Mali/Retrait des FAMa du camp de Boulkessi: Version de Bamako et des témoins

Afriquinfos Editeur
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Vue aérienne de la rue principale de Tombouctou prise le 4 janvier 2022..

L’Armée malienne s’est retirée vendredi, 06 juin 2025 d’un de ses principaux camps militaires dans le centre du pays, après deux attaques attribuées à des jihadistes ayant coûté la vie à des dizaines de soldats en quelques jours dans un contexte de recrudescence des violences au Sahel, selon des sources militaires et des autorités locales.

Une nouvelle attaque contre le camp de Boulkessi (centre) ce 05 juin a coûté la vie à plusieurs militaires, selon un élu local joint par l’AFP, qui affirme que « les derniers militaires maliens qui étaient dans le camp l’ont abandonné ». Dimanche, 1er juin 2025, au moins 30 soldats avaient été tués dans ce même camp, selon des sources sécuritaires et locales, dans une attaque revendiquée par le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, de son acronyme en arabe). Le bilan pourrait être plus lourd, selon des sources sécuritaires.

Carte du mali localisant Tombouctou.

Le JNIM a affirmé avoir tué « plus de 100 éléments de l’Armée malienne et ses mercenaires » lors de cette attaque et saisi des véhicules, des armes et des munitions, dans un message publié sur sa plateforme de propagande Al-Zallaqa. La communication a été authentifiée ce 03 mai 2025 par SITE (ONG américaine spécialisée dans le suivi des groupes radicaux). Ce retrait du camp de Boulkessi est « stratégique » et « tactique », ont assuré des sources sécuritaire et militaire contactées par l’AFP. « A la demande de la hiérarchie, les FAMa (Forces armées maliennes) présentes dans le camp de Boulkessi ont quitté (les lieux). Ce vendredi, 06 juin, il n’y a plus aucun soldat sur place », a précisé la source sécuritaire.

« Nous sommes ici à Boulkessi inquiets, très inquiets », a réagi un fonctionnaire local. « Ils (les militaires) sont partis avec toutes leurs affaires. Le camp a été attaqué hier. Il y a eu des morts ». Face à une recrudescence des attaques attribuées aux jihadistes, plusieurs régions du pays ont instauré ou étendu des couvre-feux, comme celles de Tombouctou (nord), Ségou (centre), Dioïla (centre) et Sikasso (sud), alors que le Mali célèbre ce 06 juin 2025 la grande fête musulmane de la Tabaski.

L’état-major a fait état d' »une recrudescence des attaques lâches et barbares contre des localités, des paisibles populations ainsi que des emprises militaires du Mali et de la Confédération AES » (Alliance des États du Sahel, organisation formée du Mali, du Burkina et du Niger), dans un communiqué diffusé ce 05 juin 2025.

Des hommes armés ont attaqué ce 05 juin un poste de sécurité militaire à Mahou, dans le sud du pays, faisant cinq morts et 10 blessés. Des sources locales ont attribué l’attaque à des jihadistes. Lundi, 02 juin, un assaut coordonné avait aussi visé un camp militaire de Tombouctou ainsi que l’aéroport de la ville. Le Mali est en proie depuis 2012 aux violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et et à l’État islamique (EI), et de gangs communautaires. En 2012, Tombouctou avait vécu plusieurs mois sous le joug des jihadistes.

Un fait, un marqueur

Deux importantes attaques jihadistes présumées contre l’armée malienne en deux jours: un assaut coordonné a visé lundi, 02 juin 2025 un camp à Tombouctou ainsi que l’aéroport, au lendemain d’un raid sanglant qui a coûté la vie à au moins 30 soldats dans le centre du pays, selon plusieurs sources sécuritaires et locales.

Dans un communiqué lundi soir, l’état-major malien a indiqué avoir « successivement déjoué une tentative d’infiltration des combattants terroristes au camp (…) et à l’aéroport de Tombouctou », principale ville du nord que les jihadistes avaient occupée pendant plusieurs mois en 2012. L’attaque a été lancée lundi vers 10H00 (locales et GMT).

