Busan (© 2026 Afriquinfos)- Le patrimoine mondial de l’Unesco a encore pris de la valeur lors de la 48ᵉ session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO tenue ce week-end du 25 et 26 juillet 2026, avec l’inscription de quatre nouveaux sites africains. Il s’agit de : six médinas séculaires des Comores, le village bleu et blanc de Sidi Bou Saïd en Tunisie, les plantations de Sao Tomé-et-Principe et les savanes de Boma-Badingilo au Soudan du Sud.
Réunit à Busan en Corée du Sud du 19 au 29 juillet, L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), a désigné les sites à inscrire sur les listes du patrimoine mondial et du patrimoine mondial en péril. Quatre sites africains ont été inscrits ce week-end du 25 et 26 juillet.
Six médinas séculaires des Comores
Ainsi, six médinas séculaires des Comores, témoignages de l’architecture swahilie et des anciens sultanats de l’archipel de l’océan Indien, ont été inscrites. Une reconnaissance qui devrait favoriser la préservation de ces cités-États. Elles ont été construites pour certaines dès le XIIe siècle le long des routes commerciales de l’océan Indien. Les médinas comprennent des murailles de défense, des palais, des mosquées et des places publiques, intégrées à un réseau de ruelles étroites.
« Ce classement n’est pas une ligne d’arrivée mais un point de départ« , a réagi Saïd Mohamed Ali Saïd, le ministre comorien de la Culture, qui faisait partie d’une importante délégation gouvernementale ayant fait le déplacement à Busan. Ces médinas « ne sont pas de simples sites historiques pour nous. Ce sont des villes vivantes, où l’on continue de prier, de commercer et de célébrer les grands moments de la vie exactement comme le faisaient nos aïeux« , a-t-il ajouté, évoquant une « immense fierté ».
Ces six médinas, dont quatre se trouvent sur l’île de Grande Comores et deux sur celle d’Anjouan, sont les premiers sites des Comores à rejoindre la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, qui compte plus de 1.200 biens culturels et naturels présentant « un intérêt exceptionnel (…) en tant qu’élément du patrimoine mondial de l’humanité tout entière ». « Ce patrimoine est fragile, et par endroits en réel danger. Le classement change la donne: il nous oblige, mais il nous ouvre aussi des portes« , a encore déclaré le ministre de la Culture.
L’archipel des Comores, situé à environ 300 km des côtes de l’Afrique et peuplé à présent d’environ 870.000 habitants, a été pendant des siècles à la croisée de routes commerciales maritimes entre l’Afrique de l’Est, le Moyen-Orient, Madagascar et l’Inde.
Dans la médina de la capitale Moroni trône l’emblématique « Mosquée de Vendredi », avec son célèbre minaret vert surplombant le port aux boutres. Tout autour, des venelles pavées et des maisons à étages parfois ornées de lourdes portes sculptées en relief. Parmi les médinas inscrites figurent celle d’Itsandra, petite cité maritime du 14e siècle et haut lieu de la civilisation swahilie, toute proche de Moroni. La médina d’Iconi, plus au sud, bâtie à partir du XIIe siècle, abrite les ruines du palais des sultans de Bambao, une des régions de la Grande-Comore. Son état de conservation est précaire. S’y trouve la tombe du prince Saïd Ibrahim, fils du dernier sultan de la Grande-Comore, Saïd Ali.
Cette inscription n’est pas une surprise : le dossier était suivi depuis plusieurs mois par les autorités comoriennes et leurs partenaires internationaux. Quelques semaines avant la décision de Busan, une mission conjointe de l’Unesco, de la Fondation Aliph, de l’École de Chaillot, de l’Institut national du Patrimoine et des Compagnons du Devoir s’était rendue sur place pour évaluer l’état de conservation des sites, notamment le Ngomé, le rempart du XVIIIe siècle qui entoure la médina de N’tsoudjini, construit sous le sultan Fumnau et doté de sept portes considéré comme la plus longue construction de ce type aux Comores.
L’évaluation par l’Unesco a mis en avant le fait que les médinas ont conservé leur organisation urbaine d’origine, leurs structures historiques ainsi que leurs traditions sociales et culturelles, tout en alertant sur l’état de dégradation avancé de plusieurs bâtiments parmi les plus anciens, particulièrement vulnérables.
L’Union des Comores est un État insulaire situé à l’entrée du canal du Mozambique, entre la côte est de l’Afrique et Madagascar. L’archipel est composé de quatre îles et sa capitale est Moroni.
Les langues officielles sont le comorien (shikomori), le français et l’arabe. La quasi-totalité de la population pratique l’islam sunnite de rite chaféite. La monnaie nationale est le franc comorien, dont la valeur est arrimée à l’euro.
Les Comores ont proclamé unilatéralement leur indépendance de la France le 6 juillet 1975 sous la présidence d’Ahmed Abdallah. Depuis, le pays a connu une vie politique marquée par une succession de crises et de nombreuses tentatives de coups d’État.
