La destitution de ‘Miss Cameroun 2025’ suit une logique bien précise

La répétition des destitutions, contentieux judiciaires et controverses publiques interroge la gouvernance du concours: flou contractuel, attentes divergentes, communication déficiente ou déséquilibre dans la relation entre candidates et organisation.

Afriquinfos Editeur
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La destitution de 'Miss Cameroun 2025' suit une logique bien précise
Josiane Golonga (photo, DR).

Yaoundé (© 2026 Afriquinfos)- Elue Miss Cameroun le 12 juillet 2025 pour un mandat d’une année, Josiane Harangada Golonga a vu son règne s’écourter brutalement. Dans un communiqué daté du 25 février 2026, le Comité d’organisation de Miss Cameroun (Comica), a annoncé sa ‘’destitution immédiate’’, évoquant des ‘’manquements graves et répétés aux obligations contractuelles’’. Mais  la partie la plus intrigante de l’histoire, c’est qu’à peine 24 heures après sa destitution officielle, Josiane Golonga a été interpellée par la Police à Yaoundé.

La décision, signée par Ingrid Solange Amougou, présidente du Comica, prend effet le 25 février 2026, date de sa notification. La première dauphine, Audrey Moutongo, est appelée à ‘’assurer la continuité de la fonction et à préserver l’image de l’institution’’. Le Comité lui retire en conséquence ‘’tout droit, privilège et avantage attaché au titre de Miss Cameroun 2025’’.

Mais alors que la désormais ex-reine de beauté s’était rendue au siège du Comica pour récupérer ses effets personnels et restituer les attributs liés à son mandat, accompagnée de son huissier de justice, sur les lieux, des échanges tendus avec la Présidente du Comica, Ingrid Amougou, ponctués d’injures et de propos jugés rabaissants, auraient précédé l’arrivée des Forces de l’ordre.

La scène se serait déroulée alors que l’ancienne Miss venait, selon son entourage, finaliser la restitution des biens liés à la couronne. La Miss Josiane Golonga va remarquer que la voiture pour laquelle on l’accuse d’avoir arraché la clé était bien ouverte et en état de fonctionnement, un élément qui alimente les interrogations de ses soutiens.

Elle a ensuite été conduite au Commissariat de Messamendongo. Une source policière évoque plutôt le Commissariat d’Odza, les deux quartiers étant proches et imbriqués. À ce stade, aucune raison officielle n’a été communiquée pour justifier cette arrestation, intervenue seulement 24 heures après sa destitution. L’affaire continue de susciter incompréhension et débats…

De quoi le Comica accuse Josiane Harangada?

Parmi les griefs avancés et ayant conduit à la destitution de l’ex-reine de beauté, figurent: des absences injustifiées à plusieurs ‘’événements officiels d’importance’’, des propos jugés irrespectueux envers l’institution, la ‘’cessation unilatérale’’ des activités liées au mandat ainsi que le recours à un manager personnel, ‘’en violation des clauses contractuelles’’.

Malgré ‘’plusieurs demandes d’explications, avertissements et mises en demeure’’, le Comica estime que la lauréate s’est murée dans un ‘’silence coupable’’, traduisant un refus de respecter ses engagements.

La principale concernée conteste implicitement cette lecture. Josiane Golonga réclame deux mois d’arriérés de salaire ainsi que la restitution de son véhicule de fonction. Elle réfute les accusations d’ ‘’abandon de poste’’ et de non-respect contractuel. Avant la destitution, une ultime mise en demeure lui avait été adressée, lui laissant cinq jours pour se présenter au siège du Comité, sous peine d’être considérée comme démissionnaire. L’épisode met en lumière une tension récurrente entre les lauréates de ce Concours national, dans un cadre contractuel régulièrement contesté.

Le Comica n’est pas à son premier épisode

L’affaire s’inscrit dans une série de crises ayant jalonné l’histoire récente du Concours depuis sa relance en 2002. En 2018, l’élection du 30 décembre 2017 avait été suspendue après une plainte contestant les résultats. Caroline Aimée Nséké avait finalement été confirmée dans ses fonctions par le Tribunal de première instance de Yaoundé-Centre administratif le 3 juillet 2018. La candidate plaignante réclamait 30 millions FCFA et l’annulation du scrutin.

En 2017, Julie Cheugueu Nguimfack, élue Miss Cameroun 2016, avait été destituée pour ‘’indiscipline’’ et non-respect du code de conduite. Sa couronne avait été transmise à sa quatrième dauphine, Ange Michèle Minkata, après plusieurs désistements. L’ancienne Miss avait dénoncé des ‘’manœuvres’’ du Comica dans une lettre ouverte.

Au fil des années, des accusations de malversations, de harcèlement et de conflits liés aux lots des sponsors ont également entaché l’image du Concours, fragilisant sa crédibilité.

L’intervention de l’État, tentative de reprise en main

Face à des ‘’incidents récurrents’’ affectant l’image du Concours, l’État avait décidé en décembre 2018 de se ‘’réapproprier’’ le concept ‘Miss Cameroun’. Le ministère des Arts et de la Culture affichait alors l’objectif de ‘’préserver l’image de cet évènement’’, et d’en assurer une organisation ‘’efficiente’’.

Placée sous le haut patronage de la Première Dame Chantal Biya et soutenue financièrement par l’État, l’élection était présentée comme un symbole national. Le Comica a néanmoins repris l’organisation en 2019, sous la direction d’Ingrid Solange Amougou. Les tensions, toutefois, persistent.

La répétition des destitutions, contentieux judiciaires et controverses publiques interroge la gouvernance du concours: flou contractuel, attentes divergentes, communication déficiente ou déséquilibre dans la relation entre candidates et organisation.

V. A.