Légionnaire, putschiste et désormais Président investi: vêtu d’un grand boubou traditionnel blanc, le général Mamadi Doumbouya a abandonné le treillis ce 17 janvier pour endosser le costume de Président de Guinée pour un mandat de sept ans, lors d’une cérémonie d’investiture, plus de quatre ans après avoir pris le pouvoir par un coup d’Etat, début septembre 2021.

L’ex chef de la Transition a remporté, sans surprise, une élection taillée pour lui le 28 décembre 2025, avec 86,72% des voix et une participation de 80,95%. Investi lors d’une cérémonie en présence de plusieurs Chefs d’Etat africains, M. Doumbouya consacre et légitime désormais sa gouvernance sur la Guinée, lui qui garde de bons rapport avec le reste du monde dans un contexte de rétrécissement des libertés dans son pays.
La cérémonie s’est déroulée dans un Stade de Conakry, devant environ 50.000 personnes, dans une ambiance festive. Ce colosse de 41 ans est apparu amaigri mais apparemment en bonne forme, alors que son état de santé faisait l’objet de plusieurs rumeurs et spéculations depuis sa victoire à la présidentielle du 28 décembre dernier. A l’approche de l’élection, ses treillis camouflage et son béret rouge habituels avaient laissé place à des tenues civiles, lui qui apparaît toujours entouré de ses hommes du Groupement des Forces Spéciales dont il est issu.
En septembre 2021, c’est à la tête de ces Forces que le colonel Mamadi Doumbouya prend d’assaut le Palais présidentiel et démet le Président civil, Pr Alpha Condé, au pouvoir depuis près de onze ans, et accusé par ses opposants d’avoir forcé la main au peuple à un 3è quinquennat consécutif. La prise de pouvoir de ce militaire de carrière est alors initialement accueillie dans la liesse par la population, après des mois de manifestations durement réprimées contre un troisième mandat de M. Condé.

Le nouvel homme fort de Guinée promet que ni lui, ni aucun membre de la junte ne se présentera à une élection à la fin d’une période de Transition qui doit voir le retour des civils au pouvoir. Depuis, le Chef de l’État, colonel auto-promu général, a renoncé à cette promesse et dirige le pays en rétrécissant le droit de manifester et la liberté d’action de plusieurs partis politiques.
– Répression –
Sous sa présidence, plusieurs partis politiques et médias ont été suspendus, les manifestations ont été interdites en 2022 et sont réprimées, et de nombreux dirigeants de l’Opposition et de la Société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l’exil. Les nouvelles de disparitions forcées et d’enlèvements se sont multipliés ces dernières années. Enfermé dans le Palais présidentiel Mohammed V à Conakry, face à l’océan Atlantique, la parole de Mamadi Doumbouya est rare. Ce sont son Premier ministre, Amadou Oury Bah, et son porte-parole, Amara Camara, qui ont sillonné le pays en son nom pour faire campagne.
Candidat indépendant à la présidentielle, sans rival d’envergure, le général Mamadi Doumbouya était soutenu par un mouvement qui porte ses initiales, GMD: Génération pour la Modernité et le Développement. Originaire de Kankan (est), Mamadi Doumbouya est issu de l’ethnie malinké, la deuxième du pays (en terme d’importance). Sa vie reste tissée de liens avec la France, ancienne puissance coloniale jusqu’en septembre 1958.
Entré à la Légion étrangère française en 2002, il y a effectué de nombreuses missions opérationnelles, de l’Afghanistan à la République centrafricaine. Selon sa biographie officielle, il est titulaire d’un Master de défense de l’Université parisienne de Panthéon-Assas, et a suivi les Cours de l’École de guerre en France. Il est marié à une ancienne gendarme française, Lauriane Doumbouya, et est père de quatre enfants.
– Stratégie du « ni-ni » –
Une vidéo datant de 2017 montre M. Doumbouya, alors officier de l’Armée guinéenne, se plaignant, lors d’une conférence, de ne pas recevoir de munitions « parce que les politiques ont peur qu’on fasse un coup d’État ». Arrivé au pouvoir à l’époque où des juntes souverainistes au Sahel se détournaient de la France et de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) et se rapprochaient de la Russie, de la Turquie ou encore de la Chine, Mamadi Doumbouya a maintenu de bons rapports avec l’ancienne puissance coloniale. Et a su rester en bon termes avec tous les partenaires internationaux.
Lors d’un ardent discours à la tribune de l’ONU en 2023, M. Doumbouya s’est livré à une justification des coups d’État militaires qui se sont multipliés dans la région, dénonçant un modèle démocratique qui a « été imposé » à l’Afrique. Il y a martelé son non-alignement, se disant « ni anti-américain », « ni anti-russe », « ni anti-français », mais « tout simplement pro-africain ».
Cette « stratégie du +ni-ni+ a superbement fonctionné », commente l’analyste politique Kabinet Fofana, directeur du cabinet ‘Les Sondeurs’, basé à Conakry, qui note que la communauté internationale « essaye de le ménager » pour le « garder comme allié ». Cette dernière salue également l’amélioration des perspectives économiques du pays sous sa gouvernance, symbolisée par le lancement de l’exploitation du gigantesque Complexe de la mine de fer de Simandou (sud-est) via le « Programme Simandou 2040 ».
© Afriquinfos & Agence France-Presse



