Paris (© 2026 Afriquinfos)- Diverses réactions fusent de partout autour de d’interpellation de deux journalistes français dans le nord du Togo depuis fin juillet 2026 au nord-Togo.
Tandis qu’à Lomé, la Haute Autorité de Régulation de la Communication écrite, audiovisuelle et numérique (HARC), affirme n’avoir été saisie d’aucune demande d’accréditation concernant ces deux personnes, ni par France Télévisions pour qui ils travaillent, ni par les intéressés eux-mêmes, Tony Comiti Productions, Patrice Lucchini, pour qui travaillent les deux réalisateurs assure que les deux journalistes sont ‘’ en règle’’, précisant qu’ils ‘’ont obtenu une autorisation de tournage’’ et ‘’déclaré leur matériel à la douane’’.
Selon lui, l’arrestation a eu lieu ‘’du côté de Kara où ils ont dépassé une zone’’ qui leur avait été conseillée. De son côté, Reporters sans frontière appelle à leur ‘’libération immédiate’’.
Les familles des deux réalisateurs français arrêtés le 27 juillet au Togo et détenus avec un collaborateur local dans le pays d’Afrique de l’Ouest ont fait part mercredi 19 août 2026 de leur ‘’immense inquiétude’’, notamment pour leur santé, Reporters sans frontières (RSF) appelant à leur ‘’libération immédiate’’.
Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani, qui étaient partis tourner un épisode de l’émission Les routes de l’impossible, une série documentaire diffusée sur France Télévisions, ont été arrêtés fin juillet avec un fixeur togolais, ‘’collaborateur de médias à ce titre’’, Fred Vedomey, a annoncé RSF dans un communiqué publié mercredi et relayé par l’Agence France-Presse (AFP).
Les deux hommes, qui séjourneraient au Togo dans le cadre de leurs activités professionnelles, seraient notamment accusés de fausses déclarations.
La Haute Autorité de Régulation de la Communication écrite, audiovisuelle et numérique (HARC,) est sortie de son silence, mardi après que plusieurs médias et réseaux sociaux ont fait état de l’arrestation, sur le territoire togolais, de deux journalistes français, Gaël Mocaër et Sébastian Preze Pezzani.
Dans un communiqué publié mercredi, l’instance de régulation précise n’avoir été saisie d’aucune demande d’accréditation concernant ces deux personnes, ni par France Télévisions pour qui ils travaillent, ni par les intéressés eux-mêmes.
Elle rappelle que le Code de la presse et de la communication impose aux correspondants et envoyés spéciaux de la presse étrangère de solliciter et d’obtenir une accréditation auprès de la HARC, laquelle en informe ensuite les ministères chargés de la Communication et de la Sécurité.
La HARC affirme ainsi n’avoir eu connaissance ni de l’arrivée des deux journalistes sur le territoire, ni de leur statut professionnel, ni des activités de tournage qu’ils auraient menées, notamment dans la partie septentrionale du pays.
L’instance demande à tous de laisser la justice conduire les procédures et déterminer les circonstances de la présence des intéressés au Togo ainsi que les faits éventuellement reprochés.
‘’On dit qu’ils sont journalistes, mais ça reste à documenter. Ces deux ressortissants français n’ont pas fait l’objet de demande d’accréditation [presse] en bonne et due forme’’, rétorque dans cette même veine, Florence Kouigan, Ministre de la Communication.
Arrêtés pour ‘’fausses déclarations’’
D’abord assignés à résidence, ‘’ils ont été placés en détention provisoire et inculpés pour “fausses déclarations le 17 août’’, selon les informations de RSF. Les trois hommes « sont privés de liberté et retenus au camp d’Agoè Logopè, près de Lomé – une installation des forces de l’ordre située dans le quartier éponyme », ajoute l’organisation de défense des droits des journalistes.
Le Directeur général de RSF, Thibaut Bruttin, a appelé à ‘’leur libération immédiate’’. Les familles des deux réalisateurs ont aussi pris la parole dans le communiqué de l’organisation : ‘’Nous sommes bouleversés par la privation de liberté que subissent au Togo nos compagnons, nos pères, nos fils et nos frères’’ et ‘’notre inquiétude est immense, notamment pour leur santé’’.
