Grosses résolutions panafricaines du 39è Sommet de l’UA

Ouverts le 14 février, les travaux de la 39ᵉ Session Ordinaire du Sommet de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union Africaine se sont achevés ce dimanche 15 février 2026, à Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie.

Afriquinfos Editeur
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Le-Président de la Commission de l'UA au 39è Sommet de l'organisation (Photo,-DR).
Le-Président de la Commission de l'UA au 39è Sommet de l'organisation (Photo,-DR).

Addis-Abeba (© 2026 Afriquinfos)- Ouverts le 14 février, les travaux de la 39ᵉ Session Ordinaire du Sommet de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union Africaine se sont achevés ce dimanche 15 février 2026, à Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie. Cette session a permis d’adopter les décisions soumises par le Conseil Exécutif de l’Union dans divers domaines liés à la paix et à la sécurité en Afrique, aux programmes d’intégration économique, ainsi qu’à la sécurité hydrique et énergétique. Elle était l’occasion de finaliser l’examen des questions intéressant le continent africain et ses partenariats.

Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine ont bouclé hier dimanche à Addis-Abeba le 39eme sommet de l’organisation. La thématique officielle à savoir « Garantir une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 » a eu un écho particulier lors du débat général des chefs d’Etat.

Sur le fond, les dirigeants ont tenté de conjuguer les urgences sécuritaires du continent avec les impératifs de développement de long terme. ‘’Aujourd’hui encore, plus de 400 millions de personnes, sur notre continent, n’ont pas accès à une source d’eau potable sûre, et plus de 700 millions sont privés de services d’assainissement adéquats. Les premières victimes de cette situation sont bien sûr les enfants, les femmes et les populations rurales, a souligné le président du Burundi, Evariste Ndayishimiye, qui a pris, à l’occasion de ce sommet, la présidence tournante de l’UA.

Devant l’assistance, le président de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf s’est attelé, dans un premier temps, à démontrer ‘’les bouleversements du monde » et leur impact sur la marche du continent, regrettant, dans son discours d’ouverture la persistance des conflits en Afrique et l’incapacité pour le continent à mieux recadrer sa vision stratégique dans un monde ou « le multilatéralisme est mis à rude épreuve’’.

Le numéro un de l’Union africaine a lancé un appel à un sursaut pour faire face aux défis posés par les modifications de l’ordre international. ‘’Faire taire les armes, sur notre continent, peine à aboutir. La fragilité politique et institutionnelle d’un certain nombre de nos pays nous préoccupe. Les conflits ouverts ou latents deviennent chroniques’’, a-t-il souligné.

’Les changements inconstitutionnels de gouvernement refont surface et nous rappellent les temps obscurs postindépendance. Le bouleversement de l’ordre international a certainement un impact significatif sur les affaires du continent, sans oublier les ingérences récurrentes dans nos affaires par des acteurs externes’’, a déclaré le président de l’Union africaine. Et de préciser: « Face à ce constat, l’Afrique devra se renforcer à travers l’accélération de ces programmes d’intégration politique et économique. Il ne s’agit pas de vœux pieux, mais d’un impératif de survie ».

Une analyse partagée par le Secrétaire Général des Nations Unies, António Guterres. ‘’Dans un monde en proie aux divisions et à la méfiance, l’Union africaine est un bastion du multilatéralisme’’, a-t-il souligné avant de brosser la triste liste des conflits qui secouent le continent et affirmer son engagement à rester toujours aux cotés de l’Afrique pour concrétiser les ambitions en matière d’appui au développement, à la lutte contre les effets des changements climatiques et à la mobilisation des financements en faveur des projets structurants au profit des populations du continent.

«Je peux vous garantir que jusqu’à la fin de mon mandat, l’Afrique sera la priorité numéro un de l’ONU dans toutes ses activités. Et que le partenariat entre l’Union africaine et l’ONU sera notre partenariat stratégique le plus important. Après le 31 décembre, je peux vous garantir que, où que je sois, quoi que je fasse, l’Afrique sera toujours au centre de mes préoccupations et de ma solidarité active», a promis le chef de l’ONU.

