Face à l’escalade militaire dans l’est de la RDC, où le groupe armé M23 et les Forces rwandaises continuent à progresser, les Européens hésitent sur des sanctions pour renforcer la pression sur Kigali.

Mais c’est un « processus lent, lourd », qui nécessite une adoption à l’unanimité du Conseil de l’UE, « et nous n’y sommes pas encore », confie un diplomate européen. Parmi les autres options, la suspension du partenariat UE-Rwanda sur les matières premières critiques signé en février 2024. Ce partenariat avait suscité l’ire du Président congolais Félix Tshisekedi, qui accuse le Rwanda de vouloir faire main basse sur les ressources minières de l’est congolais – ce que Kigali dément.

« C’est comme si l’Union Européenne nous faisait la guerre par procuration », avait-il lancé, « tout le monde sait que le Rwanda n’a même pas un gramme de ces minerais dits +critiques+ dans son sous-sol ». Autre possibilité: revoir « la Facilité européenne pour la paix dite +Cabo Delgado+ », qui prévoit un soutien financier pour le déploiement de l’Armée rwandaise dans la lutte antijihadiste au Mozambique. Kigali avait reçu à ce titre une nouvelle aide de 20 millions d’euros en novembre 2024. Toutefois, de telles mesures sont loin de faire l’unanimité à ce stade, selon plusieurs sources.
L’une d’elles, à Bruxelles, estime que « de toutes façons, des sanctions n’auraient aucun effet sur le terrain. Il est déjà trop tard ». La France, qui entretient de bons rapports avec les deux pays impliqués, est très active sur le dossier et semble privilégier pour l’instant une « diplomatie de coulisses » plutôt que coercitive. Emmanuel Macron s’est entretenu au téléphone avec les Présidents Tshisekedi et le Rwandais Paul Kagame ainsi qu’avec leurs homologues de la région (Angola, Burundi, Ouganda…). Son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s’est rendu à Kinshasa et Kigali jeudi et vendredi 31 janvier 2025 pour demander à nouveau le retrait des Forces rwandaises de RDC et la cessation des hostilités.
– « Partenaire précieux » –
« Nous avons fait un gros travail de rapprochement depuis 2019 sur les questions mémorielles avec le Rwanda (la France a reconnu ses responsabilités « lourdes et accablantes » dans le génocide des Tutsis de 1994, ndlr), c’est devenu un partenaire important, personne ne veut se le mettre à dos », souligne par ailleurs une source française. Londres a certes menacé de couper son aide au développement, mais d’autres hésitent à bousculer Paul Kagame, qui dirige son pays d’une main de fer tout en le développant à un rythme spectaculaire depuis 30 ans.
Avec un rôle de leadership régional important aux plans économique, diplomatique et militaire. « Le Rwanda est vu comme un partenaire sécuritaire précieux, un pays africain qui règle des problèmes africains » au Mozambique notamment, mais aussi en Centrafrique où ses soldats sont vus d’un bon oeil pour contrer l’influence russe de Wagner, rappelle-t-on à Bruxelles. C’est aussi l’un des principaux contributeurs aux Missions de maintien de la paix de l’ONU dans le monde.
Si les Etats-Unis ont eux aussi évoqué des sanctions, l’arrivée de la nouvelle Administration « ne facilite pas leur implication sur ce dossier, si tant est qu’ils aient envie de s’en saisir », ajoute la source française. Quant au Conseil de Sécurité de l’ONU, certains doutent qu’un consensus se dégage pour sévir contre Kigali, en raison de l’opposition probable de la Chine et de la Russie. Les pays africains siégeant au Conseil (Algérie, Somalie, Sierra Leone) ont également opposé un blocage ces dernières semaines, refusant de citer nommément le Rwanda avant d’infléchir leur position.
Mercredi 29 janvier 2025, le Congolais Tshisekedi a dénoncé le manque de soutien envers son pays. « Votre silence et votre inaction (…) constituent un affront », a-t-il accusé.
© Afriquinfos & Agence France-Presse