Tunisie : qui est Hichem Mechichi, le choix surprenant du président Kaïs Saïed pour le poste de chef du gouvernement ?

Le PM MECHICHI

TUNIS (© 2020 Afriquinfos)- Douze jours après la démission d’Elyes Fakhfakh, emporté par un scandale de conflit d’intérêts et poussé vers la sortie par l’hostilité du parti islamiste Ennahdha, qui lui avait retiré sa confiance, la Tunisie s’est peut-être trouvé un nouveau chef du gouvernement, en la personne d’Hichem Mechichi. Peut-être, car l’ancien ministre de l’Intérieur du gouvernement Fakhfakh, technocrate indépendant, énarque et issu de l’administration, devra d’abord obtenir la confiance d’un Parlement morcelé.

Mechichi, 46 ans, était encore inconnu du grand public il y a six mois. Diplômé en droit, et diplômé du cycle supérieur de l’École Nationale d’Administration française (2002), il a dirigé les cabinets de Neïla Chaâbane, secrétaire d’État à la famille et l’enfance (2014), de Mahmoud Ben Romdhane, ministre du Transport (2014-2016), puis ministre des Affaires sociales (2016). Il passera ensuite par le cabinet de la ministre de la Santé, sous les ministres Samira Meraï et Imed Hammami. Serviteur loyal, il a montré qu’il pouvait travailler avec des dirigeants d’obédiences politiques opposées. Début 2020, il est appelé par le nouveau président de la République, Kaïs Saïed, et intègre le cabinet présidentiel en qualité de conseiller juridique. Un poste qu’il n’occupera que quelques jours : son profil d’indépendant compétent et consensuel lui vaut d’être nommé au très stratégique ministère de l’Intérieur, dans le gouvernement d’Elyes Fakhfakh, début février.

Un choix en prélude à une dissolution de l’Assemblée ?

Sa nomination, voulue par le président Kaïs Saïed, qui a souhaité imposer son choix et ses critères aux partis, qui se déchirent en permanence, n’en demeure pas moins une surprise. Peu connu du grand public, disposant d’une expérience très limitée de la politique parlementaire (et des manœuvres obliques qui vont avec), novice en économie, alors que le pays traverse la pire récession de son histoire moderne, Mechichi va devoir faire ses preuves.

Les observateurs se perdent en conjectures. Certains saluent « le coup de génie » du président Saïed, qui nomme ainsi un chef du gouvernement « à sa main ». D’autres interprètent cette nomination comme une promesse de dissolution : en effet, si Mechichi échoue à obtenir la confiance du Parlement, le président pourra dissoudre l’Assemblée élue en octobre 2019, pour affaiblir le parti islamiste Ennahdha (54 sièges sur 217, premier groupe).

Mais cette option est très risquée. Outre qu’elle ferait encore perdre plusieurs mois précieux au pays, rien ne garantit que la carte politique soit très différente, ou moins morcelée. Beaucoup prêtent au président la volonté de créer un parti, qui relaierait ses idées et appuierait ses propositions à l’Assemblée. Mais ce parti est toujours dans les limbes. Pourra-t-il voir le jour et se transformer en machine électorale en l’espace de trois mois ? Il est permis d’en douter.

 

K.A.N.

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