Procès Sankara au Faso: Blaise Compaoré ne sera pas dans le box des accusés selon ses avocats

Ouagadougou (© 2021 Afriquinfos)- 34 ans tout juste après son assassinat, le procès de l’ex-président burkinabé Thomas Sankara et de ses compagnons, s’ouvre à Ouagadougou le 11 octobre 2021. Le chef du commando, M. Hyacinthe Kafando, toujours en fuite, et l’accusé le plus attendu, l’ancien président Blaise Compaoré, seront absents dans le box des accusés.

Exfiltré par les troupes françaises lors de l’insurrection populaire d’octobre 2014, ce dernier s’est réfugié en Côte d’Ivoire. En revanche, le général Gilbert Diendéré, qui dirigea les opérations, ainsi que M. Jean-Pierre Palm, alors chef d’état-major de la gendarmerie, seront, eux, bien présents, avec onze autres prévenus. Figure du panafricanisme, et ancien dirigeant du Faso, M. Sankara était assassiné lors d’un coup d’État le 15 octobre 1987. Les circonstances de ce crime sont restées obscures jusqu’à la chute du président Blaise Compaoré en 2014. Le procès, qui s’ouvre à Ouagadougou le 11 octobre, devrait lever un coin du voile.

Au pouvoir de 1983 à 1987, le capitaine Sankara promeut un développement économique autocentré, lutte drastiquement contre la corruption, soutient l’éducation pour tous et la libération des femmes. Ses orientations révolutionnaires et sociales – notamment sa dénonciation de la dette et des diktats des institutions financières internationales en juillet 1987 à la tribune de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) – font de lui un symbole d’émancipation toujours vivace en Afrique. Sa capacité à mobiliser la population burkinabé et son rayonnement international, en particulier ses positions en faveur de la Palestine, suscite l’irritation des chancelleries occidentales et des dirigeants africains « amis de la France ».

Sujet tabou pour Blaise Compaoré

Longtemps, la justice du régime de M. Compaoré (1987-2014) multiplie les manœuvres pour entraver l’enquête, en dépit des actions menées depuis l’étranger par des avocats et des militants burkinabés, notamment la campagne « Justice pour Thomas Sankara, justice pour l’Afrique ». Contre toute évidence, le certificat de décès de l’ancien président comporte la mention « mort naturelle » jusqu’en avril 2008. Il faut l’insurrection des Burkinabés pour débloquer la situation. En février 2015, sous la pression populaire, le gouvernement de transition rouvre le dossier. Les autorités nomment un juge d’instruction, M. François.

La mort de Thomas Sankara, leader révolutionnaire qui voulait « décoloniser les mentalités » et bouleverser l’ordre mondial en prenant la défense des pauvres et des opprimés, a été un sujet tabou pendant les 27 ans de pouvoir de M. Compaoré.

L’affaire a été relancée en 2015 par le régime de transition démocratique et un mandat d’arrêt émis contre M. Compaoré par la justice burkinabè en mars 2016.

Lors d’un voyage à Ouagadougou en novembre 2017, le président français Emmanuel Macron avait salué la mémoire de Thomas Sankara et annoncé la levée du secret-défense sur des documents relatifs à son assassinat.

« Enfin » la fin d’une longue attente

« On pourra dire, enfin, le procès va consacrer la fin de tous les mensonges, on aura une forme de vérité. Sauf que le procès ne pourra pas nous restituer notre rêve, le rêve du Burkinabè », a déclaré dans un entretien télévisé Halouna Traoré, ancien compagnon de Sankara et unique rescapé du coup d’Etat de 1987. Selon lui ce sera « à nous de savoir tirer les leçons, les enseignements de ce procès ».

Il a affirmé que le « procès nous amène à nous regarder dans le miroir, à voir le tort qu’on s’est fait nous-mêmes avec la complicité de l’extérieur, parce que le côté matériel du coup d’Etat s’est passé au Burkina, mais les commanditaires sont de l’extérieur ». Pour le Comité international mémorial Thomas Sankara (CIMTS), ce procès est « une victoire » qui montre que « le Burkina Faso, patrie des hommes intègres, est un Etat de droit dans lequel l’impunité n’est pas une valeur de référence ».

« C’est un privilège de pouvoir assister à l’aboutissement de cette longue attente », s’est réjoui le colonel Pierre Ouédraogo, président du CIMTS, qui commémore les 34 ans de l’assassinat du jeune dirigeant sous le thème « octobre, mois de la justice et d’hommage pour Thomas Sankara et ses compagnons ».

« C’est un espoir de justice », estime pour sa part Jean Hubert Bazië, ancien directeur de cabinet au ministère de la Justice sous la révolution sankariste, expliquant que des enfants de victimes « qui avaient 3 mois au moment de l’assassinat de leur père ont grandi dans l’espoir de voir ce procès aboutir ».

« C’est une occasion d’accéder à la vérité, de se comprendre et de connaître les acteurs de la révolution tels qu’ils sont et non tels qu’ils prétendaient être », a-t-il ajouté.

Pour Prosper Simporé, militant pro-Sankara, qui reste une figure populaire et enblématique dans son pays et en Afrique, le procès « permettra enfin à la famille Sankara et aux autres de faire leur deuil ».

Selon le CIMTS, « sauf contrainte de dernière minute », la veuve de Thomas Sankara, Mariam, qui vit depuis 1990 à Montpellier dans le sud de la France, devrait assister à l’ouverture du procès.

V.A.

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