Conakry (© 2026 Afriquinfos)- Le Gouvernement dirigé par le Président Mamady Doumbouya a annoncé dans la nuit de ce vendredi à samedi 7 mars, la dissolution de 40 partis politiques, dont plusieurs grandes formations d’opposition. La décision, prise par décret tard dans la nuit, retire immédiatement leur statut légal et leur interdit toute activité politique. Officiellement, les autorités évoquent un « manquement à leurs obligations ». Mais cette mesure suscite déjà de fortes critiques et relance les inquiétudes sur l’avenir démocratique du pays.
Les trois principaux partis visés par ce texte sont l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), dirigée par Cellou Dalein Diallo et suspendue en août 2025, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) de l’ex-président Alpha Condé, suspendue en mars 2025 et l’Union des forces républicaines (UFR) de l’opposant Sidya Touré. Ces trois responsables vivent en exil.
Cette «dissolution entraîne la perte immédiate de la personnalité morale et du statut juridique des formations concernées», précise l’arrêté, qui interdit «toute activité politique» ainsi que l’usage des «sigles, logos, emblèmes et autres symboles distinctifs» associés à ces formations. De même, «les locaux abritant les sièges nationaux et les représentations ailleurs sont mis sous scellés».
Les biens des partis ont été placés sous «séquestre», un curateur étant nommé pour superviser leur transfert, indique encore le décret, sans préciser au profit de qui ou de quelle entité.
Les mouvements représentant la société civile ont condamné samedi cette mesure. «S’ajoutant à une longue série de répressions », elle « officialise une dictature désormais érigée en mode de gouvernance. Le pays s’enfonce dans une incertitude profonde», a réagi Ibrahima Diallo, dirigeant du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), un mouvement prodémocratie dont deux figures, Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, et Mamadou Billo Bah, sont portées disparues depuis juillet 2024 après avoir été enlevées au domicile du premier. Des opposants politiques ont aussi été arrêtés, emprisonnés ou poussés à l’exil, et leurs familles sont aussi prises pour cible.
Arrivé au pouvoir lors d’un coup d’État en 2021, le général Doumbouya a été élu fin décembre pour un mandat de sept ans lors d’un scrutin dont tous les principaux dirigeants de l’opposition étaient exclus, au terme d’une élection taillée sur mesure.
Certains opposants affirment que la dissolution de 40 partis politiques pourrait ouvrir la voie à un système politique fortement verrouillé.
Mamady Doumbouya, 41 ans, est arrivé au pouvoir en 2021 après avoir renversé Alpha Condé, premier président guinéen élu librement. Depuis, il a restreint les libertés publiques et interdit les manifestations, causant la mort de dizaines de personnes, selon des défenseurs des droits humains et la société civile.
Il s’était initialement engagé sous la pression internationale à céder le pouvoir à des civils élus avant la fin de l’année 2024, promesse qu’il n’a pas tenue.
V.A.



