Guinée: Vers une campagne référendaire tendue entre Opposants et Transition

Le projet de nouvelle Constitution, qui doit mettre fin à la Transition politique depuis que des militaires ont pris le pouvoir en 2021, sera soumis le 21 septembre au vote des quelque 6,7 millions d'électeurs guinéens

Afriquinfos Editeur
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Le Président de Transition de la Guinée Mamadi Doumbouya
Le Président de Transition de la Guinée Mamadi Doumbouya lors d'une conférence de presse à Abidjan le 17 juin 2025.

En Guinée, la campagne pour le référendum constitutionnel s’ouvrira ce 31 aout 2025 sans opposition: les médias guinéens ont reçu l’interdiction de donner la parole aux principaux partis politiques qui ont été suspendus ou dissous.

Le projet de nouvelle Constitution, qui doit mettre fin à la Transition politique depuis que des militaires ont pris le pouvoir en 2021, sera soumis le 21 septembre au vote des quelque 6,7 millions d’électeurs guinéens. Depuis son avènement, la Transition dirigée par le général Mamadi Doumbouya a multiplié les restrictions contre les libertés dans le pays. Elle a interdit depuis 2022 toute manifestation et a fait arrêter, poursuivi ou poussé à l’exil de nombreux opposants. Dernière mesure en date: la suspension, le 23 août pour trois mois, des trois principaux partis d’opposition, dont le Rassemblement du peuple de Guinée (ex-formation au pouvoir), accusés de n’avoir « pas satisfait à leurs obligations », notamment celles de s’abstenir de « tenir des manifestations ou tout acte de propagande politique ».

Plusieurs dizaines de partis ont déjà été suspendus ou dissous ces derniers mois par les militaires, qui invoquent la nécessité d' »assainir l’échiquier politique ». Lors d’une rencontre avec la presse ce 28 aout, le président de la HAC (Haute autorité de la communication) de Guinée, Boubacar Yacine Diallo, a affirmé que les médias « ne doivent pas donner la parole aux partis politiques et structures en conflit avec la loi, qui sont interdits de fonctionner ». Le faire serait « une infraction », a-t-il prévenu. Cette interdiction survient à quelques jours du début de la campagne, dimanche, pour le référendum convoqué par le général Mamadi Doumbouya, censé ouvrir la voie à un retour à l’ordre constitutionnel.

– Mesure « très grave » –

Les dispositions de ce texte ne permettent pas de savoir de manière explicite si le général Doumbouya pourra ou non se présenter à une future élection présidentielle, mais tout semble indiquer qu’il sera candidat. Depuis 2022, les membres du Gouvernement et soutiens de la Transition multiplient les appels à une candidature de M. Doumbouya, bien que celui-ci avait promis de ne pas se présenter et de rendre le pouvoir à des civils. L’opposition, qui l’accuse de vouloir confisquer le pouvoir à l’aide du référendum, a appelé à manifester à partir du 5 septembre.

Le président du parti Bloc libéral, Faya Millimouno, une des rares voix à oser encore critiquer la Transition, a dénoncé une mesure « très grave » devant la presse ce 29 aout. La HAC doit « observer une minute de silence à la mémoire de la liberté de presse qu’elle a contribué à tuer », a-t-il fustigé. Dans un communiqué diffusé jeudi soir, le Forum des forces sociales de Guinée (FFSG), une coalition d’une quarantaine d’organisations de la Société civile guinéenne, a réclamé le report du référendum, estimant le processus « mal préparé » et « clivant », et dénonçant la répression de l’opposition par le pouvoir de Transition.

Le FFSG a notamment invoqué « l’absence d’un fichier électoral certifié », le refus des dirigeants de l’opposition de se faire recenser et « l’absorption absolue » de l’organe de gestion des élections par le ministère de l’Administration territoriale. Sous pression internationale, les militaires s’étaient initialement engagés à rendre le pouvoir à des élus avant fin 2024. Ils ont depuis manqué à cette promesse. Une « Charte de transition » établie peu après le coup d’État de septembre 2021 impose qu’aucun membre de la Transition ou du Gouvernement, ni aucun responsable des institutions de Transition ne se présente aux élections.

L’adoption du projet de Constitution pourrait faire sauter ce verrou, dans ce pays dirigé pendant des décennies par des régimes dictatoriaux.

© Afriquinfos & Agence France-Presse