Confiants dans un « décollage » de leur pays ou désabusés voire apeurés par les restrictions des libertés sous les militaires, les Guinéens sont divisés avant un référendum ce 21 septembre visant au retour à l’ordre constitutionnel, mais qui devra permettre au chef de la Transition de se présenter à une future présidentielle.

La campagne pour le « oui » au projet de nouvelle Constitution a été ostentatoire, celle du « non » quasi inaudible. Une chape de plomb s’est abattue en Guinée sur les voix dissidentes. La Transition, qui a pris le pouvoir il y a quatre ans, a interdit depuis 2022 toute manifestation. Dans le centre-ville de la capitale Conakry, plusieurs avenues arborent des centaines de fanions « oui au référendum » aux couleurs du drapeau national. Des affiches souvent de taille démesurée à l’effigie de Mamadi Doumbouya – qui dirige le pays depuis septembre 2021- sont omniprésentes dans la capitale, aux slogans tels que « Mamadi Doumbouya, l’espoir du peuple« .
Si elle est adoptée, cette Constitution remplacera la « Charte de la Transition » qui interdisait notamment à tout membre de la junte de se présenter aux élections. Or, cette interdiction ne figure plus dans le projet de Constitution et ouvre donc la voie à une candidature du général Doumbouya, ce que dénonce l’Opposition qui a appelé au boycott du référendum.
Le dernier grand rassemblement ‘pro-oui’ a eu lieu dans l’après-midi du 18 septembre au Palais du Peuple. Il n’a pas attiré les foules mais quelques centaines de personnes portant des T-shirt « Génération patriote », notamment des jeunes qui veulent croire à un avenir meilleur. « Depuis que Mamadi Doumbouya est venu au pouvoir, il soutient les jeunes, les mamans », assure Oumakaly Cissé, 24 ans, diplômée en Sciences politiques. « Je ne trouve pas d’emploi, mais quand je vais voter +oui+, inch’Allah, on m’aidera », lance-t-elle.
– « Faire décoller » –
Mamady Kaba, 35 ans, gestionnaire en ressources humaines, s’est fortement mobilisé pour le « oui » dans son quartier. Il dit avoir constaté depuis la prise de pouvoir des militaires l’amélioration dans la fourniture d’électricité dans Conakry, des quartiers « enfin bitumés« , des infrastructures en construction dans la capitale. Mamadi Doumbouya « a beaucoup travaillé dans ce pays », estime aussi Mariam Diallo, 23 ans. « Il nous a aidés à avoir des routes, des ponts; c’est pourquoi on veut le soutenir pour avoir plus encore. »
« La nouvelle Constitution va nous permettre de mettre des institutions crédibles en place et de faire décoller notre pays, d’aller sur la voie du développement », lance M. Kaba. Mais des Guinéens interrogés ces derniers jours dans différents quartiers de la capitale ont un constat bien plus mitigé.
Dans son magasin d’électroménager d’un quartier commerçant, Mamadou Diallo, 65 ans, « ne sait pas » s’il sortira voter. « Si il y a de la tranquillité, j’irai », « pas rassuré » à cause de l' »antagonisme » entre « une partie qui demande de rester à domicile et une autre qui demande d’aller voter ». Comme nombre de personnes interrogées, il avoue être « ignorant » du contenu du projet de Constitution et s’interroge sur la représentativité du résultat alors que l’Opposition a appelé au boycott.
« Au début, ça a donné beaucoup d’espoir d’un changement positif« , dit-il à propos des premières années de la Transition, mais depuis, « il y a eu des ralentis » notamment dans l’économie. « Il y a aussi moins de libertés, et un recul démocratique du côté des médias« , déplore-t-il.
– « Peur » –
Cette question des libertés revient régulièrement dans les discussions. « Les quatre dernières années, c’est la déception totale », confie Bouba Siddiqui, 54 ans, réparateur de téléphones, qui n’ira pas voter dimanche, n’ayant « aucune confiance » dans cette séquence électorale. Bien sûr « notre préoccupation, c’est la stabilité », mais « on veut la paix et la vraie démocratie », réclame-t-il. Dans le quartier très populaire d' »Hamdallaye », pas de rue goudronnée mais des ruelles de latérite détrempées par les pluies, des habitations insalubres, du commerce informel.
En fin d’après-midi, c’est l’heure de retrouvailles entre jeunes partageant un thé. « Mon vote, c’est non! », crie un trentenaire dans la rue. « Même si j’allais voter, ma voix ne compte pas! », lance un jeune de 19 ans. Abdoul Gadiry Diallo, 33 ans, diplômé́ en Sociologie au chômage, discute avec des amis. Emu, désabusé, il témoigne du désespoir de beaucoup de jeunes. Il ne participera pas à cette « mascarade« : « Si tu pars voter, c’est une manière de contribuer à arnaquer ce pays ». En Guinée, « tu t’opposes: on t’enferme ou on te tue; c’est la peur qui règne… La liberté d’expression est bafouée. Tous les médias qui dénoncent sont fermés », lance-t-il d’une traite.
« Le pays mérite mieux. Mamadi Doumbouya pour moi, c’était un espoir. Et là, il (en) est sorti quelque chose à laquelle je ne m’attendais pas… », souffle-t-il, accusant le chef de la Transition de vouloir se maintenir au pouvoir. « C’est vraiment triste. C’est la démocratie qui recule en Guinée ».
© Afriquinfos & Agence France-Presse



