Comment et pourquoi la realpolitik a amené Kigali et Bruxelles à renouer leur coopération bilatérale 

Afriquinfos Editeur
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Olivier Nduhungirehe et Maxime Prevot (DR-Maxime Prevot)

New York (© 2026 Afriquinfos)- Après 18 mois de rupture, le Rwanda et la Belgique ont conformément à l’article 2 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, décidé de rétablir leurs relations diplomatiques ce mardi 22 septembre, à New York, en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies. L’annonce a été faite conjointement par les Ministres des Affaires étrangères des deux pays, à savoir : Olivier Nduhungirehe (Rwanda) et Maxime Prévot (Belgique).

Ce rapprochement annoncé va se traduire par la réouverture prochaine des ambassades des deux pays à Kigali et à Bruxelles. Dans un premier temps, les missions diplomatiques seront dirigées par des chargés d’affaires ad interim, avant la nomination de nouveaux ambassadeurs. Les deux gouvernements affirment vouloir désormais privilégier le dialogue, la non-ingérence, le respect mutuel et l’engagement constructif pour traiter leurs différends.

Maxime Prévot s’est félicité de la reprise des relations diplomatiques entre la Belgique et le Rwanda, fruit, selon lui, d’un processus de « franches discussions » avec son homologue rwandais et d’un effort commun fondé sur le respect mutuel

 « Ravi d’annoncer ce jour la reprise des relations diplomatiques entre la Belgique et le Rwanda », a déclaré Prévot, soulignant que cette décision constituait « l’aboutissement d’un processus de franches discussions » avec son homologue rwandais, Olivier Nduhungirehe.

Dans un premier temps, chacune des deux ambassades sera dirigée par un chargé d’affaires ad interim, assisté d’un diplomate ou d’un agent consulaire ainsi que d’une petite équipe de soutien technique.

Les demandes d’agrément pour les futurs ambassadeurs seront introduites ultérieurement. L’ambassadeur du Rwanda en Belgique sera également accrédité auprès de l’Union européenne.

La décision intervient après plusieurs mois de rencontres et de contacts informels entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays, au cours desquels plusieurs différends et malentendus ont été abordés, selon la déclaration.

Bruxelles et Kigali ont, à cet égard, exprimé leur gratitude aux autorités qataries pour avoir facilité la première rencontre entre les deux ministres à Doha en juin 2025.

Prévot a toutefois souligné que le rétablissement des relations diplomatiques ne signifiait pas la disparition des divergences entre les deux pays, notamment au sujet du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

« Rétablir des relations diplomatiques entre États ne signifie pas renier nos positions mais disposer de canaux structurés de dialogue », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il continuerait à défendre « l’intégrité territoriale et la souveraineté de la RDC ».

Le Chef de la diplomatie belge a également indiqué que Bruxelles souhaitait mettre son expertise dans la région au service des efforts de médiation et continuerait d’appeler toutes les parties au strict respect de leurs engagements pris dans le cadre des processus de Doha et de Washington.

La Belgique et le Rwanda ont par ailleurs réaffirmé leur engagement à maintenir un dialogue « ouvert, franc et transparent », considéré comme essentiel pour traiter leurs différends bilatéraux et discuter de leurs positions divergentes sur les questions internationales.

Les deux pays ont enfin convenu que les principes de non-ingérence, de respect mutuel et d’engagement constructif guideraient leurs futures relations bilatérales.

Une rupture sur fond de crise congolaise

Kigali avait rompu ses relations diplomatiques avec Bruxelles le 17 mars 2025, avant l’expulsion réciproque de diplomates. Le Rwanda reprochait notamment à la Belgique de prendre parti dans la crise sécuritaire qui oppose les autorités congolaises à l’AFC-M23 dans l’est de la RDC.

La Belgique avait, de son côté, adopté une position critique à l’égard du rôle attribué au Rwanda dans le conflit congolais et avait participé activement aux discussions européennes sur les sanctions visant plusieurs acteurs liés à la situation dans l’est de la RDC. Kigali contestait ces positions et accusait Bruxelles de mener une politique hostile à son égard.

Le rapprochement actuel intervient après plusieurs mois de contacts informels entre Olivier Nduhungirehe et Maxime Prévot. Les deux gouvernements remercient notamment le Qatar, qui avait facilité leur première rencontre à Doha en juin 2025, trois mois après la rupture diplomatique.

Le rétablissement des relations intervient entre deux pays dont l’histoire est profondément liée. La Belgique est l’ancienne puissance coloniale du Rwanda, administré sous mandat puis sous tutelle belges avant son indépendance en 1962.

La période coloniale a profondément marqué les structures administratives et sociales du Rwanda et continue de peser sur les relations entre Kigali et Bruxelles. La Belgique a conservé après l’indépendance des liens étroits avec le Rwanda dans les domaines politique, économique, judiciaire et de la coopération au développement.

Les relations ont notamment été marquées par les conséquences du génocide des Tutsis de 1994 et par les guerres qui ont suivi dans la région des Grands Lacs. La Belgique rappelle aujourd’hui encore son rôle dans la coopération judiciaire avec le Rwanda et son soutien aux mécanismes de justice et de réconciliation après le génocide.

Vignikpo Akpéné