‘’Sebastian [Perez Pezzani] souffre de graves problèmes de santé, nécessitant une prise en charge immédiate. Tous les deux sont pères de famille et l’un de leurs enfants n’a que 13 ans’’, ajoute RSF.
‘’Il est malade’’ et ‘’risque une septicémie’’, une infection grave de l’organisme, avait alerté un peu plus tôt le directeur général de Tony Comiti Productions, Patrice Lucchini, pour qui travaillent les deux réalisateurs.
Selon lui, l’arrestation a eu lieu ‘’du côté de Kara où ils ont dépassé une zone’’ qui leur avait été conseillée. Mais ‘’on est en règle’’, assure-t-il, précisant que les réalisateurs ‘’ont obtenu une autorisation de tournage’’ et ‘’déclaré leur matériel à la douane’’.
Les deux hommes, présentés comme des journalistes-réalisateurs travaillant pour une société de production française, font actuellement l’objet d’une information judiciaire.
Une arrestation en monnaie d’échange contre le journaliste Ferdinand Ayité ?
De son côté, le Quai d’Orsay n’a pas précisé les faits qui leur sont reprochés ni les circonstances exactes de leur arrestation. Selon des médias locaux, leur production devait notamment être diffusée sur France Télévisions.
La nouvelle de leur arrestation a été révélée lundi par le média d’investigation togolais « L’Alternative ». Celui-ci affirme que le Président du Conseil togolais, Faure Gnassingbé, aurait donné des instructions au ministre de la Justice, Pacôme Adjourouvi, concernant le dossier.
Toujours selon « L’Alternative », Lomé proposerait de libérer les deux Français en échange de l’extradition du journaliste d’investigation Ferdinand Ayité. Ces éléments n’ont été confirmés officiellement par aucun des deux gouvernements.
Ce dossier s’inscrit dans un climat particulièrement tendu pour la presse internationale au Togo. Depuis juin 2025, RFI et France 24 y sont réduites au silence après leur suspension par le pouvoir local, qui les accuse d’avoir relayé des informations « inexactes et tendancieuses » en marge de contestations populaires. À ce jour, aucun des deux médias n’a pu reprendre ses diffusions dans le pays, selon l’AFP.
La situation de la liberté de la presse suscite régulièrement l’inquiétude des organisations de défense des journalistes. L’épisode marquant de 2024 en témoigne : le reporter français Thomas Dietrich, envoyé par « Afrique XXI’, avait été interpellé en pleine couverture des manifestations. Condamné à six mois de prison avec sursis, il avait ensuite été reconduit à la frontière.
Sur le plan politique, le pouvoir reste solidement contrôlé par Faure Gnassingbé, président du Conseil depuis 2005 après avoir succédé à son père, resté près de quatre décennies à la tête du pays. Le Togo fait également face à un important défi sécuritaire dans son extrême nord, régulièrement ciblé par des attaques djihadistes en provenance du Burkina Faso.
Petit pays côtier d’Afrique de l’Ouest, le Togo est dirigé depuis 2005 par Faure Gnassingbé, successeur de son père, Eyadema, resté trente-huit ans au pouvoir. Il figure à la 97e place sur 180 pays au classement annuel de la liberté de la presse de RSF.
Depuis fin 2021, l’extrême nord du Togo, à des dizaines de kilomètres de Kara, est en proie à des incursions de jihadistes présents de l’autre côté de la frontière, au Burkina Faso, miné par les attaques de groupes liés à Al-Qaïda et au groupe État islamique.
Les autorités ont instauré l’état d’urgence l’année suivante dans une région du nord et l’ont prolongé à plusieurs reprises, la dernière fois en février pour une durée d’un an.
Selon le ministère français des Affaires étrangères, les deux réalisateurs sont visés par « une information judiciaire conduite par un juge d’instruction » et ont reçu des visites consulaires.
Au Togo, Radio France internationale (RFI) et France 24 ont été interdites d’antenne en juin 2025 pour trois mois, accusées d’avoir relayé des « propos inexacts et tendancieux » après des manifestations critiques envers le pouvoir, qui avaient secoué le pays le même mois. Ces médias français ne peuvent toujours pas émettre, selon un journaliste de l’AFP.
En avril, le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot avait déclaré à l’AFP avoir plaidé pour la levée de leur suspension, lors d’une visite au Togo – le premier déplacement officiel français de si haut niveau depuis dix ans.
Vignikpo Akpéné



