Asmara (© 2025 Afriquinfos)- Alors qu’elle traverse déjà une zone de turbulence, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) va devoir faire face à un autre déboire : un deuxième retrait de l’Erythrée.
Deux ans après sa réintégration, l’Érythrée a de nouveau annoncé ce 10 décembre, son retrait de, mettant de nouveau ce bloc régional de la Corne de l’Afrique dans une nouvelle zone de turbulence. La décision a été notifiée par Asmara à travers une note verbale adressée au Secrétariat de l’organisation, et aussitôt regrettée par l’IGAD.
Dans une déclaration de son ministère des Affaires étrangères, Asmara accuse l’IGAD de s’être éloignée de ses principes fondateurs, estimant que l’organisation est devenue « un outil utilisé contre certains États membres » et qu’elle échoue à promouvoir la stabilité régionale.
Asmara justifie son retrait en dénonçant une organisation qui aurait ‘’manqué et continue de manquer à ses obligations statutaires, compromettant ainsi sa propre légitimité et son mandat légal’’. Le ministère des Affaires étrangères érythréen a notamment affirmé que l’Igad n’offre ‘’aucun avantage stratégique tangible’’ à ses membres et ne contribue ‘’pas de manière significative à la stabilité de la région’’.
Cette rhétorique intervient alors que l’Igad, qui regroupe huit pays dont l’Éthiopie, le Soudan et la Somalie, est confrontée à de graves crises régionales. Le Soudan est embourbé dans une guerre civile sanglante, tandis que l’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé du continent, doit gérer des conflits internes persistants. L’Igad s’est dite prête à « regretter » la décision d’Asmara et a encouragé l’Érythrée à la ‘’reconsidérer’’, tout en précisant qu’elle n’avait participé à aucune activité depuis son retour en 2023.
Dans un communiqué rendu public vendredi 10 décembre, l’IGAD rappelle que l’Érythrée avait déjà rompu avec l’organisation pendant près de vingt ans, avant de réintégrer officiellement le bloc en juin 2023, à l’issue du 14ᵉ Sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement. Cette réintégration avait alors été saluée par l’ensemble des États membres comme un pas important vers une coopération régionale inclusive et renforcée.
Cependant, selon l’IGAD, cette dynamique n’a jamais réellement pris corps. Depuis son retour, l’Érythrée n’a participé à aucune réunion, programme ou activité de l’organisation. Le Secrétariat affirme avoir maintenu une posture d’ouverture et de dialogue, sans parvenir à engager Asmara dans les mécanismes institutionnels existants.
L’organisation régionale regrette également que la décision de retrait ait été prise sans discussions préalables ni propositions formelles de réforme, alors même que ses cadres consultatifs étaient disponibles pour traiter d’éventuelles préoccupations.
Un premier retrait en 2007
L’Égypte, considérée comme le grand rival de l’Éthiopie dans la région, s’affronte notamment à Addis-Abeba sur la question du grand barrage de la Renaissance. En se désolidarisant de l’Igad, l’Érythrée, historiquement proche de l’Égypte, rompt de nouveau avec l’ensemble de ses voisins proches de l’Éthiopie, exacerbant les divisions régionales.
Ce retrait n’est pas le premier. L’Érythrée, dirigée d’une main de fer depuis son indépendance en 1993 par Isaias Afwerki, avait déjà suspendu son adhésion à l’Igad en 2007, avant de la reprendre brièvement en 2023. Le pays est l’un des plus fermés au monde.
Malgré cette rupture, l’IGAD affirme vouloir maintenir la porte ouverte. Le Secrétariat indique qu’il poursuivra ses efforts diplomatiques afin d’encourager l’Érythrée à reconsidérer sa position et à réintégrer l’organisation dans un esprit de bonne foi, au service des objectifs communs de paix, de sécurité et de développement.
Cette divergence de lectures illustre les tensions persistantes au sein des mécanismes régionaux africains, où la coopération se heurte souvent à des intérêts nationaux contradictoires et à des perceptions divergentes du rôle des organisations multilatérales.
Malgré ce revers, l’IGAD réaffirme sa détermination à poursuivre son mandat de dialogue politique, de coopération régionale et d’action collective, dans une région confrontée à des défis sécuritaires et géopolitiques majeurs.
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