Le Caire (© 2026 Afriquinfos)- Également confrontée à une perturbation brutale de ses approvisionnements en pétrole en raison du conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, l’Égypte a engagé une réponse en plusieurs volets. Le pays cherche non seulement à réduire sa consommation intérieure, mais aussi à sécuriser de nouvelles sources d’importation.
L’Égypte a ordonné à partir dès ce 28 mars la fermeture des commerces, restaurants et centres commerciaux dès 21h en semaine, sauf dans certaines zones touristiques comme Hurghada, Louxor ou Charm el-Cheikh. Il s’agit d’une mesure d’urgence pour freiner une facture énergétique qui a plus que doublé, alors que la guerre au Moyen-Orient entre dans sa cinquième semaine.
La semaine dernière, le Premier Ministre, Moustafa Madbouly, avait annoncé que le couvre-feu commercial entrerait en vigueur samedi 28 mars pour une durée initiale d’un mois. « Les magasins, centres commerciaux, restaurants et cafés seront tous fermés en semaine à 21h00, à l’exception du jeudi et du vendredi« , soirs de week-end, « où nous les autoriserons jusqu’à 22h« , a-t-il précisé, justifiant ces mesures par l’alourdissement de la facture de gaz importé.
La veille de la guerre, « notre facture mensuelle était de 560 millions de dollars (environ 466 millions d’euros) par mois. Aujourd’hui, pour la même quantité« , son prix passe à « 1.650 millions » (environ 1,483 milliards d’euros), a détaillé Moustafa Madbouly.
Si les infrastructures essentielles — hôpitaux, stations d’eau et réseaux de transport — sont sanctuarisées, l’éclairage public et les enseignes publicitaires routières ont été réduits « au strict minimum ». Le plan d’austérité énergétique s’étend également aux bureaux administratifs qui devront cesser toute activité et éteindre leurs réseaux électriques dès 18h00.
En parallèle, le Chef du Gouvernement a dit étudier l’instauration d’un à deux jours de télétravail par semaine pour les fonctionnaires afin de réduire les coûts opérationnels. D’après Mostafa Madbouly, les grands projets publics fortement consommateurs de carburant (notamment de diesel) seront ainsi ralentis pendant au moins deux mois.
Dans le même temps, les autorités ont décidé de réduire de 30% les allocations de carburant pour les véhicules administratifs. Elles vont également instaurer en avril le télétravail chaque dimanche pour une partie des secteurs public et privé, à l’exception des services essentiels et de l’industrie. Cette mesure pourrait être étendue à un jour supplémentaire par semaine ou prolongée si le conflit se poursuit.
Ces décisions s’ajoutent à une augmentation récente des prix du carburant et des tarifs des transports publics, ainsi qu’à des mesures visant à imposer des heures de fermeture plus précoces pour les commerces et cafés.
Recours à la Libye
L’Égypte a engagé des discussions avec la Libye afin d’importer au moins un million de barils de pétrole par mois. Selon ‘Asharq Business’, citant un responsable gouvernemental, ces démarches interviennent après des difficultés logistiques liées à la navigation dans le détroit d’Ormuz, qui ont affecté les livraisons de brut koweïtien.
Ces négociations, menées entre la National Oil Corporation (NOC) libyenne et l’Egyptian General Petroleum Corporation, visent à garantir la continuité d’approvisionnement des raffineries égyptiennes. Le système énergétique du pays repose en partie sur des importations régulières, notamment en provenance du Koweït, ce qui renforce l’intérêt d’un partenariat alternatif avec la Libye, acteur régional disposant de capacités d’exportation importantes.
Jusqu’à présent, l’Égypte importait entre un et deux millions de barils par mois de pétrole koweïtien, auxquels s’ajoutait environ un million de barils fournis par Saudi Aramco via des facilités de crédit. Or, la Kuwait Petroleum Corporation a invoqué un cas de force majeure sur ses ventes, à la suite des perturbations maritimes dans le détroit d’Ormuz, lui permettant de suspendre ou de rééchelonner ses livraisons sans pénalités contractuelles.
Ce repositionnement s’inscrit dans un contexte énergétique international fragilisé par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près de 20% du commerce mondial de pétrole, connaît un ralentissement marqué du trafic maritime, ce qui pèse directement sur les chaînes d’approvisionnement et alimente les incertitudes sur les marchés.
Dans le prolongement de ces tensions, QatarEnergy a annoncé la suspension de ses opérations sur son principal site d’exportation de gaz naturel liquéfié à la suite d’une attaque de drone. L’ensemble de ces perturbations contribue à une pression accrue sur les prix du pétrole et des produits raffinés, renforçant la nécessité pour les importateurs africains, dont l’Égypte, de diversifier rapidement leurs sources d’approvisionnement.
Ces ajustements interviennent alors que l’économie égyptienne reste fragile, malgré des signes récents de stabilisation. Fin février 2026, le Fonds monétaire international a validé un nouveau décaissement d’environ 2 milliards d’euros en faveur du pays, dans le cadre d’un programme d’assistance engagé depuis 2022.
Si les autorités en arrivent là, c’est parce que l’Égypte est un gros importateur d’hydrocarbures et s’approvisionne principalement au Moyen-Orient. Le pays importe entre 1 et 2 millions de barils de pétrole du Koweït, en plus de 1 million de barils du saoudien Saudi Aramco pour alimenter ses raffineries.
L’Égypte fait partie des nations africaines les plus exposées à ce conflit qui crée, selon l’AIE, «la plus grande perturbation de l’offre de pétrole de l’histoire».
V. A.



