Monrovia (© 2026 Afriquinfos)- La police libérienne a annoncé avoir réalisé la plus importante saisie de drogue de l’histoire du pays, après un raid mené mardi dans un entrepôt situé à Duazon, une localité à une vingtaine de kilomètres à l’Est de Monrovia. Selon plusieurs médias locaux, les autorités y ont découvert une cargaison de cocaïne dont la valeur est estimée entre 300 et 370 millions de dollars.
Cette saisie fait du pays le premier d’Afrique de l’Ouest à intercepter avec succès des cartels de la drogue d’Amérique latine, qui étaient actifs dans le pays depuis environ 6 ans.
« Au cours de l’opération, les enquêteurs ont saisi environ 3 971 kilogrammes de plaques de cocaïne présumée, d’une valeur estimée sur le marché noir à environ 317 680 000 dollars américains », a indiqué le procureur général et ministre de la Justice lors d’une conférence de presse à Monrovia.
Cette opération, menée le 21 juillet 2026, est l’aboutissement d’une enquête ouverte en juin dernier après une première saisie de 230 kilogrammes de cocaïne à l’aéroport international Roberts. Les éléments recueillis avaient alors permis aux enquêteurs de remonter la filière jusqu’à un important stock découvert dans le comté de Duazon, sur la route de l’aéroport.
Les investigations ont mis au jour un réseau criminel structuré et solidement financé, actif au Liberia depuis plus de six ans. Selon les autorités, les trafiquants utilisaient des sociétés de logistique opérant à l’aéroport Roberts pour acheminer la drogue sous couvert de cargaisons ordinaires, notamment des épices ou des textiles, grâce à des documents de transport falsifiés.
L’opération a conduit à l’arrestation de plusieurs suspects, parmi lesquels un ressortissant serbe et un binational colombien-espagnol, soupçonnés d’être impliqués dans ce vaste réseau de trafic international.
La plus importante saisie réalisée jusqu’ici
Selon la même source, l’opération fait suite à une longue enquête visant des réseaux de trafic actifs au Liberia entre 2018 et 2023, sous surveillance des forces de l’ordre depuis environ un an et demi. « C’est le résultat de cette opération », a déclaré Gregory Coleman, directeur de la police nationale, qualifiant la saisie de plus importante réalisée dans le pays ces dernières années.
Les autorités n’ont pas encore déterminé l’origine de la cargaison ni sa destination finale. Gregory Coleman a expliqué que les enquêteurs suivaient déjà le réseau lorsque deux ressortissants étrangers, récemment arrivés dans le pays, ont été interpellés lors du raid.
Mercredi, le consulat honoraire de Colombie au Liberia a pris ses distances avec l’affaire, niant tout lien avec la cargaison saisie, rapporte The New Dawn Liberia. L’administrateur du consulat, Abenigo Balesh Pokor, a affirmé que l’organisme n’avait aucune trace du suspect concerné et a appelé les autorités de sécurité conjointes à vérifier l’authenticité du passeport colombien en question. Le consulat dit disposer de dossiers sur une vingtaine de ressortissants colombiens résidant dans le pays, sans avoir jamais eu de contact avec l’homme arrêté, précise la même source.
Le vice-président libérien, Jeremiah Koung, a quant à lui salué le travail des forces de sécurité, assurant, que toute personne reconnue coupable serait poursuivie « avec toute la rigueur de la loi, quel que soit son statut ».
Une deuxième saisie en quelques semaines
Cette saisie intervient quelques semaines seulement après une autre majeure intervenue à l’aéroport international Roberts. Les agents de sécurité y avaient intercepté six caisses de fret après avoir détecté des anomalies lors des contrôles. La cargaison, faussement déclarée comme contenant des assaisonnements alimentaires et des textiles, renfermait en réalité près de 200 blocs compressés de cocaïne, pour une valeur estimée à 19,2 millions de dollars.
Cette précédente affaire avait suscité une vive polémique, plusieurs observateurs reprochant aux autorités d’avoir réagi trop lentement, ce qui aurait permis à certains suspects de quitter le pays avant leur arrestation. Des sénateurs, dont Amara Konneh et Darius Dillon, ont depuis réclamé une enquête plus large pour comprendre comment des saisies de cette ampleur peuvent se produire sans arrestations. Le Liberia a déjà enregistré plusieurs saisies notables ces dernières années, dont 520 kilogrammes de cocaïne interceptés au port de Monrovia en 2022, rappelle Africanews. Depuis son arrivée au pouvoir en 2024, le président Joseph Boakai a procédé à plusieurs remaniements à la tête de l’agence nationale de lutte contre les stupéfiants, dans un contexte de pression croissante pour endiguer le trafic, précise la même source.
En 2022, un jury avait acquitté l’ensemble des accusés dans l’affaire des 100 millions de dollars de Freeport, alors la plus importante saisie du pays.
L’Afrique de l’Ouest, plaque tournante du trafic
L’Afrique de l’Ouest est devenue ces dernières années une zone de transit majeure pour la cocaïne acheminée d’Amérique du Sud vers l’Europe, profitant de la faiblesse des contrôles aux frontières dans plusieurs pays de la région. Selon l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée (Global Initiative Against Transnational Organized Crime), au moins 30 % de la cocaïne destinée au marché européen transiterait désormais par cette région.
L’organisation relève également une hausse de la consommation locale, notamment de crack, et estime que les saisies de cocaïne y augmentent régulièrement depuis 2019, ayant atteint environ 30 tonnes en 2025. Les Nations unies ont pour leur part alerté sur la sophistication croissante des réseaux criminels opérant dans la région, ajoute Africa Global Village.
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