Riposte africaine au Covid-19 : les propositions des experts

Riposte africaine au Covid-19

Riposte africaine au Covid-19 | Le Covid-19 va impacter durablement les économies africaines, quelle que soit la durée de la pandémie, de l’avis de plusieurs experts de l’évaluation des politiques publiques sur le continent noir. Parmi eux, les invités du «Live 35°Nord- La Tribune Afrique» du 23 avril 2020.

Il faut que le continent africain se dote d’une efficace «riposte face au Covid-19». C’est le terme transversal qui transparait dans les conclusions d’Ibrahim Assane Mayaki (Secrétaire exécutif de l’AUDA-NEPAD -Agence de planification et de coordination de l’Agence de développement de l’UA, établie en 2001), de Vera Songwe, Secrétaire exécutive de la CEA (Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique), d’Olakounlé Gilles Yabi, Fondateur de Wathi (laboratoire d’idées) et de Jean-Luc Konan, Président directeur général de la Cofina (Compagnie financière africaine). Pour mettre en musique une riposte utile, il est important de mettre un mot sur la nature des répercussions à moyen et à long terme du Covid-19 sur le continent berceau de l’Humanité.

Riposte africaine au Covid-19 : L’importance du rôle des États et gouvernements

Entre défis sanitaires de l’heure, réajustements budgétaires à opérer et service de la dette à continuer à assurer, la marge de manœuvre des Etats africains est à la fois complexe, réduite et commandée par l’urgence. «Le rôle des États et des gouvernements est important, mais ils ne peuvent pas régler seuls cette crise, sans y associer le secteur privé et les communautés locales», avertit le diplomate Mayaki. Pour ce faire, insiste-t-il, «il est nécessaire d’avoir un espace fiscal plus important. Nous devons avoir de l’oxygène. Il faut négocier cette dimension avec les institutions internationales et avec la Chine, qui détient 40% de la dette africaine».

La patronne de la CEA, Vera Songwe, épouse cette approche précitée du paiement de la dette africaine en pleine pandémie. Toutefois, avec la précision : «L’Afrique ne demande pas une annulation de sa dette dont la grande partie reste la dette commerciale, mais un moratoire sur le paiement du service de la dette sur deux ans. Il faut d’abord répondre à la crise humanitaire, ce qui demande un espace fiscal». «Si aujourd’hui les Africains ne peuvent pas payer le service de leur dette commerciale, ils entrent automatiquement en défaut. Nous ne le souhaitons pas», prévient encore V. Songwe.

Riposte africaine au Covid-19 : Ratisser large en pensant «la riposte anti-Covid-19»

Selon des études récentes de la CEA, «l’économie africaine devait croître normalement de 3,2% en 2020. Avec le Covid-19, dans le meilleur des cas, on aura 1,8% de croissance. Mais quand le taux de croissance est inférieur à 3%, nous créons des “pauvres’ ; 48 millions de pauvres potentiellement en plus». Une perspective qui amène les intellectuels et décideurs africains à lorgner vers des solutions africaines fondées sur davantage d’inclusion dans les économies du continent pour penser l’après-Covid-19.

«90% des entreprises qui opèrent en Afrique sont des PME, constituant près de 60% des emplois : c’est l’écosystème prioritaire qu’il faut soutenir. ‘Cash is king’ : il faut mettre à disposition des institutions financières des liquidités massives pour soutenir les entrepreneurs africains», propose sans détours Jean-Luc Konan. Une lecture du PDG de la Cofina sous forme de prospective économique panafricaine qui a le mérite de projeter durablement l’Afrique dans la période post-Covid-19. Sous des perspectives nouvelles. «Les problèmes structurels étaient déjà présents avant la crise et resteront présents après celle-ci. Raison pour laquelle il est important de continuer à travailler sur ces questions. Il faut entre autres veiller aux inégalités qui seront renforcées à la sortie de la crise, re-politiser la question des inégalités, devant les questions de croissance économique. Concernant la politique, l’après Covid-19 doit conduire à une redéfinition du rapport de confiance entre les gouvernants et les gouvernés», renforce Gilles Yabi. Pour muscler et huiler davantage les pistes de solution de l’après-Covid-19, Jean-Luc Konan propose mieux : «Pour soutenir le secteur informel, profitons des perturbations de la logistique internationale pour soutenir les chaînes de distribution locale et injecter des capitaux dans nos économies nationales (…) Il faut des lignes de financement pour les secteurs économiques quasiment à l’arrêt (hôtellerie, restauration…) afin qu’ils puissent traverser la crise». Forte de son expertise en matière financière en Afrique, la Cofina va plus loin, en insistant sur le fait que «les institutions financières ont besoin d’un mix de différentes mesures (refinancements, garanties…) afin d’apporter des réponses adaptées selon les secteurs, et permettre à l’activité économique de continuer tant que possible en Afrique».

Riposte africaine au Covid-19 : Nouvelles pistes de réflexion

Convaincu que la crise pandémique actuelle offre également l’occasion d’explorer de nouvelles pistes de réflexion autour de l’intégration économique, Gilles Yabi fait ce rappel utile:«La ZLECA offre de nouvelles opportunités pour se refocaliser sur la production africaine. C’est un impératif pour la création d’emplois, un besoin important pour l’avenir du continent. Cela est davantage vrai aujourd’hui avec la crise liée au Covid-19 qui montre les limites des échanges internationaux et des chaînes de valeurs internationales».

Toutes choses que s’approprie Ibrahim Assane Mayaki, en soulignant que «la définition que nous donnerons du développement en Afrique sera différente après la crise» ! «Pour conclure, les mots qui me viennent à l’esprit pour définir ce moment unique que nous vivons sont flexibilité, adaptabilité, digitalisation et solidarité», schématise et caricature aussi Jean-Luc Konan.

GGKE

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