Tonka (© 2025 Afriquinfos)- Une vive émotion secoue tout le Mali, précisément Tonka, dans le cercle de Goundam, région de Tombouctou (nord du Mali), après l’exécution publique de Mariam Cissé, une jeune femme connue sur TikTok pour ses vidéos inspirantes et suivies par des milliers d’internautes.
Sur les réseaux sociaux, la nouvelle de sa mort a provoqué une vague de réactions et d’hommages. Des internautes saluent la mémoire d’«une jeune femme courageuse et lumineuse», tandis que d’autres dénoncent un acte barbare contre une voix libre, rapporte le confrère Anadolu.
«Je prononce ton nom avec émotion et respect. Tu étais la lumière de Tonka, une voix fière du Mali, une fille du peuple. Sur TikTok, tu partageais ta joie, ton amour pour ton pays, Ton admiration pour notre armée,et ton attachement profond à ta ville, Tonka. Tu parlais avec ton cœur. Et chacun de tes mots respirait la dignité, la vérité, et l’amour de la patrie. Mais un jour, l’injustice et la cruauté t’ont arrachée à la vie.
Tu es tombée, mais ta voix ne s’éteindra jamais. Elle résonnera dans nos cœurs, dans les rues de Tonka, dans les champs du Sahel,et jusque dans le vent qui souffle sur nos Drapeaux, Repose en paix, Mariam, fille de Tonka», a écrit l’humoriste malienne Alima Dioba Togola.
Fatouma Harber est fondatrice de Doniblog, la communauté des blogueurs du Mali. Elle vit à Tombouctou et ne se remet toujours pas de l’assassinat de sa condisciple.
‘’Je suis très très affectée de voir une si belle joie assassinée de façon aussi brutale, décrit la blogueuse, qui se décrit elle-même comme défenseuse des droits des femmes et de la démocratie. Ça fait vraiment mal. J’ai envie de crier, mais ça ne servirait à rien, car ce geste a été fait justement pour nous terroriser et pour nous faire mal’’.
Ismaël Yattara, dit ‘’Champion’’, est, lui aussi, blogueur à Tombouctou. ‘’Ça fait mal, déplore-t-il à son tour, ça fait mal à toute la population de Tombouctou et du Mali en général. Ça a soulevé une partie de patriotisme en nous, parce que Mariam a été assassinée, comme beaucoup le disent, à cause de son soutien à l’armée malienne, ce qui a suscité l’indignation des populations de Tombouctou. Ça nous fait très mal. Nous gardons Mariam en nous, conclut Ismaël Yattara, et nous lançons un appel à la paix’’.
Dans ses vidéos, Mariam Cissé décrivait le quotidien de Tonka : elle filmait les habitants, les danses, les habits traditionnels, les pirogues, les commerçants. Elle filmait aussi ses amis, ses grimaces, avec toujours des musiques bien choisies.
Elle affichait aussi sans détours son soutien à l’armée malienne, dans son combat contre les groupes armés. La blogueuse a-t-elle été exécutée pour ses prises de position ? Ou parce qu’elle avait filmé sans le savoir des jihadistes dans le marché d’Echel, où elle s’était rendue le jour de son enlèvement ? Mariam Cissé a été enlevée jeudi 6 novembre dans ce village de la région de Tombouctou, avant d’être ramenée le vendredi 7 dans sa ville de Tonka où elle a été exécutée publiquement.
‘’Nous avons perdu plus qu’une influenceuse. Nous avons perdu une fille, une sœur, une voix du courage’’, confie une habitante. Selon plusieurs sources locales, Mariam Cissé aurait été enlevée jeudi par des hommes armés, avant d’être exécutée le lendemain. Ses ravisseurs l’accusaient d’avoir fourni des informations à l’armée malienne sur les mouvements de groupes armés actifs dans la zone.
‘’Ma sœur a été arrêtée jeudi par les djihadistes. Ils disaient qu’elle informait l’armée. Ils l’ont fusillée devant tout le monde’’, a déclaré un proche de la victime, joint depuis Tonka. Connue pour son sourire et son énergie, Mariam Cissé partageait régulièrement des messages d’espoir et de résilience, rassemblant plus de 90.000 abonnés sur sa page TikTok.
L’exécution de la jeune femme intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu dans la région de Tombouctou, où les attaques et enlèvements ciblés se sont multipliés ces dernières semaines. L’émotion reste vive dans toute la région, tandis que des appels à la protection des civils et à la restauration de la sécurité se multiplient sur les plateformes sociales.
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