Bamako (© 2025 Afriquinfos)- Dans l’affirmation de leur souveraineté, les pays de l’AES ne se laisseront marcher sur les pieds par aucun pays, aussi puissant soit-il. Quelques semaines après l’exigence par les États-Unis aux ressortissants maliens de verser une caution de 5 000 ou 10 000 dollars USD pour obtenir un visa américain, Bamako a répliqué en imposant les mêmes mesures aux citoyens américains souhaitant se rendre au Mali. Le Burkina Faso qui pour sa part, a vu toutes les opérations de visa courantes à l’ambassade des États-Unis à Ouagadougou suspendues et délocalisées à Lomé (Togo), dit avoir pris acte de la décision étasunienne et n’exclut pas d’appliquer la réciprocité.
Bamako n’a pas attendu bien longtemps avant de réagir aux nouvelles exigences des États-Unis pour l’obtention de visa pour rentrer dans le pays de l’Oncle Sam. Depuis quelques jours en effet, Washington demande aux ressortissants maliens éligibles à un visa d’affaires ou de tourisme de type B-1/B-2 de verser une caution de 5 000 ou 10 000 dollars américains pour l’obtention dudit visa.Soit l’équivalent de 2,8 à 5,6 millions de francs CFA.
En réaction à cette décision, le ministère malien des Affaires étrangères qui dit « déplorer une décision unilatérale », annonce la mise en place d’un « programme de visa identique » pour les ressortissants américains. À compter du dimanche 12 octobre, tout citoyen américain souhaitant se rendre au Mali doit ainsi verser une caution comprise entre 5 000 et 10 000 dollars américains pour obtenir un visa. Bamako dénonce une violation par les Etats-Unis des « dispositions de l’Accord relatif à l’institution du visa de longue durée à entrées multiples entre les deux États, entré en vigueur le 14 avril 2005 », mais indique être disposé au dialogue avec les autorités américaines.
Le Mali n’est pas le seul pays de l’AES à avoir des déboires avec les États-Unis s’agissant de la politique migratoire sous l’Administration Trump. Le Burkina Faso est également dans le viseur de Washington. Ainsi dans un communiqué émanant de l’Ambassade des USA à Ouagadougou rendu public en fin de semaine dernière, on peut lire qu’« à compter du vendredi 10 octobre 2025, toutes les opérations de visa courantes à l’ambassade des États-Unis à Ouagadougou sont suspendues ». Conséquence : « désormais, tous les Burkinabè devraient se rendre à Lomé au Togo pour obtenir un visa pour les États-Unis. ». Et à la représentation diplomatique américaine de préciser que « les demandes et les frais sont non transférables et doivent être renouvelés et réglés au nouveau bureau » et que « cette suspension n’affecte pas les visas officiels et diplomatiques, qui continueront de suivre les procédures en vigueur ».
Si Washington soutient que cette mesure se justifie par le fait que « le Burkina Faso présente un taux élevé de dépassement de la durée de séjour autorisée pour les touristes, les voyageurs d’affaires et les étudiants se rendant aux États-Unis », Ouagadougou voit les choses d’un autre regard. Selon le ministre des Affaires étrangères Karamoko Traoré, il s’agirait de « représailles » après que les autorités burkinabè aient opposé un refus à une requête de l’Administration Trump. Cette dernière a proposé à des États africains dont le Burkina Faso d’accueillir en dehors de leurs propres ressortissants, d’autres immigrants illégaux expulsés des États-Unis. « Naturellement, cette proposition que nous avions jugée en son temps indécente est totalement contraire à la valeur de dignité qui fait partie de l’essence même de la vision du capitaine Ibrahim Traoré. Nous avons dit que le Burkina Faso ne pouvait être cette destination », a précisé Karamoko Traoré qui a laissé entendre que son pays n’en restera pas là. « En diplomatie, on parle de réciprocité. Nous prendrons les mesures qu’il faut, à la limite des mesures qui ont été prises par les autorités américaines, sans pour autant compromettre l’amitié, la solidarité, la fraternité entre les peuples du Burkina Faso et les peuples américains », a-t-il déclaré.
Boniface T.



