Le Vatican exhorte à désarmer l’IA au profit de l’humain avec cette méthode et ces outils

Afriquinfos Editeur
8 Min de Lecture
Le Pape Léon XIV (DR).

Rome (© 2026 Afriquinfos)-  À l’occasion du 135e anniversaire de « Rerum novarum », le pape Léon XIV a publié ce 25 mai 2026, l’encyclique ‘’Magnifica humanitas’’ ‘’La magnifique humanité’’. Dans ce texte volumineux, le chef de l’Eglise catholique livre ses réflexions sur l’intelligence artificielle et son impact sur la société moderne.

Il appelle à préserver « une humanité magnifique habitée par Dieu», en promouvant la vérité, la dignité du travail, la justice sociale et la paix. À l’ère numérique, il faut désarmer l’IA et dépasser la théorie de la « guerre juste », en relançant le dialogue et le multilatéralisme.

Le document d’une grande densité, se veut une adaptation des grands principes de la Doctrine sociale de l’Église aux défis d’aujourd’hui.

En préambule, le chef de l’Église catholique a invité à ‘’ne pas diaboliser ni idolâtrer» les outils numériques. L’intelligence artificielle ne peut toutefois «être considérée comme moralement neutre’’, a averti le souverain pontife. 

Au travers de ses 5 chapitres, ses 245 paragraphes et ses plus de 45.000 mots, cette volumineuse encyclique aborde en profondeur les problématiques soulevées par l’essor de l’intelligence artificielle, pointant du doigt les dangers inhérents à cette nouvelle technologie.

Au travers de ce document, le chef de l’Eglise catholique a abordé également la question du rôle des nouvelles technologies dans la banalisation de la guerre. Léon XIV s’est insurgé face à l’instauration d’une ‘’culture de la puissance’’ qui ‘’modifie les relations et les comportements’’. Cela engendre «un multipolarisme désordonné et conflictuel, où prévaut la méfiance envers l’autre». 

Alors que de nombreux conflits ont éclaté dans le monde, ces dernières années, le pape a appelé à soumettre ‘’l’utilisation de l’IA dans le domaine militaire (…) aux contraintes éthiques les plus rigoureuse. Regrettant de voir le développement incessant d’armes ‘’liées à l’IA’’, Léon XIV a estimé qu’il n’était «pas acceptable de confier à des systèmes artificiels des décisions mortelles».

Le pape a exhorté ainsi à ‘’désarmer l’IA’’, en la soustrayant de la logique de la compétition armée, laquelle est aujourd’hui militaire, économique et cognitive. Il a incité donc à ‘’rompre cette  équivalence entre la puissance technique et le droit de gouverner’’. L’enjeu n’est pas tant de «renoncer à la technologie» mais de ‘’l’empêcher de dominer l’humain’’, a insisté le pape.

Face aux défis engendrés par l’essor des nouvelles technologies, le souverain pontife appelle à défendre la dignité humaine, affirmant qu’elle «ne dépend pas des capacités qu’elle possède, de ses richesses ou du rôle qu’elle occupe, des choix justes ou erronés qu’elle pose, mais elle est un don, qui la précède et la dépasse». ‘’Aucun péché, aucun échec, aucune humiliation, aucune exclusion ne peut porter atteinte à la valeur profonde d’une vie humaine’’, a insisté le chef de l’Eglise catholique. 

Eviter le ‘’syndrome de Babel’’

Dans ce document, Léon XIV s’est inquiété particulièrement des logiques de domination à l’œuvre dans les nouvelles technologies. Le souverain pontife a estimé que celles-ci tendent à prendre la forme d’un «syndrome de Babel», en référence à l’épisode biblique tiré de la Genèse. 

Il s’agit d’une ‘’œuvre conçue sans référence à Dieu, soutenue par une uniformité qui élimine la diversité et, au lieu de la communion, choisit l’homogénéisation’’, a expliqué l’évêque de Rome en introduction de son encyclique.

Ainsi, le pape a mis en garde contre ce ‘’syndrome de Babel’’, lequel entraîne, estime-t-il, ‘’l’idolâtrie du profit qui sacrifie les plus faibles, l’uniformité qui gomme les différences, la prétention d’un langage unique (…) capable de tout traduire (…) en données et en performances’’.

A l’ère du tout numérique, Léon XIV s’est inquiété de «l’affirmation croissante d’un paradigme technocratique». Selon lui, cette logique «de l’efficacité, du contrôle et du profit» finit par régir «à elle seule les choix personnels, sociaux et économiques». 

Dès lors, la technologie cesse d’être un simple instrument et se mue en «un critère (…) réduisant la création à un objet d’exploitation et les personnes à des rouages d’un système qu’il faut rendre toujours plus performant ». Se faisant, Léon XIV a repris une réflexion déjà développée par son prédécesseur, le pape François, dans sa deuxième encyclique ‘’Laudato si’’

Léon XIV a mis en garde contre le transhumanisme et le posthumanisme, qui proposent «une vision futuriste de l’homme amélioré ou de l’homme hybridé avec la machine». Ces courants «colonisent l’imaginaire collectif» et tendent à orienter les choix sociaux, économiques et politiques, a jugé le chef de l’Eglise catholique.

Une nouvelle donne internationale

La situation internationale est au cœur des préoccupations du pape. Celui-ci a estimé, en effet, que la société moderne s’est profondément altérée. Les États qui régissent le monde ont été remplacés par ‘’des acteurs privés, souvent transnationaux, dotés de ressources et de capacités d’intervention supérieures à celles de nombreux gouvernements’’, a avancé Léon XIV. Cette nouvelle donne, qui prend la forme d’une gouvernance mondiale, est ‘’d’autant plus difficile à cerner, à réguler et à orienter vers le bien commun’’, fait-il remarquer.

Le souverain pontife a dénoncé notamment l’émergence d’une logique «particulièrement insidieuse», laquelle laisse entendre que ‘’chaque personne devrait mériter ou justifier sa propre valeur’’, au risque de se voir considéré comme une ‘’ressource à optimiser’’. Le pape a rappelé ainsi que ‘’la personne humaine est une fin et non un moyen’’.

Le pape s’est dit particulièrement préoccupé par le processus de collecte des données, y voyant une nouvelle forme de colonialisme qui transforme ‘’les vies personnelles en informations exploitables’’. Le contrôle de ces données offre la possibilité de ‘’modeler les besoins et les marchés’’, a fait remarquer Léon XIV. En conséquence, il a appelé à «transformer la connaissance partagée en bien commun, et non en levier de domination». 

Le 267e pape s’inquiète également de voir de ‘’nouvelles terres rares’’ être soumises à une «logique d’extraction», laquelle concerne ‘’des flux sanitaires, profils épidémiologiques, cartes génétiques et données démographiques’’. 

Léon XIV s’est saisi de cette réflexion pour dénoncer les «nouvelles formes d’esclavage» engendrées par les infrastructures numériques. ‘’Le pouvoir croissant des systèmes numériques risque de nous conduire vers de nouvelles atrocités, non moins honteuses que celles du passé’’, a-t-il prévenu.

Afriquinfos