Une Bible produite par 25 sociétés bibliques « par et pour les femmes d’Afrique » pour une lecture réaliste et pratique de la foi

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Les 1.800 pages de la Bible ont donc été enrichies d'articles thématiques abordant de façon très pratique des sujets parfois délicats tels qu'avortement, drogues, monoparentalité, homosexualité, dépression, viol.

Parce qu’elles aussi « ont droit au chapitre », une Bible « par et pour les femmes d’Afrique » propose une lecture féminine des textes bibliques, enrichis de portraits et de méditations sur des sujets actuels et souvent sensibles.

Cette « Bible de méditation par les femmes d’Afrique », mise au point par 25 sociétés bibliques d’Afrique, est la version française d’un ouvrage publié en mars 2021 en anglais, sur la base d’une collaboration en anglais, français et portugais. Dans sa version française publiée au printemps, elle reprend intégralement le texte de la « Bible Nouvelle français courant » de 2019, dont l’une des particularités est son accessibilité, avec un langage clair et contemporain.

Une Bible « par et pour les femmes d’Afrique » propose une lecture féminine des textes bibliques, enrichis de portraits et de méditations sur des sujets actuels et souvent sensibles.

La nouveauté est que les autrices africaines y ont injecté une perspective féminine. « A l’heure où le centre de gravité du christianisme se déplace vers le continent africain, les femmes de ce continent prouvent qu’elles ont droit au chapitre et que leurs perspectives doivent peser », expliquait lors du lancement de l’ouvrage la pasteure et théologienne Victoria Kamondji-Johnston.

Aussi, derrière la couverture fuchsia, les femmes sont-elles mises en avant: 51 portraits illustrés jalonnent l’ouvrage, depuis Eve (la première femme) jusqu’à Marie (la mère de Jésus), en passant par la prophétesse Anne. « Les grands personnages bibliques qu’on connaît – Moïse, Abraham, Noé, Jésus entre autres – sont des hommes, mais il y a aussi plein de femmes qui ont joué toutes sortes de rôles. On a choisi de les mettre en lumière pour dire aux femmes: c’est votre livre aussi », déclare Elsbeth Scherrer, la directrice éditoriale de l’Alliance biblique universelle (ABU).

Car « les femmes africaines et chrétiennes font face à des défis spécifiques », ajoute-t-elle, en allusion au « rôle second » qui leur est encore souvent dévolu dans la société comme dans l’Eglise. Et ce, alors même qu’elles représentent « de 60 à 70% » des Eglises africaines.

– Sujets « tabous » –

Les 1.800 pages de la Bible ont donc été enrichies d’articles thématiques abordant de façon très pratique des sujets parfois délicats tels qu’avortement, drogues, monoparentalité, homosexualité, dépression, viol… « Le temps est bien révolu où les femmes n’osaient pas prendre la parole pour évoquer des sujets considérés comme tabous! », souligne Victoria Kamondji-Johnston. Au total, 52 articles ont été écrits par des pasteures et théologiennes, mais aussi des expertes en divers domaines (sociologues, juristes…).

Il s’agit « d’éclairer ces sujets complexes à partir des textes bibliques, de manière à encourager les femmes pour qu’elles se sentent valorisées, à reconnaître que devant Dieu, elles ont exactement la même place que les hommes, et leur montrer de façon spécifique où la Bible est beaucoup plus progressiste qu’on veut bien dire », explique Mme Scherrer, qui voit là « un outil de réflexion, de progrès personnel et communautaire ».

Un exemple? L’entrée « Héritage », sujet qui reste en Afrique « une prérogative des hommes ». La Bible rappelle que Moïse a donné raison aux cinq filles de Selofad réclamant l’héritage dont elles avaient été privées. « Tout le problème est que, si on ne prend pas la peine de lire en profondeur et d’y réfléchir vraiment, la Bible peut être utilisée pour justifier tout et n’importe quoi », soupire Mme Scherrer.

Pour permettre une lecture complète en un an, l’ouvrage propose un découpage en 365 parties, enrichies chacune d’un court texte de méditation ancré dans la vie quotidienne. Des cartes et plans sont joints en annexe et de petits encadrés sur chacun des pays africains jalonnent le livre.

Avec ces choix éditoriaux, la démarche « n’est pas militante », mais on est dans « une approche d’autonomisation, d’+empowerment+ », résume Elsbeth Scherrer. L’ouvrage, distribué depuis le printemps dans les pays d’Afrique francophone, devrait également sortir dans une version portugaise sous peu, explique-t-elle. Et l’initiative pourrait faire tache d’huile, puisque selon elle « la société biblique indienne envisage de s’en inspirer pour adapter le concept ».

© Afriquinfos & Agence France-Presse