Madagascar: Appels croisés à l’Eglise catholique pour offrir une facilitation dans la crise en cours

L'Opposition malgache, d'abord timide, s'est jointe ce 1er octobre à la dynamique contestataire (en cours depuis le 25 septembre) via une rare prise de position de la plateforme Firaisankina.

Afriquinfos Editeur
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Des manifestants à Madagascar brandissent le drapeau pirate de l'anime japonais 'One Piece' lors d'une nouvelle mobilisation contre le pouvoir à Antananarivo le 30 septembre 2025.
Des manifestants à Madagascar brandissent le drapeau pirate de l'anime japonais 'One Piece' lors d'une nouvelle mobilisation contre le pouvoir à Antananarivo le 30 septembre 2025.

La contestation de la génération Z s’intensifie ce 1er octobre 2025 à Madagascar. Avec de nouveaux alliés recrutés parmi les travailleurs et la classe de l’Opposition pour dénoncer le quotidien difficile des habitants de la plus grande île d’Afrique.

L’Opposition malgache, d’abord timide, s’est jointe ce 1er octobre à la dynamique contestataire (en cours depuis le 25 septembre) via une rare prise de position de la plateforme Firaisankina.

Des manifestants malgaches à Antsiranana brandissent le drapeau national et une banderole appelant le Président Andry Rajoelina à partir, à Antananarivo le 1er octobre 2025.
Des manifestants malgaches à Antsiranana brandissent le drapeau national et une banderole appelant le Président Andry Rajoelina à partir, à Antananarivo le 1er octobre 2025.

Le principal opposant malgache Siteny Randrianasoloniaiko, notamment, et l’ancien président Marc Ravalomanana, parti après la contestation populaire de 2009, font partie des signataires. Cinq des principales organisations de la Société civile ont appelé « l’Eglise à conduire le processus de concertation« , dans un communiqué commun, publié après un message du Pape Léon XIV ce 1er octobre 2025.

Le souverain pontife s’est dit « attristé par les nouvelles de Madagascar », île pauvre de l’océan Indien, et a appelé à la « promotion de la justice et du bien commun ». Ancien Maire d’Antananarivo, DJ et magnat des médias, Andry Rajoelina, 51 ans, a été installé une première fois au pouvoir de 2009 à 2014 par les militaires après un soulèvement populaire. Il s’est mis en retrait quatre ans sous la pression internationale, puis s’est fait élire en 2018. Et réélire en 2023 lors d’un scrutin contesté et boycotté par l’Opposition. Le renvoi ce 29 septembre de son Gouvernement ne « suffit pas », balayait ce 30 septembre auprès de l’AFPTV un porte-parole du mouvement à l’Université d’Antananarivo, préférant conserver l’anonymat par peur de représailles.

« Nous demandons la démission du Président », a-t-il clamé, visage dissimulé par un masque chirurgical. « Il est au pouvoir depuis 16 ans, mais rien n’a changé, les conditions de vie des Malgaches se dégradent et empirent de jour en jour. Notre avenir s’assombrit », critiquait ce un autre manifestant, coupe de cheveux et chemise soignées mais lui aussi masqué.

Les revendications se sont encore étendues : la Gen Z demande aussi dans un message sur les réseaux sociaux la dissolution du Sénat, de la Haute Cour constitutionnelle et de la Commission électorale ainsi qu’un procès contre l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga, principal soutien financier d’Andry Rajoelina.

Reprenant le drapeau pirate tiré du manga « One Piece » vu lors des contestations en Indonésie ou au Népal et baptisé en référence à la génération née avec l’an 2000, le mouvement Gen Z est très organisé sur les réseaux sociaux et a embrasé le pays au-delà de la capitale.

Le mouvement appelle la Fonction publique à « se joindre à la grève générale« . Le principal Syndicat des inspecteurs du travail ainsi que de la Société nationale de distribution d’eau et d’électricité (Jirama) ont annoncé se mettre en grève. Les coupures incessantes d’eau et d’électricité, causées selon les manifestants par une mauvaise gestion du pouvoir, sont à l’origine du ras-le-bol et de la première manifestation le jeudi, 25 septembre, quand des pillages généralisés ont été menés ensuite par « des gangs sans lien avec les manifestants« , selon l’ONU.

Malgré ses immenses ressources naturelles, cette ancienne colonie française devenue indépendante en 1960 figure encore parmi les pays les plus démunis au monde. En 2022, près de 75% de sa population vivait sous le seuil de pauvreté selon la Banque Mondiale. Par ailleurs, l’organisation Transparency International le place au 140e rang sur 180 dans son indice de perception de la corruption.

© Afriquinfos & Agence France-Presse