Libreville (© 2026 Afriquinfos) – Patience Dabany est la première épouse d’Omar Bongo (de 1959 à 1986) et la mère d’Ali Bongo Ondimba. Édith Lucie Bongo Ondimba, fille du Président congolais Denis Sassou-Nguesso, est devenue la Première Dame du Gabon en épousant Omar Bongo en 1990. Ce changement de statut a créé des tensions immédiates quant à la légitimité et à l’influence de chacune à la Présidence.
La rivalité des Premières Dames
Après son divorce avec le Président Omar Bongo en 1987, Patience Dabany s’est entièrement consacrée à sa carrière musicale. Elle a utilisé l’art traditionnel de la rumba et de la satire musicale pour régler ses comptes ou affirmer sa position face à sa rivale.
Patience Dabany n’a jamais nommé directement Édith Lucie Bongo dans ses chansons à charge, afin de respecter les convenances et d’éviter une censure d’État. Elle utilisait des paraboles, des proverbes africains et des métaphores sur l’ingratitude, la légitimité ou l’éphémérité du pouvoir.
Dans plusieurs de ses morceaux phares de l’époque comme «Chéri, ton disque est rayé» ou «Associé», elle abordait les thèmes des relations amoureuses brisées, de la trahison, et du fait que la première épouse reste historiquement irremplaçable. Le public gabonais y voyait une attaque indirecte contre la position de la nouvelle Première Dame.
À l’époque, la musique de Patience Dabany était diffusée partout au Gabon. Ses chansons servaient d’hymnes informels à ses partisans au sein des groupes d’animation politiques. Ces derniers reprenaient ses refrains pour narguer l’entourage d’Édith Lucie Bongo lors de rassemblements publics.
A LIRE AUSSI : Disparition précoce d’Edith Lucie Bongo Ondimba, 17 ans déjà
La guerre en musique…
Dans l’imagerie populaire gabonaise et à travers les sous-entendus de ses morceaux, Patience Dabany (la première épouse) se présentait comme la femme de la galère. Celle qui avait épousé Omar Bongo bien avant qu’il ne devienne « un puissant et riche Chef d’État ». À l’inverse, elle dépeignait sa rivale comme une « opportuniste » venue cueillir les fruits d’une fortune déjà bâtie.
Dans ses piques musicales, elle opposait l’amour sincère des débuts aux relations basées sur le matériel. Ses textes fustigeaient les personnes qui s’accrochent à un homme pour ses titres, ses châteaux et ses finances, un message que le public appliquait directement à la jeune Édith Sassou-Nguesso (mariée à 26 ans à un homme de 55 ans).
Blessée par ces attaques permanentes, Édith Lucie Bongo a rédigé les paroles d’une chanson et a sollicité sa compatriote congolaise, la star montante de la rumba et du soukous, Pierrette Adams. Cette dernière a accepté d’y prêter sa voix puissante pour donner une résonance internationale au message.
Dans les coulisses de la musique africaine des années 1990, ce morceau est officiellement reconnu comme la riposte d’Édith Lucie Bongo Ondimba face aux attaques musicales répétées de Patience Dabany.
Caterpillars (Bulldozers)
Le titre fait référence aux engins de chantier de la marque « Caterpillar ». Les paroles proclament que l’amour entre Édith et Omar Bongo est désormais si fort, si solide et «concentré sucré», que même si Patience Dabany amène des bulldozers (caterpillars) pour détruire leur mariage, elle n’y parviendra jamais.
La chanson s’ouvre de manière provocante par la formule liturgique des mariages: «Si quelqu’un veut s’opposer à ce mariage, qu’il se manifeste maintenant ou qu’il se taise à jamais». C’était une injonction indirecte ordonnant à Patience Dabany d’arrêter de s’immiscer dans la vie du couple présidentiel.
Yaëlle L.