Le village bleu et blanc de Sidi Bou Saïd de la Tunisie
Le célèbre village bleu et blanc de Sidi Bou Saïd vient également d’intégrer la liste du patrimoine mondial de l’humanité. Ce joyau du patrimoine tunisien, célèbre pour ses ruelles tortueuses, ses bougainvilliers roses et ses portes traditionnelles en bois clouté, est une étape incontournable pour les touristes. Mais déjà menacé, il a été encore plus fragilisé cet hiver par des pluies exceptionnelles, d’une intensité inédite en près de 70 ans. Des roches se sont détachées de la colline et de la boue a dévalé des ruelles ce qui a endommagé des maisons et détruit des murs.
« Une journée historique pour le patrimoine tunisien!« , s’est réjoui l’Institut national du patrimoine (INP) en Tunisie après l’annonce de la décision. Le ministère tunisien des Affaires culturelles a salué une mesure reconnaissant « la valeur universelle exceptionnelle du village de Sidi Bou Saïd en tant qu’espace d’inspiration culturelle, spirituelle et artistique, ainsi que de son modèle architectural unique ».
Le village, qui offre une vue spectaculaire sur la Méditerranée, s’est développé au 18e siècle autour du mausolée et de la zaouia (centre religieux musulman) du saint soufi Sidi Bou Saïd. Il accueille notamment un cimetière, plusieurs palais comme celui, splendide, du baron d’Erlanger, devenu musée national de la musique, et la villa du styliste défunt Azzedine Alaïa. Il fait néanmoins face à des défis croissants liés à la fréquentation touristique, à la pression foncière et à la dégradation de bâtiments historiques. Des défenseurs du patrimoine alertent régulièrement sur la nécessité de mener des travaux de restauration.
Les Roças de Sao Tomé-et-Principe
Les Roças (plantations en français) de Sao Tomé-et-Principe viennent également d’être inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
Elles comprennent six plantations agricoles coloniales portugaires géographiquement distincte. Elles sont situées sur les îles de Sao Tomé-et-Principe: Monte Café, Agua Izé, Diogo Vaz, Sao João, Sundy et Belo Monte.
Ensemble, elles constituent un système de plantation dédié principalement à la production de café et de cacao, combinant terres agricoles, infrastructures industrielles, zones résidentielles et équipements sociaux au sein d’aménagements spatiaux très structurés, explique l’Unesco sur son site internet.
Ancienne colonie portugaise devenue un État indépendant en 1975, Sao Tomé-et-Principe est un archipel situé dans le golfe de Guinée. Comptant environ 200.000 habitants
Les savanes de Boma-Badingilo au Soudan du Sud
Les savanes de Boma-Badingilo au Soudan du Sud qui abritent la plus grande migration terrestre de mammifères au monde ont été inscrites en urgence à la fois sur la liste du patrimoine mondial et sur celle du patrimoine en péril de l’Unesco, a annoncé l’organisation. Avec cette inscription, c’est la première fois que le Soudan Sud intègre le patrimoine mondial.
Figurer sur la liste du patrimoine mondial en péril « permet au Comité d’accorder immédiatement au bien menacé une assistance dans le cadre du Fonds du patrimoine mondial« , précise l’UNESCO sur son site. L’organisation onusienne pourra également jouer un rôle d’alerte vis-à-vis de la communauté internationale.
Cette zone de 37.500 km2 située entre le Nil Blanc et la frontière éthiopienne nécessite une attention particulière tant en raison du conflit entre forces gouvernementales et milices d’opposition que du réchauffement climatique. Cette zone englobe une « vaste mosaïque de prairies saisonnièrement inondées, de zones humides, de plaines inondables, de forêts claires et de savanes, façonnée par les pluies saisonnières et la dynamique des crues », explique l’Unesco.
Ces « écosystèmes interconnectés abritent l’une des dernières grandes migrations de mammifères terrestres au monde, avec quelque six millions de cobs à oreilles blanches, de tiangs et de gazelles de Mongalla« , ajoute l’organisation. Le site accueille également de nombreuses espèces d’oiseaux et de grands mammifères, dont des éléphants, lions, léopards ou guépards.
Au Soudan du Sud, le paysage migratoire comprenant les parcs de Boma et de Badingilo figure sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. David Simpson pour la Convention des Espèces Migratoires (CMS)
Son « échelle exceptionnelle, sa connectivité écologique, sa diversité d’habitats et son intégrité relative maintiennent des processus écologiques et biologiques devenus de plus en plus rares à l’échelle mondiale », ajoute l’organisation. Mais le site est « confronté à des menaces graves », explique l’Unesco dans un note, citant notamment le « braconnage », le « trafic d’espèces sauvages », « l’insécurité » ou encore les « activités extractives éventuelles« .
Des Cobes de Buffon à oreilles blanches au Soudan du Sud, effectuent leur migration (2025). David Simpson pour la Convention des Espèces Migratoires (CMS)
Le Soudan du Sud, plus jeune pays du monde est devenu indépendant du Soudan en 2011, mais a rapidement sombré dans la guerre civile sur fond de luttes pour le pouvoir, qui a fait 400.000 morts et quatre millions de déplacés entre 2013 et 2018. Depuis plusieurs mois, les combats ont repris entre forces gouvernementales fidèles au président sud-soudanais Salva Kiir et des milices d’opposition loyales à son rival Riek Machar, vice-président déchu et en résidence surveillée.
Cette année, pas moins de 33 candidatures ont été soumises par les États parties à l’Unesco.
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