Referendum en Guinée-Bissau: Ce qui va fondamentalement changer en dépit des critiques amères de l’Opposition

Afriquinfos Editeur
6 Min de Lecture
Des électeurs dans un centre de vote (DR-InfoFrançais)

Bissau (© 2026 Afriquinfos)- Les Bissau-Guinéens ont approuvé un projet de nouvelle Constitution qui vise à passer à un régime présidentiel fort pour remplacer l’actuel système semi-parlementaire, une étape cruciale dans ce pays dirigé par une junte censée organiser le retour au pouvoir des civils début décembre.

Cette nouvelle constitution a été approuvée avec 70 % des suffrages exprimés, selon les résultats provisoires annoncés mardi par la commission nationale électorale (CNE).

D’après les données compilées par la Cne, le « Oui » a obtenu 383 116 voix contre 160 954 voix pour le « Non » sur les 572 712 votants. Le nombre total d’inscrits sur les listes est de 914 428 électeurs inscrits. La participation s’est ainsi chiffrée à un taux de 63 % pour le référendum organisé le 30 août.

La Cne a fait savoir qu’aucune contestation n’a été enregistrée et que les résultats définitifs étaient attendus dans quelques jours de la cour suprême.

La Présidente de la commission nationale électorale, Carmen Izaura Lobo, a qualifié le référendum de « succès » grâce au « professionnalisme » des commissions régionales et des agents déployés dans les bureaux de vote, a-t-elle dit lors d’un point de presse.

Elle s’est félicitée de la « transparence » et de la « crédibilité » selon elle du processus référendaire, qui n’a pas suscité l’engouement des votants venus en ordre dispersé à travers le pays.

Ce scrutin précède de quelques mois les élections générales prévues le 6 décembre pour un retour au pouvoir des civils, dans un climat politique tendu.

L’adoption de la réforme ouvre la voie à une importante reconfiguration de la nature du système politique guinéen.

Ouverture d’un système semi-parlementaire à un système présidentiel fort

Le pays va en effet passer d’un système semi-parlementaire en cours depuis l’indépendance à un système présidentiel fort. Le parlement va passer aussi de 102 à 65 membres dans cette nouvelle configuration qui donne désormais la prérogative au président de la République de nommer ou révoquer le Premier ministre et les membres du gouvernement.

La nouvelle Constitution octroie au Chef de l’État le pouvoir de nommer et révoquer le Premier ministre, le gouvernement et de dissoudre le Parlement.

Elle abandonne l’ancien modèle où le Premier ministre était issu de la majorité au Parlement, ce qui avait donné lieu à des cohabitations difficiles, comme après les législatives de 2023. Le président Embalo avait alors dissous le Parlement dominé par l’opposition en décembre 2023, à la suite de ce qu’il a présenté comme une tentative de putsch. Il avait dirigé par ordonnances jusqu’à sa destitution en novembre 2025.

L’opposition avait appelé à boycotter le référendum, notamment le PAIGC, parti historique ayant mené le pays à l’indépendance en 1974. Il a dénoncé l’organisation d’un référendum « dans un contexte de restriction des libertés publiques« .

Elle a conjointement avec la société civile, contesté avec véhémence la réécriture en profondeur de la Constitution par un pouvoir de transition non élu.

« Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie« , avait récemment déclaré Abubacar Ture, Président de la Ligue bissau-guinéenne des droits humains.

Pays en proie à une instabilité chronique depuis son indépendance en 1974, la Guinée-Bissau est dirigée par une junte militaire qui a pris le pouvoir en novembre 2025 à la suite d’un coup d’État contre Umaro Sissoco Embalo intervenu à la veille de la proclamation des résultats de la présidentielle et des législatives.

Le gouvernement de transition dirigé par le général Horta N’Tam, un proche d’Embalo, s’est engagé à organiser une élection présidentielle le 6 décembre 2026 pour un scrutin qui devra porter à la tête de l’État le premier président du pays à gouverner sous ce nouveau système présidentiel approuvé par le référendum.

Après le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l’Ouganda ou le Tchad ces dernières années, il s’agit du dernier exemple en date d’un pays africain qui a souhaité modifier ou changer sa Constitution pour étendre la durée des mandats, supprimer les limites d’âge ou renforcer les prérogatives du pouvoir exécutif.

Les résultats définitifs doivent être annoncés dans quelques jours par la Cour suprême, qui n’avait à ce stade pas été saisie de recours.

Ce pays lusophone côtier d’Afrique de l’Ouest a en effet connu cinq coups d’État et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance.

V.A.