L’urgence de traduire les paroles en actes

Pour le Président burundais Evariste Ndayishimiye, ce Sommet a d’abord été celui de la réponse aux besoins fondamentaux, plaçant l’or bleu au cœur du développement continental. Le nouveau chef de l’UA a souligné l’urgence de traduire les paroles en actes: ‘’Au cours de ce Sommet, nous avons lancé le thème de l’année 2026 : « Assurer la disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs afin de réaliser les objectifs de l’Agenda 2063 ». Ce choix reflète une conviction forte car sans accès équitable à l’eau et à l’assainissement, il ne peut y avoir ni santé publique, ni développement inclusif, ni prospérité durable pour nos peuples. […] Le Burundi est déterminé à apporter sa contribution à faire taire les armes et à renforcer les mécanismes africains. Par ailleurs, toutes les délégations ont réitéré leur engagement à bâtir une Union africaine plus efficace, centrée sur les citoyens et capable de porter une seule voix pour les aspirations du continent, notamment pour une représentation plus équitable de l’Afrique dans la gouvernance mondiale’’, a-t-il indiqué.

Evariste Ndayishimiye affirme que les dirigeants ont exhorté les États Ià accélérer l’opérationnalisation de la Zone Libre continentale. «Nous avons encouragé l’accélération de la ZLECAF, la transformation de nos systèmes agricoles ainsi que des investissements renforcés dans les infrastructures, l’innovation, la jeunesse et l’autonomisation des femmes. […] Ensemble, nous avons adopté des décisions, des déclarations et des résolutions avec la ferme volonté de traduire nos engagements en actions concrètes au service de chaque Africain», a-t-il martelé.

Le Président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, a toutefois salué la nouvelle dynamique de travail, plus concise et axée sur les enjeux stratégiques. «Nous avons réussi à condenser l’ordre du jour et à maîtriser les délibérations. Cela nous a permis de répondre aux attentes de nos dirigeants, qui ne souhaitaient pas de réunions ‘marathons’. C’est un premier point concernant ce nouvel élan, et c’est un bon début. […] En particulier, nous avons examiné un rapport sur la réforme du Conseil de Sécurité des Nations Unies et la revendication de l’Union Africaine d’obtenir deux sièges permanents avec droit de veto, et cinq sièges non-permanents », a-t-il dit.

Réclamation des sièges permanents pour l’Afrique à l’ONU

Les dirigeants africains ont conscience que le continent reste une variable d’ajustement dans la compétition entre grandes puissances. C’est pourquoi ils ont martelé, une fois de plus, leur exigence d’une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, réclamant des sièges permanents pour l’Afrique. Le G20 a été salué pour son engagement, mais l’UA insiste désormais sur la nécessité d’une “position africaine unifiée” pour peser véritablement sur les dossiers cruciaux de la dette, du climat et du financement du développement, là où les intérêts des États membres divergent encore trop souvent.

En coulisses, les diplomates ont travaillé sur les dossiers brûlants. Adeoye Bankole, haut responsable de l’UA, a révélé l’ampleur des tractations menées en marge du sommet : “Nous avons dialogué avec tous les acteurs du conflit, notamment le panel de facilitateurs composé de cinq anciens présidents. Au total, huit accords ont été signés.” Une référence directe aux crises en cours, notamment dans l’est de la RDC, où l’UA dit avoir rappelé à l’ordre les groupes rebelles comme l’AFC et le M23. Le sommet a par ailleurs réaffirmé une solidarité constante avec le peuple palestinien, inscrivant la position africaine dans le cadre strict du droit international. L’enjeu pour 2026 sera désormais de transformer ces déclarations en actions tangibles, sans que le poids des réformes institutionnelles – promises pour rendre l’UA “financièrement viable” – ne freine les ambitions politiques.

Enfin, un dernier point très important : la Conférence a reconnu la colonisation comme un crime contre l’humanité. Elle a également exprimé sa solidarité avec la Palestine et le peuple palestinien. Au vu des circonstances actuelles à Gaza et en Cisjordanie, cela revêtait une importance symbolique encore plus forte. Les pays membres de l’Union africaine soutiennent les droits du peuple de Palestine à l’indépendance et à la création de leur propre État », a annoncé le président de la Commission de l’UA.

Alors que le plan quinquennal 2024-2028 entre dans sa phase active, l’Union africaine semble avoir pris la mesure de la polarisation mondiale. En impliquant pour la première fois de manière structurée le secteur privé via un Forum du monde des affaires, l’organisation cherche à pallier le tarissement des financements extérieurs. Le sommet s’est achèvé sur une promesse de performance : celle d’une Afrique qui ne se contente plus de vœux pieux, mais qui s’organise pour sa propre survie et sa grandeur d’ici 2063.

Par ailleurs, le Sommet de l’UA a adopté la Déclaration d’Alger sur les crimes coloniaux en Afrique qui consacre la journée du 30 novembre «Journée africaine d’hommage aux martyrs africains et victimes de la traite transatlantique, de la colonisation et de l’apartheid». Exprimant ainsi sa considération au président de la République,  Abdelmadjid Tebboune, pour cette initiative.

Vignikpo Akpéné