Gouvernants et opposants togolais ont l’urgence d’offrir au peuple pain et paix (Père Gakpe)

Afriquinfos Editeur
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Père Séverin Mawulolo, Gakpé, Prêtre de l'archidiocèse de Lomé (DR-Le Neutre)

Lomé (© 2025 Afriquinfos)-  « Nous avons faim de pain, nous avons faim de paix » : C’est le cri de cœur lancé par le Prêtre Togolais Séverin Mawulolo GAKPE, le 13 juillet dernier, jour de son anniversaire de naissance.

’Que cet appel soit entendu, et que la vie soit. Que le bonheur vienne, mais surtout la paix. C’est le cadeau que je demande pour le peuple togolais en ce 70e anniversaire de ma naissance dans un pauvre petit village, encore pauvre aujourd’hui. Nous voulons vivre. Vivre enfin’’, a lancé  ce prélat qui se présente en ‘’Togolais affamé de pain et de paix’’.

’Nous avons faim. Permettez-nous de manger à notre faim. C’est tout ce que nous demandons. Et je crois que nous avons le droit de le dire : on ne peut frapper un enfant et l’empêcher de pleurer. Donnez-nous pain et paix’’, a-t-il martelé dans une adresse à l’endroit des gouvernants et des opposants togolais.

Dans un discours empreint de courage, de foi et d’indignation, le prêtre catholique a dénoncé les dérives du pouvoir, interpelle l’opposition, appelle au respect des lois et exhorte les gouvernants à écouter la voix du peuple.

‘’Aujourd’hui, 13 juillet 2025, je célèbre le jour anniversaire de mes 70 ans. À cette occasion, j’ai décidé de faire une déclaration sous forme de coup de gueule face à la situation socio-politique que nous vivons au Togo’’, s’est-t-il exprimé dans une vidéo.

’Je précise que cette déclaration jaillit de mon cœur et de l’amour que j’ai pour ce pays, un amour hérité de l’amour fou de Dieu. Mon désir est de participer à la quête du bien pour mon peuple. Je me place dans la tradition des prophètes, plus particulièrement celle de Jérémie qui dénonçait le mal partout où il se trouvait, d’Élie face à Achab et à son épouse Jésabel, et de Jean-Baptiste qui osa dire à Hérode que prendre la femme de son frère était un acte mauvais. Ils furent persécutés. J’en suis conscient. Mais à 70 ans, on ne craint plus la mort, on s’y prépare’’, a-t-il souligné.

Pour cette déclaration, le Prêtre a affirmé n’avoir pas sollicité l’autorisation de son Évêque. ‘’Mes propos n’engagent donc ni l’Église ni personne d’autre que moi. Mais je sais que Jésus qualifia Hérode de renard, alors qu’il était sans péché. Il traita les Pharisiens d’hypocrites, et cela ne lui fut pas compté comme péché’’, a-t-il souligné.

’Le Togo appartient à tous les Togolais ; pas seulement aux gouvernants, ni à l’opposition. Le Togo n’appartient pas non plus aux deux réunis. Il appartient à l’ensemble du peuple’’, s’insurge Père Sévérin Mawulolo Gakpé.

’Il y avait une chanson que nous chantions autrefois : « Le Togo était un ballon que tout le monde jouait… ». Le Togo doit-il rester ce ballon que les gouvernants et l’opposition se renvoient ? Faudra-t-il que ces deux protagonistes continuent à se jouer des Togolais pour leurs intérêts égoïstes ? Le temps n’est-il pas venu de leur adresser un carton rouge ? N’oublions pas qu’ils ont des lieux de rencontre, leurs loges, où se prennent des décisions à notre insu. Cela doit cesser’’, a-t-il analysé.

Avant d’interpeller les concernés de la situation : ‘’Chers gouvernants, savez-vous que votre peuple a faim de pain et de paix ? Entendez-vous les gémissements de votre peuple ? Si ce n’est pas le cas, je vous annonce qu’il a faim, pendant que vous vous occupez de vos ventres et de vos bas-ventres. Comment pouvez-vous vous satisfaire de gouverner un peuple affamé, et tout faire pour le maintenir dans cet état ? Êtes-vous fiers de vous ? Êtes-vous fiers de l’état de votre peuple ? Les jeunes sortent de nos universités pour devenir conducteurs de taxi-motos. Ils sont aigris, insultent tout le monde sur la route, parce qu’ils cherchent à déverser leur colère. Et cela ne vous dit rien’’ ?

Et de faire observer : ‘’Gouverner, c’est prévoir, dit-on. Que prévoyez-vous pour ce peuple ? Quel bonheur pour lui ? Vous vous comportez plus comme des gardiens de cimetières que comme des porteurs d’espérance. Quel avenir pour le peuple, lorsque votre avenir à vous consiste à tout faire pour prolonger votre survie. Vous avez commis des actes répréhensibles, vous avez peur qu’on vous juge demain, et vous faites tout pour que ce demain n’arrive jamais. Vous avez peur de l’avenir de votre progéniture, et vous continuez d’amasser pour elle pendant que le véritable propriétaire des richesses du pays meurt de faim’’.

D’après le septuagénaire, Dans une nation digne de ce nom, les lois doivent être respectées, sauf si elles sont iniques. Mais qui respecte quelle loi au Togo, à part la loi du plus fort ? Des jeunes sortent pour crier leur ras-le-bol, et on les tabasse sous prétexte qu’ils violent la loi. De quelle loi parle-t-on ? Savez-vous ce qu’est un soulèvement populaire ? Quelle loi le régit ? a-t-il interrogé.

’Cela ne concerne pas que les gouvernants. Quand des juges faussent le jugement pour des intérêts personnels, est-ce sur ordre du président ? Quand un responsable abuse de sa fonction pour brimer les administrés, est-ce sur ordre du gouvernement ? Quand des chefs de partis ne rendent pas compte à leurs militants de la gestion des biens du parti, est-ce sur ordre des gouvernants ? Les maires de l’opposition peuvent-ils affirmer, la main sur le cœur, qu’ils gèrent leurs municipalités avec transparence ? Finalement, les gouvernants volent, l’opposition vole, et c’est le peuple, constamment volé, qui meurt de faim’’.

’Cette déclaration s’inscrit dans la lignée des appels des Évêques du Togo. Avant d’être prêtre, je suis chrétien, et j’ai mal lorsque les Évêques lancent des alertes qui sont ignorées.

Je vous invite à relire les appels des Évêques et à observer les conséquences de leur rejet. Lorsque les vrais prophètes parlent au nom de Dieu, ceux qui ne les écoutent pas en porteront les conséquences.

Mon coup de gueule est un cri du cœur pour mon peuple. Gouvernement et opposition, cessez de nous mener en bateau. Cessez de faire passer vos intérêts mesquins avant le bien commun. Vous tracez des sillons trop profonds sur le dos déjà meurtri du peuple’’, a-conclu le Chancelier de Lomé.

Vignikpo Akpéné