Limogeage d’Ousmane Sonko: Le Sénégal dans une guéguerre du PASTEF retardant son décollage

Dans une déclaration lue à la Télévision nationale dans la soirée de ce 22 mai par le Secrétaire Général de la Présidence, le Président Bassirou Diomaye Faye a annoncé avoir "mis fin aux fonctions de M. Ousmane Sonko" et de son Gouvernement.

Afriquinfos Editeur
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O. Sonko au Parlement.
O. Sonko au Parlement.

Leurs divergences s’affichaient sur la scène publique depuis des mois: le divorce entre le Président sénégalais et son charismatique mais encombrant Premier ministre Ousmane Sonko s’est acté dans la soirée de ce 22 mai avec le renvoi du Gouvernement, plongeant le Sénégal dans l’incertitude politique.

Ousmane Sonko est acclamé par ses partisans à son arrivée à son domicile de Dakar, le 23 mai 2026, après avoir été démis de ses fonctions de Premier ministre du Sénégal.
Ousmane Sonko est acclamé par ses partisans à son arrivée à son domicile de Dakar, le 23 mai 2026, après avoir été démis de ses fonctions de Premier ministre du Sénégal.

Dans une déclaration lue à la Télévision nationale dans la soirée de ce 22 mai par le Secrétaire Général de la Présidence, le Président Bassirou Diomaye Faye a annoncé avoir « mis fin aux fonctions de M. Ousmane Sonko » et de son Gouvernement, après des mois de tensions entre les deux anciens compagnons de route.

« La fracture », « Diomaye prend le pouvoir », « Adieu au duo », « Gueguerre »: les titres de la presse se faisaient écho cette matinée du 22 mai du séisme politique dans le pays. Alors que M. Sonko demeure le leader incontestable de leur parti, le PASTEF, largement majoritaire à l’Assemblée, se pose la question de la possibilité pour le Président de pouvoir gouverner et passer des réformes dans le pays qui fait face à de graves difficultés économiques. Farouche opposant au Président Macky Sall (2012-2024), Ousmane Sonko avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2024, après une condamnation pour diffamation ayant entraîné la perte de ses droits civiques. M. Sonko avait alors désigné son bras droit, Bassirou Diomaye Faye, pour le remplacer dans la course.

Les tensions avaient commencé à émerger en juillet 2025, lorsque le bouillonnant Premier ministre s’en était vivement pris au Président Faye, fustigeant un « problème d’autorité » dans le pays. Depuis, les signes de dissensions se sont multipliés. Début mai 2026, le Président avait critiqué la « personnalisation excessive » de son Premier ministre au sein du parti au pouvoir. « Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance », avait-il déclaré dans une interview télévisée.

Vendredi matin, quelques heures avant son limogeage, le Premier ministre avait critiqué M. Faye lors d’une intervention à l’Assemblée Nationale, à propos du contrôle et de la transparence des fonds politiques, des sommes d’argent dont l’utilisation se fait à la discrétion du Président.

Par ailleurs, M. Sonko critiquait régulièrement la lenteur des poursuites contre d’anciens responsables sous l’ex-Président Sall, qu’il accuse de corruption.

– Soutien populaire –

Vendredi soir, des centaines de militants ont convergé vers le domicile de M. Sonko à Dakar pour l’acclamer, démontrant l’incontestable assise populaire du leader du PASTEF. « On peut imaginer que ça va être compliqué de cohabiter avec cette majorité du parti PASTEF à l’Assemblée », analyse pour l’AFP Babacar Ndiaye, directeur de recherche pour le groupe de réflexion ‘Wathi’. Le Président doit désormais nommer un Premier ministre, qui doit être approuvé par les députés, au plus tard trois mois après sa nomination. « Si les députés décident d’apporter une motion de censure ou de défiance, ils en sont capables », rappelle M. Ndiaye.

Le Chef de l’Etat ne pourra pas dissoudre l’Assemblée nationale avant le mois de novembre 2026, soit deux ans après l’élection de cette législature. « Ce qui sera intéressant de voir, dans tout ce magma, toutes ces personnes qui composent le PASTEF, finalement, qui est loyal à qui? », s’interroge l’analyste. Les deux anciens alliés seront-ils désormais rivaux politiques? 

Il y a quelques semaines, le Parlement a ouvert la voie à une candidature d’Ousmane Sonko à la prochaine présidentielle en 2029, en adoptant une réforme du Code électoral. Néanmoins, M. Sonko a été élu député aux législatives de novembre 2024, avant de renoncer à son mandat pour rester Premier ministre, ce qui, pour son parti, signifie qu’il est éligible. M. Faye qui, à la différence du leader du PASTEF, ne bénéficie pas d’un engouement populaire, rassemble toutefois des soutiens politiques depuis plusieurs mois, à la faveur du mouvement « Diomaye Président », laissant présager une éventuelle candidature pour 2029.

– Situation économique préoccupante du Sénégal-

« Je crois que c’est quand même une déception, parce qu’ils ont vendu aux Sénégalais le slogan +Sonko c’est Diomaye+ », rappelle M. Ndiaye, alors que le pays fait face à une situation économique préoccupante. « Ce n’est pas une bonne chose. Le pays a besoin d’emplois, pas de politique », a réagi Modou Diaw, conducteur de moto-taxi à Dakar, interrogé par l’AFP ce 23 mai 2026.

A leur arrivée au pouvoir en 2024, les nouvelles autorités ont accusé le régime de l’ex-Président Sall d’avoir caché une partie de la dette publique, entraînant la suspension d’un programme d’aide du FMI (Fonds monétaire international) de 1,8 milliard USD. Sur la question de la dette qui atteint désormais 132% du PIB, les deux hommes optaient pour des approches différentes: le Président souhaitant discuter avec le FMI d’un nouveau programme d’aide, et le Premier ministre vante une approche souverainiste.

@ Afriquinfos & AFP