours est une chorégraphie de résilience. Déscolarisée en 4e, nounou par nécessité, elle aurait pu s’arrêter. Mais son corps, lui, n’a jamais cessé de danser. Formée au Village Kiyi sous l’influence rigoureuse de Werewere-Liking, révélée par la Compagnie TchéTché de Béatrice Kombé, Bacome a dansé dans les rues, les champs, les salles et sur les scènes internationales. En Afrique du Sud, elle chorégraphie le Mapouka, interroge les danses africaines, puis revient ancrer sa recherche dans le sol natal : le Tématé, danse née à Facobly, aujourd’hui menacée d’oubli.
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Dans son mémoire intitulé « L’épanouissement moral et physique à travers la danse et la chorégraphie du Tématé », elle écrit avec le souffle, avec le ventre, avec la mémoire. Pour Bacome, le Tématé n’est pas un folklore, c’est un langage sacré, une thérapie collective, un outil d’éducation et de cohésion sociale. Elle le défend devant un jury prestigieux avec la même énergie qu’un solo dansé : Massidi Adiatou est là, frère d’âme, témoin de ce moment suspendu, où l’académie reconnaît enfin le corps comme texte.
Sa démarche, pionnière, fait d’elle la première femme à produire un mémoire de recherche sur le Tématé à l’INSAAC. À 42 ans, elle reprend ses études, passe son bac, traverse les doutes. Mais ne cède jamais. Car selon elle, « le corps se souvient, même quand la tête doute ». Le mouvement est sa survie. La scène, son terrain d’étude. Son travail devient un socle pour les générations futures : chercheurs, chorégraphes, enseignants, enfants du pays.
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Niamba Bacome ne danse pas pour plaire, elle danse pour rappeler. Pour réveiller ce que les pieds savent encore. Pour dire aux siens que l’histoire ne meurt que quand on cesse de la danser. Son art est politique. Sa danse est prière. Son geste est un héritage.
En elle se rejoignent l’âme et le sol, l’intime et l’universel, le féminin et le collectif. Elle est cette femme debout, qui dit à toutes les autres : « Même les genoux tremblants, avancez. Car l’âge ne fatigue pas l’âme. »
Et si l’histoire du patrimoine ivoirien devait être racontée par un corps, ce serait sans doute le sien.
ALEX KIPRE,
ECRIVAIN, EDITEUR, JOURNALISTE



