Le Caire (© 2025 Afriquinfos)- Pour renforcer son influence politique et économique en Afrique, l’Égypte a officiellement lancé le 10 juin 2025, «sa Carte d’Investissement sur le continent africain». Son objectif, comme son nom l’indique, est de faire la cartographie des opportunités sur le continent. Et d’en informer le secteur privé et les investisseurs égyptiens.
Élaborée par l’Agence égyptienne pour le partenariat de développement, «la Carte d’Investissement sur le continent africain» a été au cœur de la récente tournée ouest-africaine du ministre des Affaires étrangères, Badr Abdelatty. Cette visite qui l’a mené au Nigeria, au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Sénégal, s’est faite avec une trentaine de dirigeants et représentants des principales grosses entreprises égyptiennes, issues de divers secteurs.
Le document lancé en juin dernier se veut désormais la boussole des investissements égyptiens. Pour l’ambassadeur Oussama El-Hady, Secrétaire Général adjoint de l’Agence égyptienne pour le partenariat de développement (EAPD), relevant du ministère des Affaires étrangères, «l’Égypte, avec sa position géographique stratégique et son rôle historique dans la région, cherche à consolider son influence politique et économique en Afrique. Cette initiative s’inscrit dans une volonté plus large de l’Égypte de promouvoir le développement durable et la prospérité partagée sur le continent».
Dans le détail, la «Carte d’investissement pour le continent africain» a été conçue de manière accessible et claire. Pour chaque pays africain -notamment ceux d’Afrique subsaharienne-, elle fournit les informations de base, les domaines d’investissement porteurs, les organismes compétents en matière d’investissement, ainsi que les principaux risques et obstacles. Elle prépare ainsi les investisseurs égyptiens aux défis qu’ils pourraient rencontrer sur le terrain.
La même Carte recense également les activités des entreprises égyptiennes déjà présentes dans chaque pays, tout en identifiant les secteurs d’avenir que les grandes entreprises comme les PME peuvent explorer pour créer des partenariats mutuellement bénéfiques.
«Nous estimons que les PME, en particulier, doivent constituer une priorité de notre politique économique, car elles ont un fort potentiel d’expansion sur les marchés africains. Cette initiative vise enfin à renforcer le rôle économique de l’Égypte en Afrique et à ouvrir de nouveaux débouchés pour les produits égyptiens», précise l’ambassadeur Oussama El-Hady.
Pour les autorités égyptiennes, il s’agit à travers cette carte, de voir au-delà des indicateurs tels que le PIB, mais comprendre la géographie économique et l’importance stratégique de chaque pays. «Cette méthode démontre que la richesse économique apparente d’un pays ne garantit pas nécessairement des opportunités d’investissement plus prometteuses. L’objectif est de déconstruire l’image stéréotypée d’un continent dénué de perspectives, en révélant le potentiel réel dans divers secteurs. Pour optimiser les retombées économiques, la Carte met également en lumière les blocs économiques régionaux, véritables tremplins vers des marchés plus larges», indiquent-elles.
Afrique, continent de l’avenir
«L’Afrique subsaharienne, par exemple, compte plusieurs regroupements-clés: la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC). Investir dans un seul pays membre de ces blocs peut ouvrir la voie à des opportunités transfrontalières, en facilitant l’accès à des marchés régionaux élargis», décortique encore Oussama El-Hady, Secrétaire Général adjoint de l’EAPD.
Et de préciser qu‘«investir en Côte d’Ivoire ou au Nigeria, par exemple, donne accès non seulement à ces économies en croissance, mais aussi aux marchés de dix autres pays membres de la CEDEAO. Ce bloc représente une population de plus de 400 millions de personnes et offre d’énormes opportunités, notamment dans l’agriculture, la région étant le premier producteur mondial de cacao.
La Tanzanie et le Kenya, membres de la CAE, servent de portes d’entrée stratégiques vers six autres pays. Grâce à sa position côtière, la Tanzanie constitue un hub logistique pour les pays enclavés, renforçant son attrait dans les secteurs des transports et de l’infrastructure. En Afrique centrale, le Cameroun, membre de la CEMAC, offre un accès direct à des pays comme le Gabon ou le Tchad, avec un potentiel important dans les domaines de l’énergie et de l’agriculture».
A la différence de certaines entreprises étrangères qui sont dans la logique du profit immédiat, la Carte recommande une vision à long terme, et encourage les partenariats avec les entreprises locales dans le cadre de projets conjoints. Cette approche renforce les relations Sud-Sud et permet également de profiter des accords régionaux, comme la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf), qui accorde des privilèges spécifiques aux entreprises africaines.
Boniface T.



