Quatre ans après la prise du pouvoir par des militaires, les Guinéens voteront le 28 décembre prochain pour élire un nouveau Président (civil ou militaire démissionnaire), après la large victoire du ‘Oui’ la semaine dernière lors d’un référendum constitutionnel visant à mettre fin à la Transition.

Les militaires dirigés par le général Mamadi Doumbouya s’étaient initialement engagés à rendre le pouvoir aux civils avant fin 2024, mais ont manqué à cette promesse. Selon un décret lu samedi soir à la Télévision nationale, le Président Mamadi Doumbouya a fixé la présidentielle au 28 décembre. Cette annonce survient au lendemain de la publication des résultats définitifs du référendum sur un projet de nouvelle Constitution, largement approuvé par les Guinéens, et qui devait ouvrir la voie à des élections présidentielle et législatives.
La date des législatives n’a pas pour le moment été fixée. Le scrutin présidentiel, attendu depuis longtemps par la population, devrait acter la fin de la Transition depuis la prise du pouvoir le 05 septembre 2021 par M. Doumbouya, qui a renversé le Président civil Alpha Condé (qui opérait un 3è mandat consécutif en pleine contestation populaire). Les militaires ont organisé la semaine écoulée ce référendum présenté comme une étape clef pour ouvrir la voie à un retour à l’ordre constitutionnel dans ce pays à l’histoire jalonnée de coups d’État et marqué par la violence de différents régimes autoritaires.
– Main de fer –
Le « Oui » à la nouvelle Constitution l’a emporté à 89,38% et le « Non » a recueilli 10,62%, selon les résultats définitifs validés samedi, 27 septembre par la Cour suprême. Elle a été aussitôt promulguée par le Chef de la Transition. Selon plusieurs observateurs, l’organisation du référendum a permis à la Transition de donner le change aux exigences d’élection de la communauté internationale et des bailleurs. Les autorités souhaitent se normaliser et renouer avec les organisations régionales et internationales, disent-ils.
L’Opposition accuse cependant le général Mamadi Doumbouya de vouloir se maintenir à la tête du pays à la faveur de ce référendum. Elle avait appelé au boycott du scrutin, dénonçant « une mascarade » aux « résultats connus d’avance ». Cette Constitution remplace la « Charte de la Transition », établie après le coup d’État de septembre 2021, et qui interdisait à ses membres de se présenter aux élections. Or, cette interdiction ne figure plus dans la nouvelle Constitution, ouvrant la voie à une candidature de Mamadi Doumbouya.
Tout semble indiquer qu’il sera candidat, en dépit de sa promesse de ne pas se présenter à une présidentielle. Depuis son arrivée au pouvoir, M. Doumbouya, 40 ans, dirige le pays d’une main de fer, avec ses restrictions des libertés. Plusieurs partis politiques et médias ont été suspendus, les manifestations – interdites depuis 2022 – sont réprimées, et de nombreux dirigeants de l’Opposition et de la Société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l’exil. Les disparitions forcées et enlèvements se sont multipliés.

Ce 25 septembre 2025, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Volker Türk, a demandé à la Guinée de lever, avant les prochaines élections, les « interdictions, tout simplement inacceptables », visant les partis d’Opposition et les médias.

© Afriquinfos & Agence France-Presse



