Xénophobie subite sud-africaine, réponse à des inconduites graves d’autres Africains tues par pudeur diplomatique?

Les récents épisodes de tension ont ravivé, à l'échelle du continent africain, les débats sur la xénophobie, les migrations et la contradiction entre le discours panafricaniste et les réalités auxquelles sont confrontés de nombreux migrants africains.

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Une marche de protestation contre les migrants sans-papiers, organisée par les groupes March and March et Operation Dudula au Cap, le 23 mai 2026 en Afrique du Sud.
Une marche de protestation contre les migrants sans-papiers, organisée par les groupes March and March et Operation Dudula au Cap, le 23 mai 2026 en Afrique du Sud.

Le Nigeria a entamé une opération de recensement et de sélection de ses ressortissants souhaitant rentrer volontairement d’Afrique du Sud, dans un contexte de tensions croissantes visant les immigrés, a indiqué ce 05 juin 2026 le porte-parole du ministère nigérian des Affaires étrangères.

Cette initiative intervient quelques jours après une opération similaire menée par le Ghana, qui a rapatrié fin mai 2026 quelque 300 de ses ressortissants d’Afrique du Sud. Au cours des dernières semaines, l’Afrique du Sud a été le théâtre de manifestations anti-immigrés, accompagnées d’allégations d’agressions et d’actes d’intimidation visant des ressortissants africains.

Une femme, portant un t-shirt orné du logo de 'March and March', tient un drapeau sud-africain lors d'une manifestation contre les immigrants illégaux à Goodwood, en banlieue du Cap, le 30 mai 2026 en Afrique du Sud.
Une femme, portant un t-shirt orné du logo de ‘March and March’, tient un drapeau sud-africain lors d’une manifestation contre les immigrants illégaux à Goodwood, en banlieue du Cap, le 30 mai 2026 en Afrique du Sud.

« Le recensement a débuté hier. Le nombre total de personnes concernées ne sera connu qu’à l’issue de cette opération, prévue demain (soirée du 06 juin). Nous nous attendons à accueillir plus de 1.000 personnes », a projeté ce 05 juin à l’AFP Kimiebi Ebienfa (porte-parole du ministère nigérian des Affaires étrangères).

La Haute Commission du Nigeria à Pretoria a indiqué dans une note d’information datée du 02 juin et adressée à la communauté nigériane en Afrique du Sud que « les dates de départ des ressortissants ayant passé avec succès la procédure de sélection seront communiquées après ladite procédure ». « La Haute Commission a négocié avec les autorités du pays d’accueil des dérogations pour toutes les infractions liées à l’immigration, ainsi, les personnes se présentant au contrôle ne seront ni arrêtées ni placées en détention pendant toute la durée du contrôle, jusqu’à leur départ« , précise le document.

Comment l’Afrique du Sud a pu changer si subitement?

Le pays est depuis longtemps une destination pour les travailleurs africains, malgré un chômage local très élevé et la pauvreté qui touche sa population (surtout noire). Il compte environ trois millions d’immigrés en situation régulière (5,1% de la population), selon les statistiques officielles. Près des deux tiers de ces migrants proviennent d’Afrique australe, notamment du Zimbabwe et du Malawi, ainsi que de la République démocratique du Congo. Certains viennent aussi d’Afrique de l’ouest, dont le Nigeria.

Le Nigeria est l’une des premières économies d’Afrique où une élite de riches acteurs du pétrole et du gaz cohabite avec l’extrême pauvreté d’une grande partie de la population (plus de 230 millions d’âmes). En mai 2026, le Président sud-africain Cyril Matamela Ramaphosa a tenté de rassurer les autres pays africains, affirmant que des « opportunistes » avaient orchestré ces attaques xénophobes et qu’« il n’y a pas de place en Afrique du Sud pour la xénophobie, la mobilisation ethnique, l’intolérance et la violence« .

Les récents épisodes de tension ont ravivé, à l’échelle du continent africain, les débats sur la xénophobie, les migrations et la contradiction entre le discours panafricaniste et les réalités auxquelles sont confrontés de nombreux migrants africains.

Le Ghana plaide avec une insistance croissante pour une prise en compte continentale de cette problématique et a exprimé, lors des débats au sein de l’Union Africaine, sa vive préoccupation face aux violences xénophobes. Accra estime que la répétition de ces attaques compromet les efforts d’intégration africaine et fragilise les ambitions de libre circulation portées notamment par le Secrétariat de la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) dirigée par un Sud-Africain, Wamkele Mene.

Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a dit avoir officiellement demandé que « les attaques xénophobes perpétrées en Afrique du Sud contre des Africains soient inscrites à l’ordre du jour » de la réunion semestrielle de l’Union Africaine, prévue en juin 2026.

@Afriquinfos & AFP