Le scénario se répète à Madagascar: des militaires ont affirmé ce 14 octobre « prendre le pouvoir » et ont acté de fait la fin de la Présidence du contesté Andry Rajoelina, qui avait accédé une première fois au pouvoir par un coup d’Etat en 2009, dans des circonstances similaires.
L’unité militaire qui s’est ralliée au mouvement de contestation généralisée dans cette île a fait cette déclaration devant le Palais présidentiel du centre d’Antananarivo, juste après un vote de l’Assemblée nationale destituant le Chef de l’Etat (présumé avoir quitté le pays) pour fautes graves.

« On va prendre le pouvoir à partir d’aujourd’hui et on dissout le Sénat et la Haute Cour Constitutionnelle. L’Assemblée Nationale, on la laisse continuer à travailler », a indiqué le colonel Michael Randrianirina devant le Palais présidentiel, au centre de la capitale malgache. Scènes de fête et concerts ont suivi cette annonce sur la « Place du 13-mai« .
Drapeaux malgaches et chants de célébration ont envahi ce lieu symbolique, baptisé en hommage aux personnes tuées lors d’un soulèvement populaire en 1972 qui a conduit au départ du premier Président Philibert Tsiranana (1959-1972). La Haute Cour constitutionnelle, ayant constaté la « vacance » du poste de Président, a « invité » dans un communiqué « l’autorité militaire compétente incarnée par le colonel Randrianirina Michaël, à exercer les fonctions de Chef de l’Etat« .
Contesté dans la rue et retranché dans un lieu inconnu, Andry Rajoelina, qui avait dissous un peu plus tôt ce 14 octobre l’Assemblée, a dénoncé à propos du vote le destituant une « réunion (…) dépourvue de toute base légale, une tentative de coup d’Etat des militaires. Le Président demeure pleinement en fonction« , assure-t-il. Exfiltré par un avion militaire français dimanche (12 octobre) d’après la radio française RFI, Andry Rajoelina avait été désigné Président de transition par des militaires, après un soulèvement populaire en 2009.
Après s’être mis en retrait en 2014, il avait été élu Président en 2018, puis réélu en 2023 pour un mandat de cinq ans lors d’un scrutin boycotté par l’Opposition. « On va mettre en place un Comité composé d’officiers venant de l’Armée, de la Gendarmerie, de la Police nationale. Peut-être qu’il y aura des hauts conseillers civils là-dedans. C’est ce Comité qui va assurer le travail de la Présidence. En même temps, après quelques jours, on va mettre en place un Gouvernement civil« , a assuré le colonel Randrianirina.
La Constitution est aussi suspendue, a annoncé le colonel Randrianirina, à la tête de la CAPSAT. Cette unité militaire, qui avait joué un rôle majeur dans le coup d’État de 2009, a renversé le rapport de force en se joignant ce 11 octobre aux manifestations qui ont commencé le 25 septembre dernier.
Au total, 130 des 163 députés, soit plus de la majorité des deux tiers requise, ont voté ce 14 octobre en faveur de la destitution d’Andry Rajoelina. Elle a été avalisée par la Haute Cour Constitutionnelle, dont la dissolution a été annoncée également ce 14 octobre par le colonel Randrianirina.
Savourer ces nouveaux instants d’un autre Madagascar
En attendant, Jouannah Rasoarimanana, 24 ans savoure une « victoire » pour la jeunesse éduquée de Madagascar ayant allumé l’étincelle de la contestation. « Je suis vraiment très heureuse, en tant que jeune, ici, à Madagascar, on est libre maintenant. On a obtenu la victoire », se réjouit cette comptable.
Comme très souvent depuis le 25 septembre, des milliers de manifestants sont encore descendus dans les rues d’Antananarivo. Des jeunes mobilisés par le collectif « Gen Z », rejoints par des fonctionnaires appelés à la grève par plusieurs Syndicats et des protestataires de toutes générations. Ses officiers ont appelé les Forces de sécurité à « refuser de tirer » sur les manifestants, avant de les rejoindre dans le centre de la capitale le 11 octobre dernier.
La plupart des Forces armées leur ont emboîté le pas depuis et ont changé de commandement, y compris la Gendarmerie, auparavant en première ligne de la répression des manifestations. Au moins 22 personnes ont été tuées au début de celles-ci, et plus d’une centaine blessées, d’après un bilan des Nations Unies.
« On essaie de voir exactement ce qui va se passer une fois la poussière retombée. Évidemment, s’il y a un coup d’État en cours, on s’y opposera« , a réagi Farhan Haq, Porte-parole du Secrétaire Général de l’ONU. Le Président Rajoelina en fuite a par ailleurs dit ce 14 octobre enchaîner « plusieurs visites officielles prévues chez les pays amis, membres de la SADC« , l’organisation de coopération d’Afrique australe qu’il présidait depuis quelques semaines.
© Afriquinfos & Agence France-Presse



