Centenaire de la naissance de Frantz Fanon: Célébrations phares orchestrées dans le monde

Afriquinfos Editeur
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Frantz Fanon (DR-ROAPE Journal )

Fort-De France (© 2025 Afriquinfos)- Ce 20 juillet 2025, a été célébré le centenaire de la naissance de Frantz Fanon. Médecin psychiatre, fer de lance du mouvement anti-colonialiste, il est demeuré militant de l’indépendance de l’Algérie, et une référence majeure de la lutte pour la décolonisation.

Le centenaire de la naissance de Frantz Fanon, penseur anticolonialiste et psychiatre martiniquais, est célébré dans de nombreux pays, notamment en Martinique, son île natale, en Algérie, son pays d’adoption, et en France. Des événements variés, tels que des hommages, des expositions et des projections de films, représentations théâtrales, conférences internationales, colloques universitaires, rencontres littéraires, débats sont organisés pour commémorer sa pensée et son héritage.

Figure centrale de la pensée anticoloniale, le psychiatre et écrivain mort en 1961 reste pourtant mal connu, y compris sur son île natale. Le centenaire de sa naissance, le 20 juillet 1925 à Fort-de-France, est l’occasion de replacer son œuvre dans la réflexion contemporaine, à travers une série d’hommages.

Le théâtre Aimé-Césaire, à Fort-de-France, a ainsi accueilli en juin une représentation d’une pièce de théâtre sauvée de l’oubli : Les Mains parallèles, l’une des trois œuvres théâtrales inédites de Frantz Fanon que le futur psychiatre martiniquais a écrites en 1949 et 1950 alors qu’il étudiait la médecine à Lyon.

« C’était effectivement une première mondiale« , a confié à l’AFP Aimé Charles-Nicolas, professeur émérite de psychiatrie à l’université des Antilles et président de l’association First Caraïbes, organisatrice de plusieurs événements commémoratifs dans le cadre d’une année Frantz-Fanon en Martinique.

Des ouvrages qu’il a écrits dans les années 1950 et 1960, à la suite de sa participation à deux conflits majeurs : d’abord la Seconde Guerre mondiale, à laquelle il a pris part dans les rangs de la France libre, aux côtés de soldats issus de l’empire colonial. Puis surtout la guerre d’Algérie, qui a éclaté un an après sa nomination, en 1953, comme chef de service à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville, dans le nord de ce qui était alors l’Algérie française.

Dans toute la Martinique, les nombreux hommages à Frantz Fanon mettent l’accent sur son héritage intellectuel. Fin mai, plusieurs centaines de personnes ont assisté à un colloque scientifique organisé dans un hôtel de Sainte-Luce, dans le sud de l’île. Tour à tour, une dizaine d’experts et d’universitaires français ou internationaux ont mis en lumière différents aspects de la biographie et de la pensée de Fanon, tantôt en restituant, dans son contexte historique, le célèbre auteur, décédé en 1961 des suites d’une leucémie, tantôt en abordant des problématiques actuelles à l’aune de ses écrits.

Une icône en Algérie

Dès le début de la guerre d’Algérie, en 1954, Frantz Fanon s’engage auprès des nationalistes algériens, tout en continuant d’exercer la psychiatrie, et noue des contacts avec certains officiers de l’Armée de libération nationale ainsi qu’avec la direction politique du Front de libération nationale (FLN), Abane Ramdane et Benyoucef Benkhedda en particulier.

A partir de 1956, il s’engage totalement pour la cause algérienne. «C’est important de souligner qu’il démissionne de son poste de médecin, on est donc à l’automne 1956. Il a déjà à ce moment-là pris contact avec un certain nombre de membres du FLN et il va ensuite partir à Tunis ou était installé donc une antenne du FLN. Il va depuis Tunis participer au combat en écrivant dans le journal du FLN El Moudjahid pour, justement, accompagner la révolution sous un pseudonyme. Et en devenant également à la fin des années 50, début 60, ambassadeur du gouvernement provisoire de la République algérienne à Accra, ambassadeur itinérant pour l’Afrique sub-saharienne», selon Amzat Boukari-Yabara, historien, spécialiste du Panafricanisme, auteur notamment de Africa Unite, aux éditions La Découverte.

Un héros pour les Algériens

S’affirmant désormais «algérien», Frantz Fanon signe quelques-uns des textes les plus influents du mouvement anticolonialiste, comme Les Damnés de la Terre en 1961, préfacé par Jean-Paul Sartre. Il meurt d’une leucémie à Washington le 6 décembre 1961, sans voir l’indépendance algérienne pour laquelle il a tout donné dans les dernières années de sa vie.

Pour de nombreux Algériens, Frantz Fanon est un héros. « Frantz Fanon fait aussi bien partie de l’histoire de l’Algérie. Il a défendu l’indépendance. C’était vraiment une personne infiniment respectable », déclare Anissa Boumediene, écrivaine, avocate et ancienne première dame d’Algérie. Elle était l’épouse du président Houari Boumediene, qui a dirigé le pays de 1965 à 1978.

Trois hôpitaux portent son nom

En hommage à son travail en psychiatrie et à son soutien à la cause algérienne, trois hôpitaux en Algérie, dont l’hôpital psychiatrique de Blida, où il a travaillé, portent son nom. Mais ce n’est pas assez étant donné l’importance du personnage selon Arezki Aït Ouazou, ancien militant algérien pour l’indépendance. Il était l’un des responsables de la Fédération de France du FLN. «En Algérie, à Alger, il y a des rues qui portent son nom, il y a une bibliothèque qui porte son nom, mais ce n’est pas assez pour Fanon pour ce qu’il a fait, pour ce qu’il représente parce que c’est un symbole pour la lutte des peuples, pour la liberté et l’indépendance. Pour nous, c’est un héros de la guerre de libération, de la révolution algérienne», soutient Arezki Aït Ouazou.

Né le 20 juillet 1925 à Fort-de-France, l’écrivain martiniquais a avant tout laissé à la postérité plusieurs essais dénonçant l’aliénation coloniale et prônant l’émancipation des peuples colonisés, à travers « Peau noire, masques blancs » (Editions Nouvelle fenêtre), et surtout « Les Damnés de la Terre » (Editions Nouvelle fenêtre).

V. A.