Brenda Biya, rappeuse, fille de Paul Biya, clame son homosexualité passible de 5 ans de prison au Cameroun

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Brenda Biya et son amour des Amériques (DR).

Yaoundé (© 2024 Afriquinfos)- Alors qu’au Cameroun, l’homosexualité est formellement interdite et passible de sévères peines, c’est King Nasty, de son vrai nom, Brenda Biya, fille du Président Paul Biya, qui a publiquement déclaré son amour pour une autre femme, provoquant une onde de chocs à travers le pays.

La jeune Brenda âgée de 26 ans, qui a entamé depuis peu une carrière de rappeuse, a publié sur ses réseaux sociaux, ce 30 juin 2024, une photo d’elle en train d’embrasser sa compagne brésilienne! Sur la photo, les deux jeunes femmes apparaissent de profil. Mais suffisamment identifiables pour reconnaître Brenda Biya, malgré ses lunettes de soleil. Le baiser avec sa compagne est loin d’être feint. L’image est de surcroît légendée. Avec un message exprimant clairement ses sentiments: «Je suis folle de toi, et je veux que tout le monde le sache».

Cette déclaration d’amour a suscité un grand nombre de réactions sur les réseaux sociaux où Brenda Biya compte plus de 336.000 followers, et au Cameroun où l’homosexualité est encore fortement réprimée par la loi. En partageant cette photo, Brenda Biya a mis fin aux rumeurs concernant son orientation sexuelle et a également adressé un message aux médias camerounais. Elle a exprimé son agacement envers les articles la concernant, soulignant qu’ils ne font que répéter les mêmes informations sans plus de value: «Pourquoi tous les blogs et médias camerounais parlent encore de moi? Changez de discours et trouvez autre chose à vous mettre sous la dent. C’est dépassé!», fait partie de l’une de ses exaspérations.

L’homosexualité passible de peines au Cameroun

 Pour certains partisans de la cause homosexuelle, si Brenda Biya n’est pas inquiétée, alors, il serait juste de libérer les homosexuels actuellement détenus pour les mêmes motifs. Cette situation soulève une contradiction flagrante entre la pratique de la loi et le traitement des individus selon leur statut social. Et parmi les multiples réactions ayant suivi cette annonce de B. Biya, celle de Shakiro, célèbre transgenre et figure de la communauté LGBTQIA+ camerounaise, qui a été contrainte il y a quelques années à l’exil en Belgique. Cela après avoir subi diverses agressions et une détention au Cameroun du fait de son orientation sexuelle. Shakiro félicite Brenda Biya pour son courage et la remercie en substance pour son coming-out qui pourrait peut-être, espère-t-elle, précipiter la dépénalisation de l’homosexualité au Cameroun.

Boris Bertolt, journaliste en ligne lui aussi en exil, a interpellé dans un tweet les autorité:: il estime qu’il est temps de libérer la vingtaine d’homosexuels détenus dans les prisons du Cameroun. Sinon, explique-t-il, faites arrêter la fille du Président pour se conformer aux lois du pays qui pénalisent jusqu’à cinq ans de prison la pratique de l’homosexualité. Dans la même veine, Me Alice Nkom, avocate, militante acharnée pour la dépénalisation de l’homosexualité, n’est pas restée indifférente, face à la sortie de Brenda Biya. Elle a salué le « courage de la jeune femme et voit, en ce coming-out, un espoir pour toute la communauté LGBT du Cameroun.

«Bravo Brenda. Merci pour ce courage. J’espère qu’il va inspirer d’autres personnes de la communauté LGBT du Cameroun, en particulier, et du monde entier», souligne son commentaire.

Les articles 347-1 à 347-3 du Code pénal camerounais sanctionnent de peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison et des amendes substantielles ceux qui sont reconnus coupables de pratiques homosexuelles. Ce cadre législatif place le pays parmi les plus restrictifs en matière de droits des minorités sexuelles sur le continent africain. L’Afrique du Sud (nation la plus industrialisée en Afrique) est actuellement le seul Etat sur le continent africain à avoir légalisé la pratique homosexuelle sur son sol. L’homosexualité suscite une profonde vague de débats sur le continent africain, en dépit de la progression, à bas bruit, du nombre des adeptes de cette pratique.

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