Lundi soir, l’armée a annoncé avoir « neutralisé » 14 assaillants, sans préciser s’il y avait d’autres victimes. « Les terroristes ont été vite mis en déroute par la promptitude de la réaction des hommes », a affirmé l’Armée, ajoutant que « 31 présumés terroristes » ont été « interpellés ».

Le camp militaire a subi une « tentative d’infiltration » et des obus ont été lancés sur l’aéroport situé à deux kilomètres de la ville, avait précisé plus tôt le Gouvernorat de Tombouctou, en affirmant par ailleurs sur Facebook que la situation était « sous contrôle ». Des tirs nourris ont été entendus dans la ville, selon l’Armée, des responsables locaux et des habitants joints par l’AFP.

Aucune indication sur d’éventuelles victimes militaires ou civiles n’était disponible dans l’immédiat. Une source sécuritaire avait affirmé dans l’après-midi à l’AFP que les opérations dans le camp étaient « déjà terminées » et que les assaillants étaient « partout dans la ville ». A l’aéroport, « ils n’ont pas fait d’incursion » car « les Russes sont là-bas », « mais ils ont lancé des obus », avait poursuivi cette même source.

Selon un élu local, « les terroristes sont arrivés » lundi à Tombouctou « avec un véhicule bourré d’explosifs », qui « a explosé vers le camp » militaire. En 2012, Tombouctou avait vécu plusieurs mois sous le joug des jihadistes.

« Ce matin, notre ville a été attaquée par des groupes terroristes. Des tirs ont été entendus au niveau du camp militaire et de l’aéroport », avait décrit un journaliste local joint au téléphone.

– Au moins 30 soldats tués à Boulkessi –

Lorsqu’ils avaient occupé Tombouctou en 2012, les jihadistes avaient causé l’émoi par leurs exactions et la destruction d’une partie des mausolées de cette ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle avait été reprise sans combat fin janvier 2013 à la faveur de l’opération militaire française ‘Serval’ pour enrayer la progression des jihadistes au Mali.

En septembre 2024, les jihadistes du GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) ont revendiqué une attaque d’une rare ampleur qui avait frappé à la fois une caserne de gendarmerie et un aéroport militaire dans la capitale Bamako, plutôt épargnée ces dernières années par les opérations d’envergure.

L’attaque de Tombouctou est intervenue au lendemain d’un autre assaut d’ampleur contre l’un des principaux camps de l’Armée dans le centre du pays, celui de Boulkessi, et dans lequel au moins 30 soldats maliens ont péri, ont indiqué le 02 juin 2025 à l’AFP des sources sécuritaires et un élu local, qui ont dit craindre un bilan plus lourd.

« Nos unités sur le terrain rapportent la mort de 30 personnes côté amis (…) Nos hommes se sont battus jusqu’au bout (…) », a déclaré à l’AFP une source sécuritaire à Bamako, ajoutant que d’autres soldats étaient « portés disparus » depuis l’attaque. Un élu local, sous couvert d’anonymat, a lui fait état « d’au moins 60 militaires tués ». Une seconde source sécuritaire malienne interrogée par l’AFP a fait état d' »une soixantaine de victimes » – morts, disparus et pris en otage – du côté des Forces maliennes.

L’Armée malienne avait annoncé dimanche 1er juin 2025 l’attaque du camp de Boulkessi, sans donner de bilan. « Les FAMA (Forces armées maliennes, NDLR) ont vigoureusement réagi à cette attaque avant de se replier » et « beaucoup d’hommes se sont battus, certains jusqu’à leur dernier souffle », a-t-elle ajouté. Affirmant que « des opérations ont permis de détruire plusieurs terroristes regroupés dans des lieux de repli ».

Les groupes jihadistes, et les Forces armées maliennes associées au groupe paramilitaire russe Wagner, sont régulièrement accusés d’exactions au Mali par des observateurs internationaux. 

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