Kigali (© 2025 Afriquinfos)- Après un accord avec le Royaume-Uni, c’est avec les Etats-Unis que le Rwanda a signé en juin dernier, avec l’Administration américaine, une nouvelle entente visant à accueillir des migrants expulsés des États-Unis. Le Rwanda devient ainsi le troisième pays du continent africain à signer cet accord après le Soudan du Sud et l’Eswatini.
Le Rwanda a convenu cet accord « notamment parce que presque toutes les familles rwandaises ont connu les difficultés du déplacement et que nos valeurs sociétales reposent sur la réintégration et la réhabilitation« , a fait valoir la porte-parole du Gouvernement rwandais, Yolande Makolo.
Le calendrier de ces expulsions n’a cependant pas été précisé, ni les nationalités des individus en question. Un responsable rwandais a indiqué que Washington avait déjà envoyé une liste initiale de dix personnes à examiner. Et que son pays recevra une subvention. Il a cependant refusé de préciser le montant de cette subvention.
Les personnes approuvées bénéficieront d’une « formation professionnelle, de soins de santé et d’une aide au logement pour démarrer leur vie au Rwanda, leur donnant ainsi l’opportunité de contribuer à l’une des économies à la croissance la plus rapide au monde au cours de la dernière décennie », défend la Présidence rwandaise.
« En vertu de cet accord, le Rwanda a la possibilité d’approuver chaque personne proposée pour la réinstallation », a ajouté Yolande Makolo. « Je fournirai plus de détails une fois que ceux-ci auront été élaborés« , a encore déclaré Mme Makolo.
Les États-Unis et le Rwanda pourraient étendre l’accord au-delà de 250 personnes par consentement mutuel. Kigali n’acceptera que les personnes dont la peine de prison est terminée ou qui ne font l’objet d’aucune procédure pénale. Aucun délinquant sexuel sur mineur ne sera accepté. Les personnes expulsées vers le Rwanda ne sont pas tenues de rester dans le pays, et peuvent partir à tout moment, a appris le confrère Reuters auprès de Kigali.
Des opposants ont critiqué ces expulsions, les qualifiant de dangereuses et cruelles, car les personnes expulsées pourraient être envoyées vers des pays où elles pourraient être confrontées à la violence, où elles n’ont aucun lien, et dont elles ne parlent pas la langue.
Un accord avec le Royaume-Uni finalement annulé en 2024
Un accord du même genre avait été signé avec le Royaume-Uni, finalement annulé en 2024 par le nouveau gouvernement britannique après avoir généré d’intenses polémiques. La Cour suprême britannique avait statué que l’envoi de migrants au Rwanda dans le cadre de cet accord serait illégal car il « les exposerait à un risque réel de mauvais traitements ».
En arrivant au pouvoir en juillet 2024, le Premier ministre travailliste Keir Starmer avait estimé qu’il était « mort et enterré » avant même d’avoir commencé. Le Rwanda avait alors prévenu que l’accord controversé ne prévoyait pas la restitution des fonds déjà versés par Londres à Kigali (240 millions de livres sterling, soit 280 millions d’euros).
Ces dernières années, le Rwanda s’est positionné comme un pays de destination pour les migrants que les pays occidentaux souhaitent expulser, malgré les inquiétudes des groupes de défense des droits de l’homme qui craignent que Kigali ne respecte pas les droits humains fondamentaux.
L’administration Trump a fait pression sur d’autres pays pour qu’ils accueillent des migrants. En mars, plus de 200 Vénézuéliens accusés d’appartenir à un gang ont été expulsés vers le Salvador. Ils y ont été emprisonnés jusqu’à leur libération le mois dernier, lors d’un échange de prisonniers. En juin, la Cour suprême a autorisé l’administration Trump à expulser des migrants vers des pays tiers sans leur donner la possibilité de démontrer qu’ils pourraient être lésés.
Mais la légalité de ces expulsions est contestée dans le cadre d’un procès fédéral à Boston, une affaire qui pourrait potentiellement revenir devant la Cour suprême, à tendance conservatrice. Un groupe de huit migrants expulsés des États-Unis a déjà été pris en charge par les autorités du Soudan du Sud le mois dernier. Une seule d’entre elles était originaire de ce pays, les autres venaient de Cuba, du Laos, du Mexique, de Birmanie et du Vietnam.
Ils ont été détenus pendant des semaines dans un conteneur maritime aménagé sur une base militaire américaine à Djibouti, pendant que la bataille juridique concernant leur expulsion se poursuivait. Le Soudan du Sud, qui s’oriente vers la guerre civile, a refusé de révéler leur lieu de détention ni le sort qui leur est réservé. En juillet 2025, cinq personnes en situation irrégulière aux États-Unis et originaires du Vietnam, de la Jamaïque, de Cuba, du Yémen et du Laos avaient aussi été expulsés vers l’Eswatini, petit pays d’Afrique australe anciennement appelé Swaziland, l’administration Trump ayant expliqué que leurs propres pays refusaient de les accueillir. Ils sont détenus à l’isolement pour une durée indéterminée.
Une source rwandaise s’exprimant sous le sceau de l’anonymat, a indiqué que Washington avait déjà transmis aux autorités rwandaises une première liste de dix noms.
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