Kagame et Macron inaugurent un nouveau Mémorial anti-génocide des Tutsi ce 2 juin avec plein de symbolismes

Afriquinfos Editeur
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Emmanuel Macron et Paul Kagamé inaugure la stèle Archive (DR)

Paris (© 2026 Afriquinfos)- Après la reconnaissance en 2021, des « responsabilités » de la France dans le génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda, l’inauguration à Paris d’un monument dédié aux victimes, a eu lieu ce mardi 2 juin 2026. Le mémorial baptisé « L’Archive » a été inauguré à Paris par les Présidents français Emmanuel Macron et Rwandais Paul Kagamé.

Installé sur les bords de la Seine, et inaugurée ce mardi 2 juin 2026, en présence des deux dirigeants  « L’Archive », vise à être un lieu de recueillement et de transmission intergénérationnelle de la mémoire.. Il se compose de deux blocs en laiton noir et porte une inscription gravée : ‘’Ici, comme une archive, reposent les voix et les mots, les souvenirs et les expériences, les sentiments et les espoirs des victimes et des survivants’’.

 »Mais si ce monument est un aboutissement, ce n’est pas une fin. C’est une étape sur un chemin que nous avons ouvert. Ces dernières années, nous avons travaillé dur ensemble. Vous vous êtes battus avec acharnement pour que certains mots puissent être prononcés en 2021. Comme je l’ai dit, Monsieur le Président, vous les avez accueillis avec beaucoup de courage.’’, a déclaré Emmanuel Macron, président français.

 »Assumer ses responsabilités historiques exige un véritable courage car cela suscite une vive opposition de la part de ceux qui ont des comptes à rendre. Il faut une grande humanité pour aller jusqu’au bout. Monsieur le président Macron, je tiens à vous féliciter pour ces deux qualités : votre courage et votre humanité. », a déclaré Paul Kagame, président du Rwanda.

 L’œuvre a été conçue par l’artiste portugaise Grada Kilomba. La présidence française a présenté le site comme un lieu destiné au recueillement et à la transmission intergénérationnelle de la mémoire du génocide. Son emplacement proche du ministère des Affaires étrangères et de la présidence de la République, a été qualifié de choix fortement symbolique par plusieurs intervenants.

La cérémonie d’inauguration a réuni des responsables politiques, des personnes rescapées et des représentants de la société civile. Outre les deux chefs d’État, des prises de parole ont été prononcées par des élus et des témoins, dont Emmanuel Grégoire et Jeanne Uwimbabazi. Le musicien et écrivain Gaël Faye a lu un poème de l’autrice Beata Umubyeyi Mairesse. Un dîner officiel au palais présidentiel a suivi la cérémonie.

De la reconnaissance à l’action

Vincent Duclert, qui a présidé une commission d’historiens ayant rendu un rapport sur le rôle de la France, a estimé que l’inauguration constituait une nouvelle étape du processus mémoriel entre la France et le Rwanda. Des représentants d’associations de rescapés ont salué la matérialisation d’une demande ancienne de la société civile, soulignant le souhait que ce mémorial reste visible et durable dans l’espace public.

Des procédures judiciaires liées au génocide se poursuivent en France, et des investigations récentes ont été évoquées concernant d’éventuels liens entre certaines personnalités et les événements de 1994. Les autorités ont indiqué un renforcement des moyens d’enquête depuis 2021. Par ailleurs, l’enseignement du génocide figure désormais dans les programmes de lycée en France.

Plus de 800.000 personnes selon l’ONU, essentiellement des membres de la minorité tutsi, ont été tuées dans une campagne de massacres orchestrée par des extrémistes hutu, après la mort du président Juvénal Habyarimana dans un attentat contre son avion.

La question du rôle de la France – qui entretenait des relations étroites avec le pouvoir hutu rwandais de l’époque – avant, pendant, et après le génocide fut un sujet brûlant pendant des années, conduisant même à une rupture des relations diplomatiques avec Kigali entre 2006 et 2009.

En 2021, Emmanuel Macron a reconnu dans un discours historique à Kigali les « responsabilités accablantes » de la France dans le génocide, suivant les conclusions d’une commission d’historiens qu’il avait lui-même mandatée, tout en écartant la complicité. Il n’a pas non plus présenté d’excuses, mais a dit espérer le pardon des rescapés.

Cette démarche a permis, de façon inédite, d’établir une « relation très forte » avec le Rwanda, affirme Vincent Duclert, le président de cette commission d’historiens, estimant qu' »une nouvelle étape aussi puissante qu’il y a cinq ans se réalise » avec le mémorial.

« Cette fois la cérémonie est à Paris, le génocide des Tutsi entre pleinement dans l’histoire publique française », ajoute-t-il, en pointant « l’emplacement fortement symbolique » du monument à proximité du ministère des Affaires étrangères et de la présidence, « lieux de pouvoir qui ont témoigné de leur faillite » durant le génocide.

« Nous attendons cela depuis plus de 30 ans (…) c’est de l’oxygène, car la société civile a longtemps porté seule ce combat, et nous nous sentons enfin compris, accompagnés« , affirme à l’AFP Marcel Kabanda, président d’Ibuka France, principale organisation de mémoire, de justice et de soutien aux rescapés.

Le monument « est pensé pour être pérenne et visible dans l’espace public, ce n’est pas comme un rapport qu’on range dans une bibliothèque », se réjouit également Marcel Kabanda.

V.A.