Zenten (© 2026 Afriquinfos)- Saïf al-Islam Kadhafi, le deuxième fils du feu le colonel Mouammar Kadhafi, a été assassiné à son domicile à Zenten ce mardi 3 février 2026, par un commando de quatre personnes, a déclaré à l’AFP son avocat français, Marcel Ceccaldi. Selon l’un de ses conseillers, les assaillants auraient ‘’pris d’assaut’’ sa résidence ‘’après avoir neutralisé les caméras de surveillance, puis l’ont exécuté’’. Une information reprise également par la télévision libyenne.
Marcel Ceccaldi, a indiqué que l’identité des assaillants demeurait inconnue : « Pour l’instant, nous ne savons pas » qui est à l’origine du meurtre, a-t-il déclaré, ajoutant qu’un proche de Saïf al-Islam l’avait informé, il y a une dizaine de jours, « qu’il y avait des problèmes concernant sa sécurité« .
‘’À tel point que le chef de la tribu [des Kadhafi] avait téléphoné à Saïf. Il lui avait dit : “Je vais vous envoyer du monde pour assurer votre sécurité.” ‘’Et Saïf a refusé’’, a-t-il poursuivi. Jusqu’à l’annonce de sa mort, on ne savait pas où il se trouvait. ‘’ Il bougeait souvent’’, a confirmé son avocat mardi.
Saïf al-Islam Kadhafi, 53 ans, était recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité. En 2015, il a été condamné à mort par un tribunal de Tripoli, capitale de la Libye, avant de bénéficier d’une amnistie. Mais avant de tomber dans la disgrâce, le fils de Mouammar Kadhafi avait incarné le renouveau de son pays – de même que son ouverture sur le monde.
Il a étudié à la prestigieuse London School of Economics, un passage qui lui a permis de frayer avec le prince Andrew (déchu depuis de ses titres royaux) et l’ex-premier ministre britannique Tony Blair. Il a aussi entretenu pendant des années une relation avec Orly Weinerman, actrice et mannequin israélienne.
Or, son image de réformateur a pâli à mesure que le régime faiblissait, jusqu’à tomber en 2011. Au début de la rébellion, il disait vouloir la dompter, allant jusqu’à évoquer des « rivières de sang ».
En septembre 2005, Saïf al-Islam Kadhafi, peintre à ses heures libres, a présenté ses œuvres au Marché Bonsecours, à Montréal. L’exposition itinérante – intitulée Le désert n’est pas silencieux – était commanditée notamment par Bombardier, Petro-Canada et la société d’ingénierie SNC-Lavalin.
‘’Je veux que les gens gardent une image culturelle et pacifique de mon pays, avait-il déclaré aux journalistes présents en grand nombre à l’évènement. Avec un peu de chance, cela pourra aussi attirer des touristes.’’
En 2021, le fils Kadhafi avait déposé sa candidature à la présidentielle, misant sur le soutien des nostalgiques de l’ancien régime. Or, l’élection ne s’est finalement pas tenue.
De l’avis de l’expert Emad Badi, la mort de Saïf al-Islam Kadhafi est « susceptible de le transformer en martyr aux yeux d’une partie conséquente de la population ».
L’ex-porte-parole du régime Kadhafi, Moussa Ibrahim, a dénoncé un acte « perfide » : ‘’Il voulait une Libye unie et souveraine, sûre pour tous ses habitants. Ils ont assassiné l’espoir et l’avenir, et semé la haine et le ressentiment’’, a-t-il écrit sur X.
Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye peine à retrouver sa stabilité et son unité. Deux exécutifs s’y disputent le pouvoir : le gouvernement d’unité nationale (GNU) installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah et reconnu par l’ONU ; et un exécutif à Benghazi (Est), contrôlé par le maréchal Haftar et ses fils qui ont étendu leur présence militaire dans le sud du pays.
Déjà du temps de Mouammar Kadhafi, Saïf était donc considéré comme son successeur potentiel. Le peuple libyen ne désespérait donc pas à l’idée de le voir un jour à la tête du pays, ce qui a toujours fait de lui un homme à craindre.
V.A.



