Les attaques d’ampleur inédites menées au Mali ce 25 avril par les rebelles touareg et la branche sahélienne d’Al‑Qaïda concrétisent de manière spectaculaire leur alliance scellée il y a un an, fondée sur des intérêts divergents, mais face un ennemi commun: la Transition au pouvoir depuis 2020 et ses paramilitaires russes.

La spécificité de cette nouvelle alliance: elle unit deux organisations aux agendas différents, relève Jean‑Hervé Jezequel, directeur du projet ‘Sahel’ à International Crisis Group. « Le JNIM porte un projet politico‑religieux, centré sur l’instauration de la charia et le rejet des forces étrangères, tandis que le FLA défend un agenda territorial et autonomiste, centré sur l’Azawad« , explique-t-il. « Cette convergence repose avant tout sur l’existence d’adversaires communs, à savoir les autorités maliennes et leurs partenaires russes« , ajoute-t-il.
Selon Wassim Nasr (spécialiste des mouvements jihadistes et chercheur au groupe de réflexion ‘Soufan Center’), le but stratégique recherché par cette alliance n’est pas la prise du pouvoir à Bamako, mais la reconquête des régions du Nord. « Ils ont fixé l’Armée (FAMa) dans le centre, fait mal au pouvoir à Bamako, ce qui a paralysé la réponse militaire, et ils ont eu ce qu’ils voulaient dans le Nord« , Kidal, ajoute-t-il.
« Dans un second temps, ils peuvent essayer de pousser leur avantage dans le centre du pays, une sorte de deuxième phase qui accélérait la chute de l’actuelle Transition et/ou un changement de régime à Bamako », poursuit M. Nasr.

Le général Sadio Camara, 47 ans, ministre de la Défense et figure-clef de la junte, a été tué lors de l’attaque menée par le JNIM ce 25 avril contre sa résidence près de Bamako. Le général Assimi Goïta, chef de la Transition, n’a ni été vu, ni pris la parole depuis le début des attaques et le chef des Services de renseignement, le général Modibo Koné, a été blessé par balle.
« Leur stratégie, c’est d’affaiblir et délégitimer les autorités maliennes, en accentuant la pression sécuritaire dans l’espoir d’un effondrement politique du régime plutôt que d’une prise directe du pouvoir qui apparaît plus compliquée à court terme« , souligne M. Jezequel. Contrairement aux alliances du début des années 2010, rapidement rompues, le chercheur estime que la coopération actuelle pourrait durer plus longtemps, même s’il juge que son avenir à moyen terme apparaît incertain.
Pour Wassim Nasr, le véritable test sera, selon lui, celui de la gestion de villes comme Kidal, une phase qui n’a pas encore réellement commencé.
© Afriquinfos & Agence France-Presse



