Le Caire (© 2025 Afriquinfos)- Le Caire et Khartoum ont affirmé ce 03 septembre que leur sécurité hydrique est indivisible, exprimant leur opposition totale à toute action unilatérale dans le bassin oriental du Nil qui pourrait nuire à leurs intérêts en matière d’eau.
Dans un communiqué conjoint publié ce mercredi, 3 septembre 2025, à l’issue d’une réunion au Caire, les ministres des Affaires étrangères et de l’Irrigation de l’Egypte et du Soudan ont déclaré que le barrage éthiopien de la renaissance, GERD, «représente une menace continue pour la stabilité de la situation dans le bassin oriental du Nil».
La réunion qui s’est tenue dans le cadre du mécanisme consultatif (deux ministres des Affaires étrangères et deux ministres de l’Irrigation), a réaffirmé la position commune du Caire et de Khartoum sur le barrage controversé de la Renaissance qui «enfreint le droit international» et «représente un risque important pour les pays en aval», éclairent l’Egypte et le Soudan.
Les deux ministres ont mentionné particulièrement les «dangers qui découlent des mesures unilatérales de l’Ethiopie autour du remplissage et l’exploitation du barrage», «les préoccupations concernant sa sécurité structurelle» et «les risques de déversements d’eau incontrôlés et de mauvaise gestion pendant les périodes de sécheresse». L’Ethiopie avait annoncé il y a quelques semaines que l’inauguration officielle de son Grand Barrage aura lieu le 9 septembre prochain.
L’Egypte et le Soudan insistent désormais sur l’exigence de s’accorder sur le système de gestion et de fonctionnement du barrage qui pourrait grandement affecter leurs droits en eaux. Et ce après l’achèvement de ce projet gigantesque sans consensus avec les pays en aval. Un accord futur est également indispensable, selon les experts des deux Etats sus-cités, pour éviter qu’Addis-Ababa, ou tout autre pays en amont ne lance des projets similaires à l’avenir. L’Ethiopie avait publiquement déclaré son intention de construire d’autres barrages après le Grand barrage de la Renaissance.
L’«Ethiopie doit changer sa politique dans le bassin Est du Nil pour rétablir la coopération entre les Etats riverains», ont vivement recommandé Le Caire et Khartoum. Elles ont également rejeté ce 03 septembre toute tentative d’impliquer d’autres pays du bassin du Nil dans leur différend, insistant sur le fait que celui-ci doit rester exclusivement entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie.
La construction du GERD a débuté en 2011, ce qui a déclenché des tensions entre l’Ethiopie, située en amont, et l’Égypte et le Soudan, en aval. Bien qu’elles ne s’opposent pas aux objectifs de développement de l’Ethiopie, Le Caire et Khartoum ont appelé à plusieurs reprises à un accord contraignant sur le remplissage et l’exploitation de ce méga-barrage. Ils craignent que, sans un tel pacte, le barrage n’affecte gravement le débit du Nil.
Une dizaine d’années de négociations accouchant finalement d’une souris
Les négociations sur le barrage ont duré une décennie sans parvenir à un règlement. Malgré l’absence d’accord entre les trois nations, l’Éthiopie a unilatéralement rempli le barrage en cinq étapes, entre 2020 et 2024 et prévoit de l’inaugurer en septembre. L’Egypte a annoncé l’échec des pourparlers sur le GERD en décembre 2023, citant le rejet par l’Éthiopie des cadres techniques et juridiques proposés.
Dans les pourparlers du mécanisme 2+2, Le Caire et Khartoum se sont mises d’accord sur la nécessité de protéger leur sécurité hydrique. Elles ont également réaffirmé leur engagement à collaborer pour protéger leurs droits, conformément au droit international et à l’accord de 1959. Les deux parties ont souligné que la sécurité hydrique soudanaise et égyptienne est indivisible, réaffirmant leur opposition totale à toute action unilatérale dans le bassin du Nil qui pourrait nuire à leurs intérêts hydriques.
IBN et accord d’Entebbe
L’Egypte et le Soudan ont également affirmé la nécessité de poursuivre les efforts conjoints avec les pays de l’Initiative du Bassin du Nil (IBN) de 1999 pour «rétablir le consensus». Les deux parties ont réaffirmé leurs positions communes sur l’IBN et son mécanisme consultatif pour les pays ne faisant pas partie de l’Accord-cadre de coopération (CFA), également connu sous le nom d’accord d’Entebbe.
Le CFA menace les droits historiques de l’Egypte et du Soudan sur les eaux du Nil, droits qui sont basés sur l’Accord de 1959 entre les deux nations et le Traité de 1929 signé entre l’Egypte et la Grande-Bretagne.
Dans leur déclaration conjointe, l’Egypte et le Soudan soutiennent en outre que l’IBN sert de pierre angulaire à la coopération en matière d’eau. Ils ont également reconnu le rôle de la Commission technique mixte permanente égypto-soudanaise pour les eaux du Nil qui, conformément à l’accord de 1959, est l’instance responsable de l’étude des questions relatives à l’eau du Nil.
Ils ont enfin mis en avant l’importance de la tenue de la prochaine réunion de la Commission sus-mentionnée en octobre 2025, en marge de la ‘Semaine internationale de l’eau’ du Caire.
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