Kinshasa (© 2025 Afriquinfos)- Pour ceux qui n’auraient pas lu ce grand roman d’In Koli Jean Bofane, Congo Inc. «Le testament de Bismarck», cette satire nous raconte l’histoire du pygmée Isookanga, venu à Kinshasa, bien décidé à prendre toute sa part dans la mondialisation. Pour ce faire, il s’associe à un expatrié chinois, rêvant de participer au grand développement de la haute technologie de son pays. Las, les convoitises étrangères sur les minerais dont regorge la RDC le mettront rapidement en prise avec les nouveaux colons et les politiques prédateurs, pour une issue que chacun pourra aisément deviner.
Il semble que ce 4 décembre 2025 nous ait offert la version 2 de cette histoire, sauf que cette fois, elle a pris la forme bien réelle du Président Tshisekedi signant l’Accord de Partenariat Stratégique USA-RDC.
En effet, il existe des accords internationaux qui rééquilibrent des rapports de force. D’autres qui consolident des alliances. Et puis il y a ceux qui, sous couvert de partenariat stratégique, ressemblent davantage à un acte de donation bilatérale déguisé en coopération. Le texte signé récemment entre les États-Unis et la République démocratique du Congo appartient résolument à cette dernière catégorie. Un accord si asymétrique qu’il s’apparente à un contrat léonin.
Car enfin, comment appeler «partenariat» un dispositif où les obligations sont fermes et massifs d’un côté, et les engagements essentiellement fumeux de l’autre? La RDC s’engage à transformer sa fiscalité, réformer ses entreprises publiques, réécrire ses lois, restructurer sa gouvernance minière, et surtout orienter des flux commerciaux entiers vers un corridor imposé, garantir un accès préférentiel aux entreprises américaines et soumettre la quasi-totalité de ses décisions stratégiques à un comité binational (JVC) où l’égalité des sièges masque difficilement l’inégalité des rapports de force.
Les États-Unis, eux, promettent d’envisager, d’explorer, de considérer, peut-être de soutenir, possiblement de mobiliser. À ce niveau-là, le verbe devient une ressource stratégique plus précieuse que le cobalt.
On peut toujours admirer la finesse rhétorique des diplomates américains, leur capacité à maintenir l’illusion d’une réciprocité. L’accord en effet parle d’opportunités pour la RDC, mais sans jamais les définir autrement que comme des horizons lointains.
On y lit des perspectives d’industrialisation, mais sans obligations chiffrées, sans calendrier, sans assurance. L’assistance technique est présentée comme un cadeau, alors qu’elle est destinée à aider la RDC à se conformer plus efficacement aux besoins américains et vient en contrepartie d’un accès quasi illimité aux ressources congolaises.
Pendant ce temps, Washington, tire des bénéfices concrets et critiques dans sa rivalité avec la Chine. Il obtient ainsi la priorité sur les minerais critiques, ce « nouveau pétrole » à travers les réserves d’actifs stratégiques ; un contrôle direct sur tous les projets liés via le Joint Steering Committee; un droit de préemption pour les entreprises américaines sur tous les nouveaux marchés ; une influence décisive sur les corridors logistiques ; une main mise indirecte sur l’évolution du cadastre minier ; et même la perspective d’une réserve stratégique de minerais conservées en RDC pour le bon usage pratiquement exclusif, puisque garantit par un droit de première offre, aux américains.
En somme Donald Trump a vendu une paix qu’il ne peut fournir contre un droit de préemption sur des actifs stratégiques présents et futurs, et un droit d’exploitation des projets clés qu’il définira lui-même au sein du Joint-Venture Committee. Mais à la limite, il est le moins coupable des deux : il utilise sa force en bon président neo-colonial uniquement intéressé par les gains économiques pour son pays.
Que dire en revanche de Felix Tshisekedi?
Lui le garant de la souveraineté de son pays, qu’il a déjà échoué à préserver sur le plan territorial, et qu’il brade désormais sur le plan économique. Tel Esaü qui vendit son droit d’aînesse et donc son avenir contre un plat de lentilles, Felix Tshisekedi a cédé la gestion de ses ressources minérales, et donc le cœur du développement de son pays.
Et contre quoi? Une hypothétique protection? Du temps pour pouvoir se réarmer et « finir le travail » contre le M23 et le Rwanda ? Une reconnaissance des Etats-Unis ? Nul doute qu’il y sera désormais toujours bien reçu tant il est rare de trouver un dirigeant capable de faire gagner autant à Washington sans avoir à sortir le moindre chèque.
En tout état de cause, on peine à deviner quelle stratégie il suit tant les errements et les revirements sont légion depuis 2018, et plus encore la prise de Goma en janvier 2025. Difficile également d’évaluer la sincérité de l’engagement américain puisque dans le même temps, le Cadre de prospérité économique mutuelle signé entre les USA et le Rwanda n’a pas été rendu public…
Que faire désormais?
Pour tous les patriotes congolais, ceux restés lucides à tout le moins : faire pression pour que l’accord soit présenté pour ratification au Parlement et que les députés prennent leur responsabilité pour que celui-ci soit rééquilibré. Se mobiliser pour que la RDC refuse toute forme de priorité automatique accordée aux entreprises américaines, car un pays qui laisse un autre choisir avant lui dans ses propres ressources n’est plus souverain mais locataire de son sous-sol.
Exiger que les engagements américains deviennent contraignants, chiffrés, vérifiables, que la transformation locale ne soit pas une promesse mais une condition, que l’appui à Inga et aux infrastructures ne soit pas un éventuel peut-être mais un engagement signé et budgétisé.
Réaffirmer que le JSC ne peut pas être un Conseil d’administration de la RDC, et que la gouvernance minière congolaise n’est pas une copropriété. Un partenariat véritable n’est ni un cadeau ni une capture. Il suppose la réciprocité. Et il est grand temps que la RDC se souvienne d’une chose essentielle : on ne défend pas sa souveraineté en applaudissant, mais en négociant. De préférence avec moins de griots et plus d’experts.
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