Taytu Betul, celle grâce à qui l’héritage de l’Empéreur Menelik II a connu une emphase singulière

Afriquinfos Editeur
7 Min de Lecture
Taytu Betul (DR-HistotiDunia)

Addis-Abeba (© 2026 Afriquinfos)-  Taytu Betul est né en 1851 dans une famille éthiopienne de la haute société qui revendiquait une descendance de la dynastie salomonique. Contrairement à de nombreuses femmes royales de son époque, elle reçut une éducation approfondie. Elle parlait couramment le ge’ez et l’amharique, s’est formée à la poésie classique et a appris à jouer de la begena, un instrument traditionnel éthiopien. Cette base linguistique, religieuse et culturelle façonna plus tard son autorité à la cour et sa confiance dans les affaires de l’État.

Taytu Betul (1851-1918) fut l’impératrice d’Éthiopie, épouse de Ménélik II. Mais elle ne fut pas seulement une souveraine de cour : elle exerça un pouvoir politique et militaire direct, notamment lors de la bataille d’Adoua en 1896, où elle commanda des troupes contre l’Italie.

Elle fût une femme, noble éthiopienne, qui, avec son mari, l’empereur Ménélik II, a régné sur l’Éthiopie de 1889 à 1913. On se souvient d’elle pour sa résistance et sa victoire contre les forces coloniales italiennes et pour son pouvoir politique à la cour royale. C’est elle qui a choisi l’actuelle capitale de l’Éthiopie et l’a nommée Addis-Abeba.

Née dans une famille aristocratique influente liée à la dynastie des Salomon vers 1840 ou 1851, selon les sources, à Debre Tabor, non loin du lac Tana, elle a été mariée pour la première fois à l’âge de dix ans, ce qui n’est pas inhabituel pour une fille noble à cette époque. Elle aurait eu une série de mariages malheureux et aurait finalement épousé son cinquième mari, le roi de Shewa, qui deviendra plus tard l’empereur Ménélik II. Au moment de leur mariage, elle avait déjà accumulé une certaine quantité de richesses et de propriétés.

Une femme impliquée

Le mariage de Taytu Betul et de Ménélik était aussi une union politique puissante, car les deux parties ont mis sur la table des alliances dans le nord et le sud de l’Éthiopie. Une fois devenus empereur et impératrice, Taytu Betul et Ménélik ont forgé davantage d’allégeances avec les différents dirigeants de la région, en partie par des prouesses politiques et en partie par la force militaire.

Ainsi, Taytu Betul ne voulait pas seulement être la femme de l’empereur, elle était aussi impliquée dans la plupart des décisions politiques, de la diplomatie et des campagnes militaires. Les historiens disent qu’elle était considérée comme l’égale de Menelik et qu’elle adoptait souvent une position plus dure que son mari sur certaines questions.

Taytu Betoul pousse son mari à se méfier des ambitions impérialistes italiennes. Elle est aussi connue pour son rôle de premier plan dans la guerre contre l’Italie qui a culminé avec la bataille d’Adwa. Elle a mobilisé 5.000 fantassins et 600 cavaliers dans la lutte contre les Italiens qui tentaient de coloniser l’Éthiopie. Taytu s’est aussi opposée avec véhémence aux accords avec l’Italie et au traité de Wuchale, qui faisait effectivement de l’Ethiopie un protectorat italien sur le papier.

Lorsque Menelik et Taytu se sont finalement lancés dans la bataille contre les Italiens, Taytu a joué un rôle crucial dans la stratégie et la conduite de ses troupes sur le front. Elle a remporté une victoire importante dans un fort construit par les Italiens à Mekelle, où elle les a vaincus en coupant leur approvisionnement en eau.

L’Éthiopie avait eu son lot de femmes puissantes, mères ou épouses de dirigeants, et de nombreuses femmes se sont jointes aux campagnes militaires, souvent pour soutenir les armées en faisant de la cuisine, du ménage ou du soutien moral. Il était moins fréquent que les femmes commandent des troupes entières comme le faisait Taytu. Dans certaines représentations artistiques de la bataille d’Adwa, on la voit au milieu de combats acharnés, même s’il n’y a cependant aucune preuve prouvant qu’elle ait pris les armes elle-même. Elle savait lire et écrire, ce qui la rendait unique. Taytu aimait aussi jouer aux échecs, écouter de la musique et même jouer de la Begena à cordes.

La mort de Ménélik

En 1909, Ménélik est victime d’une attaque cérébrale et Taytu prend alors en charge une grande partie du travail politique, dirigeant elle-même le pays. Mais ses rivaux de la famille royale feront ensuite pression sur elle pour qu’elle abandonne le pouvoir. Certains historiens pensent qu’elle était devenue trop puissante au goût de beaucoup.

À la mort de Ménélik en 1913, Taytu est finalement chassée du palais principal et son influence politique s’estompe, avant sa mort en 1917.

L’histoire et le parcours de Taytu Betul est connue grâce, à la fois aux traditions orales, ainsi que par des documents écrits et visuels. Des gens à la cour éthiopienne, des diplomates étrangers, des prisonniers de guerre italiens et même des lettres de Taytu elle-même la décrivent en détail. Un ingénieur suisse, Alfred Ilg, qui a travaillé pour l’empereur et l’impératrice, a également documenté le couple grâce à des photographies qui nous donnent un aperçu de la vie au palais.

Son importance tient à ce qu’elle incarne la résistance africaine à la colonisation, à une époque où la course à l’Afrique submergeait le continent. Moins une figure symbolique qu’une actrice stratégique, elle participa à la dénonciation du traité de Wuchale et à la fondation d’Addis-Abeba, la capitale éthiopienne.

À la fin du XIXe siècle, les empires européens déchiraient l’Afrique, forçant les royaumes anciens à se soumettre. De l’Afrique de l’Ouest aux Grands Lacs, les monarques ont été dépouillés de leur pouvoir alors que les drapeaux coloniaux remplaçaient la domination indigène. L’Éthiopie s’est distinguée comme une rare exception. Au centre de sa résistance se trouvait Taytu Betul, une impératrice éthiopienne dont la détermination politique et l’implication militaire ont aidé à bloquer la tentative de l’Italie de transformer l’empire en colonie.

V.A.