Dix ans après la disparition de Kadhafi, l’opinion africaine divisée entre un ‘panafricaniste et un autoritaire’

Tripoli (© 2021 Afriquinfos)- Il y a 10 ans, les images d’un Mouammar Kadhafi, ébouriffé, hagard et ensanglanté apparaissaient à la télévision. Le Guide de la révolution libyenne venait d’être capturé par les rebelles montés de toutes pièces dans son fief à Syrte. Il sera exécuté quelques heures plus tard et ce sera le début de la descente aux enfers pour son pays qui ne connaîtra plus la stabilité jusqu’à nos jours.

Celui qui a dirigé la Libye de 1969 jusqu’à sa mort en 2011, demeure dans la mémoire collective en Afrique comme un grand dirigeant, notamment pour sa grande initiative des ‘Etats-Unis d’Afrique’. Mais il est aussi dépeint comme un dirigeant autocratique, qui ne laissait pas la place à des voix discordantes.

A chaque commémoration du décès de Mouammar Kadhafi, dans les médias et dans l’opinion publique sur le continent, le mot qui revient le plus pour parler de sa disparition, est «assassinat». Pour de nombreux africains, le sort réservé au «Guide de la Jamahiriya arabe libyenne» était indigne de la stature de l’homme d’Etat qu’il a été. Ceci, d’autant plus que les circonstances entourant sa mort sont restées longtemps floues.

Selon la version officielle des autorités libyennes, Kadhafi avait été tué lors d’un échange de tirs croisés nourris, aux côtés de son fils Mouatassim Kadhafi.  Mais, un an après son assassinat (en 2012), l’ONG Human Right Watch (HRW) était revenu totalement sur cette version dans un rapport de 50 pages intitulé « Death of a Dictator: Bloody Vengeance in Sirte » (« Mort d’un dictateur : Vengeance sanglante à Syrte »). Pour HRW, Mouammar Kadhafi avait été capturé vivant, même s’il saignait profusément d’une blessure à la tête qui aurait été provoquée par les éclats d’une grenade lancée par l’un de ses propres gardes, grenade qui aurait explosé au beau milieu d’eux, tuant son ministre de la Défense (Abou Bakr Younès).

Mouammar Kadhafi s’était alors fait rudement passer à tabac par les forces de l’opposition, recevant des coups de baïonnette aux fesses ; ce qui avait entraîné de nouvelles blessures et de nouveaux saignements. C’est alors que ses bourreaux avaient décidé de l’acheminer à Misrata, mais le temps que Mouammar Kadhafi arrive à Misrata, il était alors presque certainement mort et des images de son corps avaient alors commencé à circuler.

Son corps, ainsi que celui de son fils Mouatassem, furent exposés le lendemain dans une chambre froide d’un marché de Misrata, où des milliers de libyens se succédèrent pour le voir. Cinq jours après, le 25 octobre, à l’aube, Mouammar Kadhafi et son fils Mouatassem furent inhumés dans le désert libyen, dans un lieu tenu secret.

La mort le 20 octobre 2011 de Mouammar Kadhafi, après 42 ans d’un règne qualifié d’autoritaire, avait pourtant été perçue en Afrique comme une injustice. L’intervention internationale controversée, lancée sous l’égide de l’Otan, avait contribué à la chute du dirigeant libyen, qui bénéficiait d’une grande côte de popularité sur le continent. Ses nombreuses initiatives pour rapprocher les Etats africains, la construction de mosquées à travers tout le continent les importants financements qu’il accordait aux pays africains, avaient fait de lui, un des dirigeants les plus adulés en Afrique.

Son assassinat mettra fin à son grand projet d’Etats Unis d’Afrique mais plongera aussi son pays dans un chaos qui prévaut jusqu’à nos jours. La Libye reste divisée entre un gouvernement de Tripoli, reconnu par l’ONU et les soldats du maréchal Haftar, maîtres de l’est du Pays. Le pays est confronté à de nombreuses crises : manque de cohésion dans le système de gouvernance, corruption, un système sécuritaire complètement fragmenté, risque de partition entre l’est et l’ouest.

Mais après plusieurs années de combat, la situation semble s’être apaisée depuis quelques mois.  « Cela fait donc plus de 16 mois que le niveau de violence est beaucoup plus bas qu’avant juin 2020. Beaucoup moins de civils sont tués, moins de groupes armés s’affrontent. C’est la fin de la guerre chaude. La violence n’est plus journalière, hormis quelques escarmouches ici et là. C’est une forme de calme, pour ne pas employer le mot paix, sur laquelle il ne faut pas cracher », constate Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye contemporaine.

L’organisation d’élections législatives et présidentielles prévues en décembre fait miroiter une amélioration de la situation du pays. «On espère que les élections du 24 décembre conduiront à une vie meilleure, à la stabilité politique et à la sécurité, ainsi qu’à une transition civile vers un état de droit», souhaite pour sa part Ahmed al-Rashrash, un analyste libyen.

Boniface T.

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