Gard (© 2026 Afriquinfos)- Le président palestinien Mahmoud Abbas a salué ce 18 février la mémoire de Leïla Shahid, ancienne représentante de la Palestine en France et auprès de l’Union européenne (UE) décédée à l’âge de 76 ans. Louant un «modèle de diplomate», selon l’agence de presse officielle Wafa.
L’ancienne diplomate palestinienne Leïla Shahid est morte à son domicile dans le sud de la France, selon sa famille. Une voix reconnaissable entre toutes, avec des « r » qui roulaient au rythme de son ardeur et de son éloquence, et surtout pas une langue de bois ni dans sa poche. Voilà pour se souvenir de la personnalité haute en couleur de Leïla Shahid, qui vient de disparaître à l’âge de 76 ans.
Malade depuis plusieurs années, l’ancienne déléguée générale de Palestine en France puis auprès de l’Union européenne s’était peu à peu retirée de la scène publique. Selon les informations relayées par plusieurs journaux français, elle aurait mis fin à ses jours à son domicile de Lecques, dans le département du Gard, dans le sud de la France.
« Oui, elle est morte aujourd’hui« , a confirmé sa soeur Zeina à l’AFP, sans préciser les circonstances de son décès. En 1989, elle avait été nommée représentante de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en Irlande, puis aux Pays-Bas et ensuite au Danemark. De 1994 à 2005, elle avait été déléguée générale en France avant d’occuper, entre 2005 et 2015, le même poste au sein de l’Union européenne à Bruxelles.
Une carrière de porte-voix
Leïla Shahid est née le 13 juillet 1949, dans une famille palestinienne réfugiée au Liban, elle est la petite-fille d’un ancien maire de Jérusalem. La jeune fille passe son baccalauréat à Beyrouth en juin 1967, alors qu’éclate la Guerre des Six jours. Ce qui l’amènera à rejoindre le mouvement du Fatah. En 1968, elle entreprend des études de sociologie et d’anthropologie à l’université américaine de Beyrouth, un des foyers historiques de la contestation politique palestinienne. Elle poursuivra ses études à Paris. C’est dans la capitale française que la jeune militante fait la connaissance de son futur mari, l’écrivain marocain Mohammed Berrada. Ils partiront vivre plusieurs années au Maroc, le couple devient proche de l’écrivain Jean Genet.
Leila Shahid était aussi amie avec Yasser Arafat, qui fut le président de l’Autorité palestinienne, disparu en France en novembre 2004. « J’ai connu Yasser Arafat en 1970 lorsque expulsé de Jordanie avec toute la direction du Fatah, il est venu se réfugier au Liban, à Beyrouth. Avec lui, j’avais une camaraderie naturelle. Arafat était très solidaire avec les femmes militantes », confiait-elle sur le site du magazine en ligne belge Medor, en décembre 2024.
En mars 2009, un film produit par Arte et la TSR et réalisé par Michèle Collery lui est consacré: Leïla Shahid, l’espoir en exil.
Militante de la paix
Dans le quotidien L’Humanité, dans un entretien accordé à l’automne 2025, Leïla Shahid réaffirmait sa condamnation de l’assassinat de civils israéliens le 7 octobre 2023, « Je me suis toujours opposée aux meurtres perpétrés par n’importe quel groupe contre des civils. Il s’agit d’assassinats. Je ne comprends pas comment le Hamas peut le justifier. La Cour pénale internationale devra les juger un jour pour crime de guerre« . Elle dénonçait aussi « la passivité de la communauté internationale, incapable depuis deux ans d’obtenir un cessez-le-feu durable« .
Dans son long entretien accordé au journaliste de Medor, Leïla Shahid, « qui a toujours préféré le dialogue aux armes« , dit avoir « la tête qui bouillonne, la sensation d’avoir en permanence 41 degrés de température et les nuits traversées de cauchemars » depuis que ses deux pays vivent la même horreur sous les bombes.
« Elle savait que la bataille ne se jouait pas seulement sur le terrain, mais dans les mots, dans la manière dont la cause palestinienne était nommée, cadrée, et interprétée« , lit-on sur le site du Centre arabe de recherches et d’études politiques à Paris, pour rendre hommage à cette femme politique et militante de terrain. Sur X, le journaliste Edwy Plenel dit adieu à cette « si joyeuse combattante ».
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