Gaborone (© 2026 Afriquinfos)- L’Afrique australe vient de perdre l’un de ses plus grands bâtisseurs. Il s’agit de l’ancien Président du Botswana, Festus Mogae. L’ex-Chef d’Etat s’est éteint ce 8 mai à l’âge de 86 ans, des suites d’une maladie en phase terminale. L’annonce a été faite par le Chef de l’État actuel, Duma Boko. Il a salué la mémoire d’un ‘’homme d’État distingué’’ et d’un ‘’patriote’’.
« Sous sa direction, le Botswana s’est forgé une réputation internationale grâce à une gouvernance fondée sur des principes, une gestion économique rigoureuse et un engagement indéfectible en faveur de la démocratie« , a salué Duma Boko, élu en 2024 et premier président à ne pas être issu du parti BDP depuis l’indépendance en 1966.
Festus Mogae était particulièrement reconnu pour sa lutte contre le sida et pour avoir contribué à la prospérité du pays d’Afrique australe. Il avait dirigé le pays de 1998 à 2008, laissant une empreinte profonde sur une nation alors en pleine transformation. Il est arrivé à la tête du Botswana alors que le pays sortait de la longue présidence de Quett Masire, et faisait face à une explosion silencieuse du sida, avec des taux de contamination dépassant 30 % chez les adultes dans certaines régions.
Son mandat, souvent qualifié de discret mais redoutablement efficace, a été marqué par deux chantiers majeurs. Sur le plan économique, Mogae a consolidé la stabilité du Botswana grâce à une gestion rigoureuse des revenus du diamant, évitant le piège de la prédation rentière.
Un acteur de la lutte contre la propagation du VIH au Botswana
Festus Mogae a dans le même temps lancé un vaste programme de traitement antirétroviral gratuit, réduisant drastiquement une prévalence du VIH parmi les plus élevées au monde. Ces deux héritages, l’un d’ordre budgétaire, let l’autre d’sanitaire, ont fait de son passage à la présidence un cas d’école en Afrique australe.
Aucun traitement antirétroviral n’était alors accessible à grande échelle. Sur le front économique, la rente diamantifère, bien que substantielle, alimentait des craintes de mauvaise allocation. Mogae, ancien Ministre des Finances, comprit immédiatement que la survie du pays passait par deux réformes impopulaires à court terme : ouvrir les vannes du traitement du VIH, quitte à choquer les élites conservatrices, et encadrer strictement la dépense publique.
La majorité des fonds finançait la mise sous anti-rétroviraux (ARV) gratuits d’environ 85% des malades, selon l’OnuSida. À cette période, la pandémie avait fait chuter l’espérance de vie de 65 ans à moins de 40 ans dans le pays, qui comptait 270.000 séropositifs sur moins de deux millions d’habitants. Après avoir quitté le pouvoir, il a continué à militer en faveur du traitement du VIH dans la région, à travers la gratuité des traitements anti-rétroviraux et la mise en place de mesures visant à prévenir la transmission mère-enfant.
Peu de dirigeants africains ont reçu une reconnaissance aussi concrète de leur vivant. En 2008, Mogae obtint le prix Mo Ibrahim pour l’excellence en leadership, une distinction rare qui salue non seulement les résultats, mais la manière de gouverner.
Il avait été récompensé pour avoir développé le pays grâce à la richesse de son sous-sol, en particulier les diamants. Le Botswana en était alors le premier producteur en volume comme en valeur. Il avait aussi veillé à diversifier l’économie, encourageant l’exploitation d’importantes réserves de charbon et développant le tourisme sur la base des paysages et de la faune sauvage spectaculaires du pays.
Le jury souligna entre-autre sa capacité à quitter le pouvoir sans accrocs, après avoir renforcé les contre pouvoirs et lutté contre la corruption. Cet exemple contraste violemment avec les dérives autoritaires observées ailleurs sur le continent, où l’alternance pacifique reste souvent un vœu pieux.
« Le remarquable leadership du président Mogae a permis de garantir au peuple botswanais la poursuite de la stabilité et de la prospérité dans un pays confronté à une pandémie de sida dont l’ampleur menaçait gravement son avenir« , avait célébré l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, en décernant le prix à Londres cette année-là. Ce prix, l’un des plus richement doté au monde, se portait à cinq millions de dollars sur dix ans, plus 200.000 dollars par an à vie.
Durant ses dernières années, Mogae s’était retiré de la vie politique active, mais continuait de plaider pour la santé publique en Afrique. Son hospitalisation récente à Gaborone, sans que la nature exacte de sa maladie ne soit dévoilée, avait inquiété ses proches. Sa disparition, désormais consommée, rappelle une vérité inconfortable : les leaders qui transforment réellement leur pays ne sont pas toujours les plus bruyants. Festus Mogae parlait peu, agissait beaucoup. Et c’est précisément pour cela que le Botswana pleure aujourd’hui un homme dont le nom, à l’étranger, dit moins que ce qu’il a vraiment accompli.
Des hommages de Gaborone et de l’Union Africaine
« Aujourd’hui, le Botswana pleure un éminent homme d’État et patriote qui a consacré sa vie au service de son pays« , a ajouté Duma Boko. Le président a par ailleurs décrété « trois jours de deuil national », durant lequel les drapeaux seront mis en berne, en l’honneur du troisième président du pays.
L’Union africaine a exprimé sa profonde tristesse après l’annonce du décès de l’ancien président du Botswana, Festus Mogae. Dans un communiqué officiel publié depuis Addis-Abeba, le 9 mai 2026, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a salué la mémoire d’un dirigeant «respecté et d’un panafricaniste dévoué».
Selon l’Union Africaine, Festus Mogae restera dans l’histoire pour : son leadership remarquable, son engagement en faveur de la démocratie, sa contribution au développement économique, son attachement à la paix et à la bonne gouvernance. L’organisation continentale souligne également son rôle important dans les efforts de paix au Soudan du Sud, notamment à travers la présidence de la Commission mixte de suivi et d’évaluation (JMEC), chargée d’accompagner la mise en œuvre des accords de paix.
Avant de devenir président, Festus Mogae a occupé plusieurs postes au sein du gouvernement, dont celui de Mnistre des Finances, puis de Vice-président.
V.A.



