Luanda (© 2026 Afriquinfos)- Plus d’une dizaine de Chefs d’État africains ont pris part ce dimanche 30 Août à la 21e session extraordinaire de l’Union africaine (UA), consacrée au renforcement des mécanismes continentaux de prévention, de gestion et de résolution des conflits.
Ce Sommet proposé par l’Angola, avait pour mission de renforcer les mécanismes continentaux de prévention et de règlement des conflits, et l’adoption de mesures concrètes, avec un accent particulier sur le Mécanisme d’activation pour l’alerte précoce et l’action précoce.
Il a permis d’examiner les moyens de renforcer la capacité de l’Afrique et d’anticiper les crises et à déclencher des réponses avant l’escalade de la violence.
Parmi les principaux instruments examinés figure le projet de « Décision de Luanda », assorti d’un Plan d’action destiné à renforcer l’efficacité des mécanismes continentaux d’alerte précoce, de réponse rapide, de médiation et de prévention des crises.
Au cours de la rencontre, le Président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, a appelé à une accélération des réformes des mécanismes continentaux de paix et de sécurité, estimant que l’Afrique était confrontée à des défis de plus en plus complexes.
Il a dans son intervention cité notamment l’évolution du terrorisme et de l’extrémisme violent, les crises internes, les tensions interétatiques et les chocs extérieurs.
‘’Sommes-nous prêts à affronter ces défis avec les stratégies, les mécanismes et les ressources actuellement disponibles ? L’Architecture africaine de paix et de sécurité est-elle adaptée à ces circonstances ?’’, s’est interrogé Mahmoud Ali Youssouf.
Si les instruments existants ne répondent pas suffisamment à ces nouveaux défis, ‘’l’Afrique doit rapidement avancer sur des réformes’’, a-t-il souligné.
Le président de la Commission a plaidé pour un renforcement de la prévention et de l’alerte précoce, une meilleure coordination entre les différentes institutions et acteurs africains, ainsi qu’une approche globale dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent.
Il a également estimé que la fermeté face aux changements anticonstitutionnels de gouvernement devait demeurer essentielle, tout en allant de pair avec le dialogue.
L’UA appelle à la nécessité de renforcer le financement africain de la paix
Mahmoud Ali Youssouf a par ailleurs insisté sur la nécessité de renforcer le financement africain de la paix. Selon lui, l’objectif de « Faire taire les armes » à l’horizon 2030 ne peut plus dépendre principalement des ressources extérieures.
Il a, dans ce contexte, appelé au renforcement du Fonds pour la paix de l’UA et à un renouvellement du soutien à la résolution 2719 du Conseil de sécurité des Nations Unies.
‘’La volonté politique reste la pierre angulaire de nos efforts collectifs’’, a déclaré le président de la Commission de l’UA.
La voie à suivre, a-t-il ajouté, devra être guidée par la prévention, la coordination, un financement durable, la responsabilité ainsi qu’un suivi et une évaluation efficaces des mécanismes continentaux de prévention et de résolution des conflits.
Ouvrant les travaux, le ministre burundais des Affaires étrangères et président en exercice du Conseil exécutif de l’UA, Édouard Bizimana, a pour sa part rappelé les progrès réalisés par le continent dans la mise en place de mécanismes collectifs de paix et de sécurité.
Il a toutefois relevé une recrudescence « alarmante » des crises politiques et sécuritaires en Afrique, évoquant notamment le terrorisme et l’extrémisme violent, la criminalité transnationale, les tensions interétatiques, les changements anticonstitutionnels de gouvernement, les crises humanitaires, l’insécurité climatique et les nouvelles menaces technologiques.
Les participants à la réunion de Luanda doivent examiner des projets de décision, un plan d’action et une matrice de mise en œuvre relatifs au renforcement des mécanismes africains de prévention et de résolution des conflits, avant leur transmission à la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’UA.
L’Union africaine dispose d’un vaste dispositif institutionnel pour surveiller les risques pesant sur la paix et la sécurité, notamment le Conseil de paix et de sécurité, le Système continental d’alerte précoce, le Groupe des sages, les mécanismes de médiation et le Fonds pour la paix.
Malgré ces instruments, le continent continue de faire face à des situations dans lesquelles les signes avant-coureurs d’une crise sont identifiés suffisamment tôt, mais où la réponse politique ne suit pas le rythme de la dégradation de la situation, permettant à des tensions initialement maîtrisables de dégénérer en affrontements de plus grande ampleur.
C’est précisément dans cet espace entre l’alerte et la réponse que le Sommet de Luanda entend concentrer son attention, avec des discussions consacrées au renforcement du Mécanisme d’activation pour l’alerte précoce et l’action précoce, conçu pour établir des critères permettant de déclencher des mesures diplomatiques, politiques ou de médiation lorsque certains niveaux de risque sont atteints.
La mise en œuvre effective de ce mécanisme pourrait constituer une avancée significative dans la capacité de prévention de l’organisation, notamment s’il permet de définir clairement les indicateurs justifiant une intervention, les structures habilitées à prendre les décisions et les instruments à mobiliser en fonction de chaque situation.
L’objectif est de faire en sorte que les alertes produites par les mécanismes africains ne se limitent pas à des rapports, mais se traduisent par des décisions susceptibles d’empêcher une crise d’atteindre le point où la violence devient inévitable.
Le financement, l’un des principaux défis
La capacité d’intervention de l’Union africaine dépend également de la disponibilité de ressources permettant de financer ses initiatives de prévention, de médiation et de maintien de la paix. La question du financement devrait, à ce titre, occuper une place importante dans les discussions des dirigeants africains.
Le Fonds africain pour la paix comprend des volets consacrés à la médiation et à la diplomatie préventive, au renforcement des capacités institutionnelles ainsi qu’au soutien aux opérations de paix autorisées par le Conseil de paix et de sécurité. Toutefois, la pérennité de ces initiatives demeure tributaire d’une augmentation des contributions africaines et de mécanismes de financement plus prévisibles.
La recherche d’une plus grande autonomie financière revêt une importance particulière face à la nécessité de réduire la dépendance à l’égard des partenaires extérieurs et de garantir que les décisions relatives aux priorités du continent en matière de paix et de sécurité puissent être accompagnées des moyens nécessaires à leur mise en œuvre.
En l’absence d’un financement adéquat, même les mécanismes d’alerte et de prévention les plus avancés risquent de perdre en efficacité, notamment lorsqu’une réponse exige le déploiement rapide de médiateurs, d’experts ou de forces d’appui à la paix dans les zones de crise.
La mobilisation annoncée autour de cette rencontre traduit, selon les organisateurs, l’importance accordée par les États membres à la consolidation des capacités africaines de prévention et de règlement des conflits, notamment en s’attaquant à leurs causes profondes.
V.A.



