Creativo El Matador, ces rares entreprises africaines s’installant en Europe pour accroître leurs marchés avec cette recette

Afriquinfos Editeur
7 Min de Lecture
Creativo El Matador, ces rares entreprises africaines s'installant en Europe pour accroître leurs marchés avec cette recette
Des produits de Creativo El Matador (DR-Creativo-El Matador).

Paris  (© 2026 Afriquinfos)- Certaines entreprises africaines ont fait le choix d’être présentes en Europe. C’est le cas de Creativo El Matador, une société nigériane spécialisée dans la transformation agricole basée à Lagos (au Nigeria). Elle a ouvert un bureau à Paris. Elle prépare également une implantation près de Marseille. Le groupe nigérian ambitionne ainsi de raccourcir la chaîne et transformer davantage ses produits en Europe, et mise pour capter plus de valeur entre Lagos et Marseille.

Pour beaucoup d’exportateurs africains, le vrai défi ne se joue plus seulement dans les champs ou les ports. Il se joue dans la capacité à garder davantage de valeur sur le continent, puis à la capter aussi en Europe. C’est précisément le pari d’une entreprise nigériane qui a fait de la transformation agricole et des circuits courts son argument commercial, avec Lagos comme base et Paris comme point d’ancrage européen.

Le Nigeria s’y prête particulièrement. Abuja est au cœur de la CEDEAO, la communauté ouest-africaine dont le siège se trouve justement dans la capitale nigériane, et le pays reste un interlocuteur économique majeur pour la France en Afrique subsaharienne. Les relations bilatérales ont, elles aussi, pris une nouvelle épaisseur depuis la visite d’État du président Bola Tinubu en France en octobre 2024.

Creativo El Matador se présente comme un groupe nigérian d’exportation, de logistique et de trading agricole. Ses propres supports évoquent une activité tournée vers les noix de cajou, l’hibiscus séché, les noix de tigre, la gomme arabique et d’autres matières premières agricoles, avec des bureaux à Lagos, Paris et Accra, ainsi qu’un travail direct avec des producteurs du nord du Nigeria.

L’entreprise dit avoir bâti sa croissance sur une idée simple : éviter que les produits africains passent par des chaînes longues et coûteuses avant d’atteindre les consommateurs européens. Selon son Fondateur et Directeur général, Adebowale Adeyeye, le groupe veut créer de la valeur ‘’localement et en France’’, sur des produits destinés au marché français mais issus d’Afrique. Cette logique est cohérente avec le positionnement affiché par l’entreprise, qui insiste sur la transformation, la qualité et la traçabilité plutôt que sur la simple exportation brute.

Le choix de la France n’a rien d’anecdotique. Paris offre un accès direct au marché européen, à des acheteurs spécialisés et à un écosystème de soutien à l’investissement international. Business France, l’agence publique chargée d’accompagner les entreprises à l’international, dispose d’une équipe dédiée au Nigeria, basée à Lagos. Le pays est aussi, selon la diplomatie française, le premier partenaire commercial de la France en Afrique subsaharienne.

24 emplois sur trois ans

Le bureau français de Creativo El Matador a été présenté comme une étape intermédiaire, avec un objectif de 24 emplois sur trois ans. L’entreprise dit également avoir acquis un terrain près de Marseille pour y construire un entrepôt, puis une usine de transformation, avec une mise en service annoncée d’ici la fin de l’année dans la narration initiale du projet. Ces éléments dessinent une montée en gamme classique : d’abord le commerce, ensuite la logistique, enfin la transformation.

Cette séquence change la donne pour plusieurs acteurs. Pour l’entreprise, elle réduit les délais, rapproche les produits des clients et limite certains coûts de transit. Pour les producteurs nigérians, elle peut offrir des débouchés plus stables, à condition que les exigences de qualité et de volume soient tenues. Pour les consommateurs européens, elle promet une meilleure maîtrise de l’origine et du traitement des marchandises. Mais le bénéfice réel dépendra de la capacité à transformer au Nigeria une partie plus importante de la production, au lieu de ne faire que déplacer la valeur d’un port à l’autre.

Le Fondateur du groupe s’inscrit d’ailleurs dans une vision plus large de l’agro-industrie africaine. Un profil publié par l’African Leadership Institute le présente comme le Fondateur d’une entreprise d’optimisation de la chaîne de valeur agricole, avec une usine de cajou détenue et opérée par des Africains au Nigeria, et plus de 300 femmes et 25 hommes employés sur ce site. Même si cette information concerne une autre facette du groupe, elle éclaire l’orientation générale : la transformation locale comme levier de souveraineté économique, et non comme simple slogan.

Un signal pour l’Afrique de l’Ouest

Le cas Creativo El Matador résonne au-delà du Nigeria. En Afrique de l’Ouest, où la CEDEAO cherche depuis 1975 à renforcer l’intégration économique, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à raisonner en corridors régionaux, en plateformes logistiques et en accès direct aux marchés internationaux. L’ouverture d’une base en France par un groupe nigérian montre que les chaînes de valeur africaines ne se pensent plus seulement en fonction de l’Asie ou des matières premières brutes.

Cette évolution dit aussi quelque chose de la place du Nigeria dans l’économie continentale. Avec Abuja comme siège de la CEDEAO et Lagos comme moteur commercial, le pays continue d’exporter des entrepreneurs capables de naviguer entre les marchés ouest-africains, la diaspora et les places européennes. La France, de son côté, cherche à consolider une relation économique déjà dense avec la première économie de la région. Reste maintenant à voir si cette implantation se traduira par une vraie capacité industrielle à Marseille, et non par une simple vitrine commerciale.

Afriquinfos